Inter-Environnement Bruxelles
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Quelle alternative à l’augmentation du prix de l’eau à Bruxelles ?

Depuis janvier, le prix de l’eau à Bruxelles a augmenté de 12,5 %, aggravant la précarité hydrique. Vivaqua invoque les impayés et ses besoins d’investissement, mais des critiques dénoncent des factures injustes et réclament un financement public et des mesures sociales.

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La précarité comme cause majeure des factures impayées

Pour justifier cette nouvelle augmentation du prix de l’eau, le fournisseur public d’eau, Vivaqua, avance à titre principal le nombre important de factures impayées et en particulier des irrécouvrables, c’est-à-dire les factures qui ne seront probablement jamais payées. C’est le cas, par exemple, lorsqu’une entreprise tombe en faillite ou qu’un ménage est considéré comme insolvable. Cette insolvabilité est notamment la conséquence de la grande précarité que connaît une grande partie de la population bruxelloise. Plus d’un quart dispose d’un revenu inférieur au seuil de risque de pauvreté. Dans ces conditions, ne pas payer ses factures d’eau ne relève pas d’un choix, pas plus que de se priver de manger, de se soigner ou de se chauffer.

Avec cette nouvelle augmentation du prix de l’eau, il y a fort à craindre que Vivaqua ne recouvre pas davantage de factures, mais qu’elle augmente les difficultés de paiement des personnes qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts, dans un contexte d’exclusions massives du chômage et d’augmentation du coût d’autres biens de première nécessité, comme le gaz. Soulignons qu’à cette hausse du prix de l’eau s’ajoute depuis juin 2025 la facturation des rappels sur les factures mensuelles de Vivaqua. Non seulement cette nouvelle politique de Vivaqua alourdit le montant des factures mais elle est aussi controversée au niveau de sa légalité.

Le recours aux huissiers comme fausse solution au problème des impayés

Pour recouvrer un maximum de dettes, Vivaqua a conclu un partenariat avec l’étude d’huissiers Modero. En plus de ne pas s’attaquer au cœur du problème, qui est la pauvreté et la mauvaise qualité des logements, le partenariat avec cette entreprise est problématique. En effet, Vivaqua a choisi d’externaliser son recouvrement via un huissier dont les pratiques ont pourtant été dénoncées dans la presse. Ce qui soulève de sérieuses questions éthiques, lorsqu’il s’agit de récupérer des créances liées à un bien fondamental tel que l’eau.

Comment rendre le prix de l’eau plus juste ?

Pour justifier l’augmentation du prix de l’eau, Vivaqua met aussi en avant ses besoins de financement très importants afin de réaliser des investissements dans l’entretien de son réseau d’égouttage. Ces besoins sont réels. Cependant, il est abusif de vouloir financer ces investissements par les consommateurs via le paiement de sa facture d’eau en vertu du principe « pollueur-payeur » inscrit dans l’Ordonnance du 20 octobre 2006 établissant un cadre pour la politique de l’eau le « coût-vérité ». L’application du coût-vérité de l’eau signifie que chaque utilisateur doit supporter tous les coûts résultant de sa consommation d’eau : les consommateurs doivent donc financer la protection des captages, la production et la distribution de l’eau potable, mais aussi la collecte des eaux usées et leur épuration. Le principe du pollueur-payeur oblige celui qui pollue à prendre en charge les dépenses directes et indirectes occasionnées par les mesures de prévention, de réduction et de réparation des pollutions qu’il a causées. En théorie, le prix de l’eau à Bruxelles est donc déterminé sur base de ces deux principes. Mais en pratique, les choses sont différentes.

Selon une estimation extrêmement prudente, au minimum 20 % du prix de l’eau ne devrait pas faire partie de la facture d’eau des consommateurs. En effet, la moitié des eaux usées sont des eaux de pluie et des eaux claires parasites qui ne sont pas liées à la consommation d’eau des usagers bruxellois. En application du coût-vérité, il faudrait donc retirer de la facture payée par les ménages une partie des coûts liés à l’assainissement des eaux usées. La lutte contre les inondations, la collecte et l’épuration des eaux claires ne devraient pas non plus être financées via le paiement des factures d’eau des ménages.

Comment, dès lors, financer ces investissements ? Comme Vivaqua, nous plaidons en faveur du versement d’une dotation annuelle par la Région. Cette dotation serait financée grâce au prélèvement d’un impôt. En effet, en tant que services d’intérêt général, les activités de Vivaqua devraient logiquement être supportées par la collectivité, selon la capacité contributive de chacun.

Un bien de première nécessité et un droit fondamental non négociable

L’état des finances de la Région bruxelloise ne doit pas servir de prétexte pour faire payer les consommateurs et s’abstenir de prendre des mesures ciblées pour les ménages en difficulté de paiement. En effet, l’eau est à la fois un bien de première nécessité indispensable à la santé et à la dignité et un droit humain fondamental. Dans les discussions budgétaires, garantir un meilleur accès à l’eau pour tous les Bruxellois et Bruxelloises doit donc faire partie des priorités. La précarité hydrique touche déjà plus de 100.000 personnes au moins à Bruxelles. En ce sens, il est indispensable, d’une part, d’alléger la facture payée par les consommateurs en retirant une partie des coûts liée à l’assainissement des eaux usées et, d’autre part, d’octroyer une dotation publique annuelle à Vivaqua afin de lui permettre de réaliser en priorité ses investissements essentiels pour la population et de renforcer les mesures sociales en faveur des plus précaires. Actuellement, ces derniers ont droit, s’ils le demandent, à un remboursement a posteriori d’environ un tiers de la facture d’eau, là où, en Flandre, le tarif de l’eau est diminué, à la source, de 80 % pour ce même public.