Inter-Environnement Bruxelles

Réaménagement de la rue Wayez

Article publié le 4 novembre 2020 par Damien Delaunois.
Version imprimable

© IEB

Portée par la STIB, la demande de permis vise le réaménagement de la rue Wayez et des abords de la station de métro Saint-Guidon ainsi que de la place de la Vaillance. Prévoyant entre autres la mise à sens unique et la piétonisation partielle de l’artère, ce réaménagement poursuit des objectifs propres au demandeur (augmenter la vitesse commerciale, celle de la ligne 81 en particulier) et s’accorde avec la volonté du Collège anderlechtois de « préserver, voire améliorer, l’attractivité commerciale de la rue Wayez ». Plus globalement, et toujours dans les termes de la note explicative, il s’agit de « donner un visage actuel » à une rue dont le « caractère général [est] peu avenant ».

Des objectifs du projet à ses incidences

À l’occasion de l’enquête publique, IEB a exprimé son soutien aux objectifs de mobilité et d’accessibilité portés par le projet : la circulation du 81, entravée par la circulation automobile, est lente, et les trams actuels, voués à être remplacés par des T-3000 et T-4000 plus capacitaires, ne sont pas accessibles aux PMR. Ces objectifs nous ont semblé d’autant plus louables que certains espaces desservis par le tram 81, situés loin des stations de métro du quadrant sud-ouest (de Veeweyde à Ceria), sont habités par une population précarisée a priori fortement dépendante du transport public. Par ailleurs, IEB a salué l’amélioration des cheminements piétons et cyclistes visée par la demande de permis.

Si la STIB n’était pas tenue d’objectiver les incidences de son projet, nous avons néanmoins déploré l’absence d’étude sérieuse des conséquences du réaménagement. Comment la suppression du stationnement (172 places sur 200) impactera-t-elle les rues adjacentes ? Comment, et dans quelle ampleur, les flux automobiles se reporteront-ils dans le quartier ? Sur quelle base peut-on affirmer qu’à la rue Wayez la qualité de l’air s’améliorera ? Autant de questions ignorées par la demande, auxquelles les échanges en commission de concertation n’apporteront pas de réponse. Quant à la demande de permis, elle recevra un avis unanime favorable.

La question des reports (circulation et stationnement) est également cruciale au regard des dynamiques immobilières que connaissent les espaces jouxtant la rue Wayez. Ce sont en effet des milliers de ménages qui devraient y affluer prochainement : 4000 rien qu’au quartier Birmingham, sans compter les futurs occupants des tours appelées à enserrer le canal. Celles que prévoit, entre autres, le projet Key West [1]. Quel sera l’impact de ces opérations immobilières sur les réseaux de transport concernés par le réaménagement de la rue Wayez ? Et, si l’on extrait celui-ci du domaine de la mobilité, quelle en seront les conséquences potentielles du point de vue socio-démographique ?

Mobilité et aménagement du territoire : quelle articulation ?

On sait que le canal fait l’objet depuis au moins dix ans d’une attention particulière des aménageurs [2] qui a provoqué ou renforcé la gentrification. On sait que celle-ci est parfois précédée d’une revalorisation symbolique, c’est-à-dire l’amélioration du « cadre de vie » par le biais de modifications de l’espace public, dont le profil de la voirie [3]. On sait, enfin, que le quartier fait déjà l’objet d’une attention des autorités communales à travers un dispositif de « revitalisation urbaine », le Contrat de quartier durable Biestebroeck. Or, certains termes de ce dispositif partiellement financé par la Région ne sont pas sans rappeler la revalorisation symbolique et foncière, notamment l’affirmation du souhait des riverains (mais lesquels ?) de « rehausser la qualité de l’offre commerciale » et l’identification d’« opportunités » immobilières et commerciales. À notre crainte que le réaménagement de la rue Wayez constitue le prélude d’une revalorisation symbolique qui favorisera l’expulsion des résidents et commerçants, le bourgmestre a réagi en se prévalant du taux de logement social. Ce taux est pourtant en recul depuis 2008, tant au niveau communal qu’au niveau des quartiers jouxtant le périmètre du réaménagement [4].

Parking souterrain et saucissonnage

Depuis plusieurs années, on parle de la création d’un parking souterrain de 200 places (place de la Vaillance). Dans la note explicative des opérations concernant la rue Wayez, on lit que son « constructeur n’a pas déposé de permis d’urbanisme ». Suite à une question de notre part, on apprendra pourtant en fin de commission de concertation qu’une demande de permis incomplète relative à ce projet « dormant » a été déposée. Précisons qu’on parle de 200 places en sous-sol, soit autant que le nombre actuel d’emplacements à la rue Wayez. Si ces chiffres se confirment, et vu le nombre de places qu’entend supprimer le projet de la STIB (172 sur 200), le nombre total d’emplacements dans le périmètre augmenterait. « Donner un visage actuel » à la rue Wayez, vous avez dit ? [5]

On le voit, l’absence d’une étude d’incidences du projet Wayez et l’absence totale d’articulation avec le parking souterrain font qu’il est impossible d’apprécier le sort de la mobilité dans le périmètre. Sur quelles bases affirme-t-on que le « cadre de vie » sera amélioré ? Comment peut-on affirmer que la qualité de l’air augmentera si l’on construit, dans un second temps, un aspirateur à voitures souterrain ?

Saucissonnage et portée de la publicité-concertation

Au-delà du projet de réaménagement et de ses incidences, ce saucissonnage (de fait) procure la sensation d’avoir participé à un jeu de dupes. Pour reprendre les termes d’une habitante [6] suite à l’annonce relative au parking souterrain : « j’ai été naïve ». En ces temps où la « participation citoyenne » connaît mille déclinaisons rhétoriques, est-il cohérent que ces réaménagements, aussi pertinents soient leurs objectifs, se déploient à travers des procédures de publicité-concertation dont l’articulation est ignorée, empêchant la population de saisir le sort exact qui est réservé à son quartier ?


[2Regarder le court-métrage « La Bataille du canal » réalisé par le Nova-Plus Tôt Te Laat pour le PleinOPENair de 2011.

[3La revalorisation symbolique précède ainsi la revalorisation foncière propre aux phénomènes de gentrification.

[4Voir le Monitoring des quartiers réalisé par l’IBSA.

[5Si la conjonction du parking souterrain et du réaménagement de la rue Wayez est susceptible d’augmenter la pression automobile dans un quartier déjà fortement congestionné, l’adjectif « actuel » pourrait se révéler, au bout du compte, assez bien choisi.

[6Habitante qui se faisait l’écho d’un groupe de résidents favorable à une piétonisation totale du périmètre, et donc à une baisse significative du stationnement.