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USG vs Bempt : un match truqué ?

En 4 ou 5 jours à peine, la commission de concertation a remis un avis favorable, moyennant des conditions, sur le projet de stade de l’Union Saint-Gilloise au Bempt. Les conditions formulées sont nombreuses, mais insuffisantes, relativement aux désastres socio-environnementaux qu’une pareille infrastructure fait peser sur le quartier et ses alentours. La commune d’Uccle s’oppose, celle de Forest s’abstient, et sans surprise, vu la déclaration de politique régionale 2026, les administrations régionales soutiennent…

Une enquête publique générant près de 700 réactions, demandes de précisions, questions ou réclamations, plus que majoritairement négatives (+ 90%) ! Une commission de concertation où une cinquantaine d’habitants et d’associations, applaudis par une centaine d’autres, se sont succédé, six heures durant, décortiquant de manière coordonnée ou spontanée les impacts socio-environnementaux du débarquement d’un tel stade dans le bas de Forest, en contrebas de la colline uccloise et à deux encablures de Drogenbos. Une secrétaire d’État, qui, revêtant le maillot vintage de l’Union dans une vidéo sur les réseaux sociaux, n’attend pas l’avis de la commission de concertation pour annoncer que le permis sera accordé dans l’année.

Un avis FAVORABLE sous conditions de 51 pages, publié quatre jours à peine après ladite concertation et qui ne prend pas la mesure des réactions orales en commission de concertation.

Quelques-unes de ces conditions relèvent de l’évidence. Nous espérons que le fonctionnaire délégué les prendra en compte pour la rédaction du permis. Il s’agit, notamment, d’une meilleure couverture d’isolation acoustique, d’accords formels relatifs à la mobilité et au stationnement (STIB, les parkings privés, voirie), de la prise en compte de l’avis complet du SIAMU, etc.

Toutefois, cet avis ne mentionne pas certains axes majeurs de notre avis, qui auraient débouché sur la réalisation nécessaire d’une étude d’incidence et non sur un simple rapport d’incidence. Pour un projet d’une telle ampleur, il s’agissait tout simplement d’une évidence ! Mais non, en surfant sur les limites de la réglementation, l’entreprise propriétaire de l’USG joue sur son terrain originaire : le pari (le club a été racheté deux partenaires liés à Starlizard, société de pari sportif en ligne).

L’avis fait l’impasse sur, entre autres :

  • l’ajout, dans le calcul des surfaces commerciales, de + de 5000 m² d’HoReCa (buvettes, services de restauration VIP/hospitalité) ;
  • l’impact de la façade lumineuse "animée"… en plein tournant du ring et son assimilation à une gigantesque enseigne publicitaire. Est-ce qu’elle sera, en outre, assortie d’une publicité pour son sponsor ? (Naming de stade) ;
  • la disparition, sans compensation, de deux terrains de sport amateur, alors que leur surface, au niveau régional, n’arrive pas à répondre à la demande ;
  • le haut potentiel de piétinements (+/- passage de 4000 supporters) sur un site naturel classé et sa zone tampon, et donc un avis de la CRMS ou, du moins, une analyse d’impact ;
  • La contestation de la fermeture, sans alternative sécurisante, d’environ 1 km d’itinéraire cycliste régional pour une période mal définie, avant, pendant et après les matchs ;
  • l’absence de scénarios relatifs aux périmètres de "sécurisation" policières consécutifs à la Loi Football (matchs normaux, matchs à risques) ;
  • l’exigence d’un dispositif d’évacuation du stade en cas d’accident Seveso majeur (Allnex à +/- 500 m) ;
  • le calcul de l’impact sur la santé mentale des résidents d’une structure d’accueil résidentielle pour personnes porteuses d’un handicap mental ou psychique majeur, riveraine et jouxtant un des accès piétons principaux du site ;
  • Une analyse approfondie des alternatives : mutualisation de stades existants et/ou construction sur un espace déjà asphalté et inoccupé.

Gageons que les remarques écrites et orales se sont perdues lors du processus d’accélération temporelle nécessaire à la rédaction expresse d’un avis en trois jours ouvrés.

Enfin, le fonctionnaire délégué prendra-t-il en compte les conditions de l’avis de la commission et l’avis très étayé et très défavorable de la commune d’Uccle pour rédiger son avis ?
Boris Dillies jouera-t-il son rôle de ministre-président en recadrant sa secrétaire d’État, décidément, arbitre très partiale dans ce dossier ?

Les associations et collectifs engagés dans la préservation du Bempt dans son ensemble devront-ils passer par la voie juridique ? Rappelons que si la Région n’accordait pas tant de dérogations et n’empoignait pas le "forceps" pour aboutir à un permis, très fragile, dans l’année, il y aurait beaucoup moins de recours. La voie juridique n’est actionnée qu’en dernier ressort, lorsque tous les outils démocratiques ont été épuisés.

par Cataline Sénéchal

Chargée de mission