Inter-Environnement Bruxelles
© Matthias Forster - 2021

Voix de Bruxelles : témoignages

Ces témoignages proviennent d’un recueil de paroles de personnes prostituées... (www.espacep.be)

S’il fallait fêter quelque chose dans ce métier, ce serait plutôt la retraite. J’ai 58 ans. Il ne me reste plus que quelques clients que je connais depuis longtemps. Je me demande s’ils se souviennent encore que j’ai été belle ?

Fernande

A partir du moment où j’ai commencé à travailler avec ce que le petit bon-dieu m’a donné, je n’ai plus jamais dû demander quoi que ce soit à qui que ce soit. Dans ce sens-là, j’ai cessé d’être une pute quand j’ai commencé à travailler comme prostituée.

Madame J.

Samedi dernier, j’ai assisté à un spectacle qui m’a profondément choquée. Nous avons été embarquées par la police et ces gens ont traité des filles et travestis bulgares, albanais, équatoriens de façon inhumaine. Les flics utilisent tous les moyens de pression pour profiter eux-mêmes de la chair fraîche et celles qui refusent sont battues ou expulsées. C’est ignoble. À bas les salauds !

Diana

Je fais un métier très enrichissant et un métier important dans la vie sociale... On doit exister ! Mais ça casse aussi psychologiquement, tu n’as plus une vie normale, c’est-à-dire faire ce que tout le monde fait. C’est vrai que tu pourrais le faire, mais t’auras toujours ton passé qui te courra derrière. Tu ne pourras jamais cacher ce que tu as fait.

Elisa

J’ai toujours été double : la petite à l’orphelinat la semaine ; le week-end, une petite fille comme tout le monde. En dehors de la prostitution, je m’occupe d’ handicapés moteurs et mentaux dans une organisation. Vous savez, le regard que l’on porte sur les handicapés est le même que celui que l’on porte sur les prostituées. Beaucoup de gens sont méchants. C’est aux gens normaux qu’il manque souvent quelque chose : le respect pour les autres.

Jeanne

Nous étions au-delà de l’explication, nous étions attirance. Messager ailé, l’amie en poussière de poudre s’en est allée...

Héroïne malgré elle d’un fléau mortel. De boulettes en boulettes, l’illusion d’échapper à une réalité à boulets.

Viviane