Inter-Environnement Bruxelles
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Nous brûlons ; ils coupent

Notre été 2026, avec ses trois canicules officielles et ses cinq vagues de chaleur ressenties, a été meurtrier : 2570 morts prématurées recensées rien qu’en juin et juillet [1]. en majorité en Wallonie et à Bruxelles, preuve, si le doute persistait encore, que les plus précaires financièrement le sont aussi face aux conséquences du dérèglement climatique. Et ce, d’autant plus s’ils habitent en ville.

Ceux et celles qui n’ont pas eu les moyens de la quitter pour des refuges estivaux plus aérés, mieux isolés, pour dormir en altitude, à la campagne ou à la mer, ont fait « avec les moyens du bord ».

Et en cette fin d’été, sur les fenêtres restent encore quelques coulées de blanc de Meudon lavées par les pluies d’orage, de très symboliques couvertures de survie ou de gros tubes de plastique blanc, connectés à des climatiseurs énergivores, peu chers à l’achat mais dispendieux à l’usage. Les plus nantis et propriétaires de leurs habitations auront quant à eux lancé des demandes de devis pour volets et screens afin d’affronter les étés futurs, en croisant les doigts pour être éligibles aux primes publiques.

La sécheresse de l’été 2026 pèse aussi sur nos campagnes nourricières où des hectares de terres agricoles sont devenus infertiles tant elles se sont desséchées, laissant présager des récoltes difficiles, des rendements en berne et donc une hausse du prix des denrées alimentaires de base (pomme de terre, froment, fruits et légumes)...

Malgré la permanence de l’air brûlant et sec, malgré les alertes des scientifiques, la Province de Liège – contrairement à la Province du Luxembourg – n’avait pas interdit les fauchages mécaniques [2]. Catastrophe pourtant prévisible, à la mi-août, en trois jours à peine, 33,66 km² de la réserve naturelle des Hautes-Fagnes, soit l’équivalent de la superficie cumulée d’Anderlecht, Saint-Gilles, Saint-Josse et du Pentagone, sont partis en fumée, probablement à cause d’une étincelle d’un engin de fauchage. Un incendie qui a tué des centaines d’espèces animales et végétales et ruiné pour des années leur habitat très spécifique. Tandis que sous la surface, le feu couvera dans la tourbe pour de longs mois encore, et les reprises de feu termineront de relâcher les tonnes de CO 2 emmagasinées par ce sol particulier depuis des milliers d’années.

Le nuage de fumée, chargé de particules fines, a touché le sud de la Belgique d’est en ouest sans qu’aucun message de BE-Alert n’invite quiconque à se confiner ou à limiter ses activités extérieures, alors que le Grand-Duché de Luxembourg en a envoyé plusieurs. En Belgique, le principe de précaution a été confié à la responsabilité des individus.

Une population qui a ressenti une profonde et légitime admiration envers les agriculteurs et entrepreneurs prêtant main-forte à des pompiers en sous-effectif et en sous-équipement structurels, mais qui devrait pareillement condamner, tout aussi profondément, le manque de coordination et de précaution des pouvoirs publics fédéraux et régionaux.

Partout les forêts s’embrasent. Partout les vallées s’inondent. Et partout, les gouvernements de droite excellent à nous laisser seul·es gérer les catastrophes. Ils se déchargent de leurs responsabilités sur les individus et alimentent un futur désirable et rentable fondé sur des solutions technologiques providentielles. Ils participent à minimiser un dérèglement climatique qui pèse sur la planète entière en commentant sur les réseaux sociaux, depuis le bord d’une piscine : « 1976, c’était pire » ou « l’été, il fait chaud, c’est normal ». Ils se dédouanent en chargeant « un » coupable : le fumeur, l’agriculteur ou, à défaut, l’orage ou le vent. Ils criminalisent l’étincelle alors que ce sont eux qui favorisent un environnement social et environnemental hautement inflammable.

Nous brûlons, la forêt brûle ; eux, ils procèdent aux coupes rases, mais jamais aux bons endroits. Dans les services publics d’entretien, d’incendie, la protection civile, les subventions aux associations environnementales tout comme dans les aides, le chômage, les subventions aux associations d’aide aux sans-abris, aux assuétudes, l’enseignement ou la recherche. Face à cette mise à blanc contre-productive, la rentrée des luttes environnementales et sociales s’annonce, elle aussi, très chaude...


[1] « La surmortalité durant la vague de chaleur du mois de juin 2026 », Sciensano. Mises-à- jour des chiffres les 16 juillet et 6 août 2026 [https://www.sciensano.be/].