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Les travailleurs et les commerçants indépendants payeront le prix de la concurrence issue de la création des trois centres commerciaux

Publié le mercredi 10 juin 2015, par IEB

Malgré les derniers rebondissements fragilisant les trois projets de méga-centres commerciaux (Néo et Dockx Brussels à Bruxelles et Uplace à Machelen), ceux-ci ne sont pas pour autant remis en question et la plate-forme inter-régionale pour une politique économique durable reste inquiète des conséquences néfastes diverses de ceux-ci1 notamment du point de vue socio-économique.

Ces trois projets [1] se feront inévitablement concurrence entre eux, ce qui nuira à leur développement respectif. D’autre part, chaque projet portera également ombrage aux noyaux commerciaux existants qui animent les centres-villes à Bruxelles ou à Vilvorde. On sait les efforts que la Ville de Bruxelles déploie en ce moment pour doper l’activité commerciale au centre-ville par crainte des retombées concurrentielles des projets NEO et Docks Bruxsel qu’elle contribue pourtant à mettre en œuvre sur son propre territoire. En effet, en cette période de modération salariale, ce n’est pas la seule croissance démographique qui pourra assurer un pouvoir d’achat suffisant pour fournir un chiffre d’affaire permettant de faire vivre ces trois projets. Ce pouvoir d’achat est en outre désormais sollicité par l’e-commerce. La concurrence sera forte pour attirer le chaland et ceci se fera généralement au détriment des travailleurs, qu’ils soient salariés ou indépendants.

Les grandes enseignes démarchées pour intégrer le centre commercial déserteront probablement, à terme, un autre emplacement dans une rue commerçante. Cela diminuera l’attractivité de cette dernière et entraînera une baisse du chiffre d’affaire des autres commerces, voire leur faillite, avec pour conséquence une destruction corrélative de l’emploi.

De plus, les conditions de travail dans les centres commerciaux se dégraderont sous la pression du prix du loyer et des règles émises par les gestionnaires du shopping, risquant même de contrevenir parfois même aux accords sociaux conclus dans les entreprises. Citons en exemple les horaires d’ouverture élargis que se verraient imposer des enseignes, au mépris des accords conclus en interne.

La concurrence entre les trois projets amènera les gestionnaires à redoubler d’imagination pour se démarquer et attirer le client. Les travailleurs n’auront qu’à suivre. Qui sait si ces shoppings ne se revendiqueront pas également « zone touristique » pour concurrencer le centre-ville bruxellois dans la flexibilité horaire ? Mais dans cette course folle, une fois la limite de pouvoir d’achat atteinte, le chiffre d’affaire n’augmentera plus suffisamment pour justifier les sursalaires négociés pour ces conditions spéciales. C’est alors la double peine pour le travailleur qui risque d’apparaître : flexibilité horaire et réduction salariale.

On le voit, la concurrence absurde entre les trois projets de centres commerciaux ainsi qu’avec les noyaux commerciaux existants n’entraînera pas la création d’emplois de qualité, comme promis par nos décideurs, car ceux-ci seront immédiatement mis en concurrence entre eux et une bonne part sera détruite à terme.

Dans le contexte de chômage élevé touchant largement les Bruxellois peu qualifiés, le commerce de détail constitue cependant un gisement d’emplois stratégiques, tant quantitativement qu’en termes de profil de fonction, dans une large mesure peu « délocalisables » [2]. La plate-forme soutient donc une politique économique concertée entre les Régions, qui s’appuie davantage sur la redynamisation des noyaux commerciaux existants et la modernisation des shoppings actuels afin de ne pas surcharger l’offre commerciale, tout en développant sa qualité. Trop de shoppings tuent les shoppings… mais aussi les noyaux commerciaux existants et les travailleurs qui en dépendent.

Notes

[1Voir notamment le dernier communiqué de presse de la plate-forme interrégionale pour une économie durable du 27 avril 2015 : « Créer trois centres commerciaux rend nul et non avenu tout investissement dans la politique de mobilité ». Pour rappel, la plate-forme se compose de : UNIZO Vlaams-Brabant et Bruxelles, de l’UCM, du Bond Beter Leefmilieu (BBL), du BRAL, d’Inter-Environnement Bruxelles (IEB), de beweging.net Brussel-Halle-Vilvoorde, de l’ACV Brussel-Halle-Vilvoorde et de la CSC Bruxelles.

[2B. Wayens et C. Keutgen, « Quels commerces pour quels emplois ? » in Buxelles en Mouvements, octobre 2014.


Prises de position

Dernier ajout : 13 décembre.