Inter-Environnement Bruxelles

Voici pourquoi les combats écologiques sont souvent perdus

Publié le mardi 7 janvier, par Eric De Plaen
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Les discours politiques parlent du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité mais les actes ne suivent pas. Les principaux leviers (urbanisme, aménagement du territoire, mobilité, énergie, logement) sont régionaux. Prenons comme exemples la friche josaphat, le marais Wiels et la zone Natura 2000 « Hof ter Musschen ».

Marais Wiels · Photo : Kikoparis

Tout d’abord, la friche Josaphat, à Schaerbeek et Evere, est une cuvette humide traversée par une voie de chemin de fer, dans un quartier dépourvu d’espaces verts (sauf le parc Josaphat) et de transports en commun non saturés (tram 7). C’est une "prairie sauvage" d’une biodiversité rare. La région (via la Société d’aménagement urbain) veut y construire des tours de 1600 logements (plus de 4000 habitants) et a conçu un "PAD" (plan d’aménagement directeur) qui évacue la plupart des contraintes (et garanties démocratiques) du droit commun de l’urbanisme. L’enquête publique s’est achevée … en même temps que la remise des offres pour les premiers marchés publics. Les mots savants "stratégie innovante", "espaces verts structurants", "tours iconiques", sont les paravents du béton.

Or, les poumons verts de la ville offrent aux habitants, gratuitement, des services de détente et délassement, infiltration des eaux de pluie, captation de CO², régénération des sols et maintien de la biodiversité. Mais il faut bien loger tout le monde ! D’accord, mais aucun responsable ou développeur n’ira vivre là (après la carrière, on quitte la ville pour la campagne, parce qu’on aime la nature, vous comprenez…). Bâtir du neuf avec les promoteurs est manifestement plus excitant que rénover le bâti inoccupé, qui ne manque pas ! A croire que les caves inondées ou les logements sociaux vétustes ou en attente de rénovation, n’intéressent pas grand monde.

La vraie révolution serait de laisser la friche Josaphat comme espace vert, au bénéfice de tous, d’établir une liaison avec le parc Josaphat (100 ans après sa création) et d’investir l’argent public dans la rénovation du bâti inoccupé. C’est moins sexy mais plus durable.

Le marais Wiels

Ensuite, le marais Wiels, à Forest, est né du percement de la nappe phréatique lors de premières études d’un projet immobilier, il y a plus de dix ans. Entretemps, l’endroit est devenu une belle zone naturelle humide, constituée d’un étang et de la végétation attenante. La zone est sensible pour la gestion des eaux pluviales et le risque d’inondation est relativement important. Heureusement, le marais fait tampon.

Pourtant, deux demandes de permis visent à éradiquer le marais au profit de tours de logement. Ça signifie des dizaines de milliers de litres d’eau (tout le marais et la nappe phréatique qui est en-dessous et qui continuerait de sourdre) pompés et envoyés en permanence à l’égout et à la station d’épuration de Bruxelles-nord. L’égouttage et l’épuration des eaux sont aux frais de la collectivité, raison pour laquelle il faut séparer les eaux usées des eaux pluviales. Ici, on fait l’inverse !

Le projet comprend la rénovation d’un immeuble classé (ce qui est très bien, et donc largement subsidié par les pouvoirs publics) mais faut-il vraiment le payer par l’éradication d’une zone verte (dans un quartier qui en est dépourvu) et par l’envoi de tout un marais à l’égout ?

La zone Natura 2000 "Hof ter Musschen"

Enfin, à Woluwe-Saint-Lambert, l’extension de l’hôpital Saint-Luc jouxte la zone Natura 2000 "Hof ter Musschen". Ici, l’écoute fut réelle, ce qui doit être souligné. Maintenant que les permis sont délivrés, nous verrons si, comme annoncé, les travaux laissent intact le talus arboré (plein de biodiversité) qui longe l’un des derniers chemins creux de la région et qui figure sur les cartes de Ferraris depuis la fin du XVIIIe siècle…

Bétonner

Les combats écologiques sont souvent perdus car les compromis vont toujours dans le sens du béton.

C’est pareil en immobilier : voyons notamment l’immeuble Taschen/Proximus à Bruxelles-ville (rue Lebeau, en bas du Sablon), le bâtiment construit par l’architecte Saintenoy à l’angle des rues des sables et du marais, et, du même architecte, celui situé à Etterbeek, avenue de Tervueren 8-12, près du parc du Cinquantenaire. Tous d’excellente facture et d’une belle harmonie avec leur environnement immédiat. Ils risquent d’être démolis plutôt que rénovés. C’est quand même un beau gaspillage de patrimoine architectural, et de ressources (même le sable de construction, indispensable au béton, se raréfie).

Oui mais, la rénovation serait non rentable pour le promoteur… Un, personne n’a vérifié (surtout quand les dégâts environnementaux sont aux frais de la collectivité), et, deux, je m’en fous (le promoteur ne se soucie pas de ma propre rentabilité, et je ne lui en demande pas tant).

C’est si dur de rénover plutôt que bétonner ?

Les discours politiques parlent du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité mais les mots et les actes sont séparés par un gouffre, le nôtre…


Eric De Plaen

La Libre - Opinions


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