Inter-Environnement Bruxelles

Où êtes-vous ?

Publié le mardi 28 avril, par Coordination Sociale de Laeken
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Place Bockstael · Photo : SPRB-DMS

Depuis, le début du confinement, j’ai fait le choix de demeurer présente sur le terrain et d’aller à la rencontre des Laekenois les plus fragilisés.

J’ai croisé de magnifiques personnes qui assument les missions, que certains d’entre nous se sont vu confiées, parce que les travailleurs sociaux ne sont plus à leurs postes.

J’ai rencontré des habitants, concierges, bénévoles, associations qui se retrouvent à faire notre job et se sentent seuls sur le terrain.

Ces « travailleurs sociaux » improvisés sont en train de s’épuiser et me font part à quel point ils ont besoin de nous, de notre présence, de notre soutien. Ils ne peuvent plus orienter car des services sociaux sont absents.

Les travailleurs du CPAS qui ont accepté de veiller en première ligne, tiennent mais pour combien de temps ? Ils sont débordés. Les demandes explosent. Ils sont témoins d’une misère de plus en plus grande.

Les équipes des centres de distribution de colis alimentaires voient des familles qui n’attendent pas d’arriver chez eux pour dévorer le contenu de leur colis tellement elles sont affamées. Les files d’attentes s’allongent.

Des familles ne pourront pas payer leur loyer ce mois-ci ...

Certains parents sont face à un dilemme : dois-je rester dans mon logement qui rend malade mes enfants ou dois-je prendre le risque d’attraper le coronavirus et sortir ?

Ce mois-ci, une famille ne pourra que compter sur le revenu d’un chômage temporaire...et on ne pourra pas compléter celui-ci par des extra dans l’horeca... Qui va payer les soins de santé ?

Des parents pètent les plombs... Les gens n’ont pas le temps d’appeler leur thérapeute...

L’école donne des devoirs via internet... et les parents n’ont pas d’ordinateur...

Les commerçants se demandent comment ils vont faire demain... s’ils pourront garder le personnel...

Certains flics arrêtent les jeunes...d’autres sont à l’écoute et sont dépassés parce qu’ils ne savent plus où réorienter...

Et les sans-abris... ?

Et les sans-papiers... ?

La solitude s’est installée ... et puis le pire du pire la peur....peur de sortir, peur du complot, peur de demain, peur de son voisin, de son enfant, de tuer ses parents...
La crise sanitaire que nous traversons, a pour conséquence de révéler une crise sociale, déjà présente, qui s’accentue et qui ne s’arrêtera pas avec la disparition du virus.

Dans une crise sanitaire, le corps médical est au front.

Dans une crise sociale... ne devrions-nous pas être au front ?

Ne sommes-nous pas avant tout des acteurs politique, des acteurs de changement ?

Partir au front, ce n’est pas prendre des risques inconsidérés par rapport au covid19... mais des risques pour entendre les cris sourds des plus fragilisés et y répondre. Prendre des risques inattendus et ...bousculer les cadres !
Nous nous rassemblons régulièrement dans le cadre de la CSL.

Faut-il le rappeler, ce S veut dire Social.

Nous nous qualifions souvent de services essentiels à la population ! Soyons le vraiment. Sortons du confort de nos discours sur le pourquoi des choses mais entrer dans le comment ? Comment agir ?

Ainsi nous répondrons de façon juste au S qui nous unit.

Je vous propose de réinventer nos pratiques pour être sur le terrain aujourd’hui, demain et les autres jours, parce que notre présence est indispensable.

Redéfinissons notre travail avant que l’on ne le fasse pour nous.

Affirmons que celui-ci ne peut pas se transformer en télétravail.

Nous sommes des transformateurs de lien.

Si ce n’est pas nous, c’est qui ?

Si ce n’est pas maintenant, c’est quand ? Un souhait au moment où je termine ce courrier : vous envoyer dans les jours qui viennent une autre lettre ouverte qui s’intitulera « Je sais où vous êtes ».

Carole,
Présidente de la Coordination Sociale.


Coordination Sociale de Laeken


Relais

Dernier ajout : 27 septembre.