Permis délivré pour Tour et Taxis : moins de 6 % de logement abordable !
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22 avril 2026 • Thyl Van Gyzegem
Le 02 avril dernier, urban.brussels a délivré le permis d’urbanisme pour le projet « Lake Side » sur le site de Tour et Taxis, passé à deux reprises à l’enquête publique. Dans un communiqué publié le même jour, la Secrétaire d’État à l’Urbanisme, Audrey Henry, a salué un projet d’envergure démontrant « que les relations entre le public entre le public et le privé fonctionnent », tout en précisant qu’« au coeur de cette dynamique se trouve une volonté forte : favoriser l’installation de la classe moyenne à Bruxelles. Le programme prévoit à cet effet une offre innovante de logements conventionnés, de qualité, accessibles et adaptés aux besoins des familles, répondant ainsi aux enjeux actuels de logement dans la Région ».
Au cœur des mobilisations en lien avec Tour et Taxis depuis de nombreuses années, le comité de quartier Le Maritime a dénoncé pour sa part le fait qu’aucun.e « responsable politique n’ait su (ou voulu) imposer un véritable rapport de force face au promoteur, ni envisager un partenariat équilibré qui aurait garanti une utilisation plus juste des richesses et des espaces ». Pour le comité, « le terme « classe moyenne » est devenu un mot fourre-tout qui ne veut plus rien dire lorsque les logements déjà réalisés sur ce site, lors de la précédente phase de construction portée par le même promoteur, sont commercialisés à plus de 400 000 € pour un deux chambres, il ne s’agit plus de logements accessibles, mais d’une offre clairement déconnectée des besoins réels de la population ».
En effet, alors que Nextensa avait annoncé la création de 61 logements sociaux lors de la première enquête publique et présenté un projet remanié comptant 109 logements sociaux lors de la seconde enquête publique, ces logements potentiels ont purement et simplement été supprimés dans le permis délivré par la Région et ce sans que celui-ci ne s’embarrasse de la moindre phrase de justification. La presse continue pourtant de reprendre la communication du promoteur qui annonce la création de 166 logements conventionnés et sociaux. En réalité, la moitié (88) de ces logements seront une catégorie inédite appellée « conventionné + 25 % », vendue quasi au prix du marché.
Selon des calculs réalisés par le constructeur Matexi et la plateforme immobilière Realo, seuls 4,2 % des ménages belges étaient encore en capacité d’acheter un appartement neuf mi-2025 au regard de l’explosion des coûts.
En matière de logement réellement abordable, il ne subsiste donc que 88 logements conventionnés qui seront pris en charge par Citydev, sur un total de 690 nouveaux logements à construire (+ 100 chambres de co-living). Pour rappel, lors de la phase précédente d’urbanisation « Park Lane », les logements conventionnés avaient été vendus par le promoteur lui-même à des particuliers sans aucune clause interdisant la revente de ces logements sur le marché privé, tel que c’est le cas pendant 20 ans avec les logements Citydev. En prenant l’hypothèse que ces logements ont déjà été revendus avec une belle plus value pour ces acquéreurs, ce sont en tout et pour tout 88 logements abordables sur 1473 nouveaux logements qui auront été créés sur l’entièreté du site de Tour et Taxis (soit 6 % du programme total de logement à Tour et Taxis). Bien loin des 24 % de logement abordables que Nextensa n’a cessé de mettre en avant dans ses communication [1] !
A défaut d’une vraie création de logement abordable, un retour pour la collectivité aurait pu voir le jour grâce à l’utilisation des charges d’urbanismes. Si la Région a tout de même refusé que celles-ci servent à financer les logements conventionnés comme le désirait Nextensa, leur utilisation a tout de même de quoi poser question. Si 662.264,50 € seront affectés à la création d’un établissement scolaire sur le site, plus que nécessaire au regard du nombre de nouveaux habitants projetés, ce sont plus de deux millions d’euros qui seront affecté à la création d’une voirie reliant « Lake Side » au centre d’entreprise « Be-Here », propriété du CPAS de Bruxelles, soit davantage un bénéfice pour l’accessibilité au projet du promoteur que pour la collectivité. Quant au montant le plus important des charges, à hauteur de 5 millions et demi d’euros, il servira à la rénovation de l’ancien château d’eau en un incubateur d’entreprises pouvant accueillir évènementiel et congrès dans le même esprit que « Be Here », dont la pertinence du programme au regard des enjeux sociaux du quartier peut être questionnée mais qui se trouve parfaitement en phase avec le profil des futurs habitants du site. Dans tous les cas, nous sommes loin des équipements nécessaires pour répondre aux besoins criants du quartier en matière de santé, de culture ou d’insertion socio-professionnelle.
Rappelons en outre, que l’entièreté du programme logement n’a pas été réalisé et qu’un nouveau bâtiment pourrait voir le jour dans le futur ainsi qu’une rehausse de trois bâtiments déjà prévus dans Lake Side. Une augmentation de l’offre qui ne donnerait toutefois lieu à aucun nouveau logement conventionné.
Tour et Taxis, c’est donc l’exemple « que les relations entre le public entre le public et le privé fonctionnent » ? Alors que Nextensa réalisera un surprofit d’1 milliard d’euros après la complétude d’un programme qui comptera moins de 6 % de logement abordable, il y a de quoi se demander de quels intérêts nos élus se font les garants.