Commission spéciale Métro 3 : un coup dans l’eau ?

https://www.ieb.be/47883
15 juillet 2026 • Damien Delaunois

Mise en place en novembre 2025 dans le sillage du rapport accablant de la Cour des comptes [1], la Commission parlementaire qui a examiné le projet de Métro 3 vient de remettre ses conclusions. Pour rappel, la quasi-totalité des partis politiques s’étaient à l’époque prononcés contre la mise en place d’une commission d’enquête qui aurait, contrairement à une commission parlementaire « classique », conféré un pouvoir judiciaire aux députés. Un refus qui n’est pas étonnant : depuis 2009 et le lancement du projet de Métro 3, la majorité des partis aujourd’hui représentés au parlement ont participé à des gouvernements ayant soutenu et mis en œuvre ce projet d’infrastructure.

Si les recommandations doivent encore être validées en séance plénière et officiellement publiées, on peut déjà s’en faire une idée sur base des articles de presse parus la semaine dernière. La commission appelle entre autres à « instaurer un pilotage unique » des projets d’infrastructure, faisant ainsi écho à la Cour des comptes : « cette multiplicité d’acteurs a compliqué la coordination d’un grand projet d’infrastructures complexe par nature et a été source de dysfonctionnements supplémentaires. » (p.64). La commission parlementaire estime également qu’« aucun marché de travaux ne devrait être attribué tant que les études géotechniques […] ne sont pas réalisées » [2], ce qui relève pourtant de l’évidence dans le cas d’une ligne de métro...Enfin, les parlementaires estiment que « les auteurs des études préalables ne [peuvent] pas ensuite prétendre aux marchés qui suivront tant que l’étude en question n’est pas clôturée » [3] faisant là aussi écho à la Cour des comptes qui a considéré « que l’organisation d’un marché public présente un biais fondamental lorsqu’un prestataire devant se prononcer sur l’opportunité de réaliser un projet retire un intérêt financier à la poursuite du projet » (p.15).

Non contents d’avoir travaillé pendant plus de 7 mois pour aboutir à des conclusions qui semblent paraphraser celles de la Cour des comptes, les parlementaires se sont également permis de pointer l’action judiciaire des associations s’opposant au Métro 3, en proposant d’encadrer les recours qui retarderaient les projets d’infrastructure. Rappelons que le premier recours contre la démolition-reconstruction du Palais du Midi, introduit à l’été 2025, intervient plus de 4 ans après l’arrêt du chantier sous le bâtiment – un blocage qui ne sera annoncé au grand public qu’au printemps 2023. Au-delà des recours, rappelons également que la plupart des critiques adressées au Métro 3 par IEB et d’autres – conflits d’intérêts, logique du fait accompli et précipitation, opacité – ont également été formulées par la Cour des comptes.


[1Delaunois D. « La Cour des comptes démolit le Métro 3 » in Bruxelles en mouvements n°340. 16 février 2026, https://www.ieb.be/47876

[2Pour rappel, la Cour des comptes a pointé « l’absence de consultation préalable des archives du bâtiment [Palais du Midi, ndr] » (p.26).