Bruxelles, une ville de services, mais à quel prix ?

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14 septembre 2009 • Thierry Kuyken

Au cours de ces 60 dernières années, Bruxelles a vu sa vocation administrative se renforcer considérablement. Le nombre de mètres carrés du parc de bureaux n’a cessé de croître et est ainsi passé de 615 000 m2 en 1949 à 3 300 000 m2 au début des années 1970, à 7 000 000 m2 au début des années 1990 pour culminer à plus de 12 000 000 m2 aujourd’hui [1].

Le développement des institutions

Ce développement effréné du secteur a été largement porté par l’implantation des nombreuses administrations et institutions tant régionales, que nationales et internationales [2]. Celles-ci occupent de fait pas moins de 50% du parc de bureaux bruxellois, le reste des superficies étant occupées par des entreprises privées. Un dernier chiffre : les bureaux bruxellois n’occupent pas moins de 480 000 employés. En moins d’un siècle, la ville a tourné le dos à son passé industriel. Aujourd’hui encore, les activités productives, les petites et moyennes entreprises ne cessent de s’expatrier vers les autres régions du pays. Face aux bureaux, la concurrence pour le foncier est rude. Manque d’espaces, hausse des prix, ce sont a priori les fonctions les plus faibles (ou les moins rentables en terme de loyer) qui quittent le navire les premiers.

La fuite des habitants

Mais les habitants aussi ont massivement cherché à s’installer en périphérie en quête d’un cadre plus vert et d’un logement plus abordable. Le développement de quartiers de bureaux monofonctionnels, empreints d’une vision moderniste/fonctionnaliste, a largement favorisé ce phénomène. Certains quartiers (quartier Léopold et quartier Nord en particulier) ont été vidés de leurs habitants à coup de rachats et d’expropriations, tandis qu’un important réseau d’infrastructures routières et ferroviaires a été mis en place pour gérer les flux entre lieux de travail et périphérie. Toutes ces transformations ont de fait considérablement marqué le paysage bruxellois. Physiquement d’abord, par la destruction de quartiers entiers et la création d’importantes barrières qui ont amené la déstructuration du tissu urbain (jonction Nord-Midi, Petite Ceinture,...). Et socialement ensuite, dans la mesure où, si les propriétaires fonciers auront souvent trouvé leur compte dans l’opération, il n’en va pas de même pour les habitants locataires. Ceux-ci auront dû faire face à la fois à la fermeture ou à la délocalisation des entreprises qui les employaient et à la perte de leur logement. Bruxelles, siège des institutions, ville administrative et de services donc, mais à quel prix ? Avec ses 12 millions de m2 de bureaux, Bruxelles arrive au deuxième rang européen en proportion de bureaux par habitant (après Zürich) [3]. Une manne céleste en termes d’emplois, certes. Bruxelles arrive également au deuxième rang européen en terme de création de richesse (après Luxembourg ville) [4]. Seulement voilà, ce ne sont majoritairement pas les Bruxellois qui en profitent. Il suffit pour cela d’examiner les chiffres du chômage (+/- 20% dans notre belle capitale) ou encore de se pencher sur le sous-financement dramatique de notre Région pour le comprendre.


[1Winssinger, P., Inghels, E. & Leroux, V., 2009. Evolution de l’emprise spatiale des bureaux, de leur usage et de leurs loyers. Dans De Beule, M. & Dessouroux, C., 2009. Bruxelles, ses bureaux, ses employés, numéro spécial de l’Observatoire des bureaux, AATL, juin 2009, p.121.

[2Les institutions internationales occupent approximativement 1,5 millions de m2 auxquels il convient d’ajouter 1,8 millions de m2 pour les bureaux de liaisons et de lobby. Le secteur public fédéral, régional et communal représente quant à lui 2,4 millions de m2.

[3Vandermotten, C. & Wayens, B., 2009. Une géographie des bureaux bruxellois et de leurs employés. Dans De Beule, M. & Dessouroux, C. 2009. Op. cit., p.43.

[4Lasserre, C. 2009. Bruxelles et les autres grandes villes européennes : une comparaison. Dans De Beule, M. & Dessouroux, C. 2009.Op. cit., p.63