Ce mardi 24 mars 2026, les auditions de la commission spéciale Métro 3 ont repris après la visite organisée le 6 mars dernier par la STIB du chantier « Constitution » qui s’étend sur 20.000m2 de la place Bara au boulevard Lemonnier. Alors que la réouverture du Palais est évoquée, revenons sur les nombreuses questions éludées par les effets d’annonce qui se succèdent depuis quelques semaines.
Palais du Midi : la réponse est « démolition », mais quelle était la question déjà ?{{}}
Chapeau : Ce mardi 24 mars 2026, les auditions de la commission spéciale Métro 3 ont repris après la visite organisée le 6 mars dernier par la STIB du chantier « Constitution » qui s’étend sur 20.000m2 de la place Bara au boulevard Lemonnier. Alors que la réouverture du Palais est évoquée, revenons sur les nombreuses questions éludées par les effets d’annonce qui se succèdent depuis quelques semaines.
La séance de mardi dernier Lien vers le replay youtube] était consacrée à l’audition de M. Close, Bourgmestre de la Ville de Bruxelles, et marque aussi la reprise des travaux après le vote du budget régional 2026 élaboré par le nouveau gouvernement, dans un contexte où l’avenir du projet de métro 3 semble s’être décidé. La Déclaration de politique régionale (DPR) et le vote du budget par le Parlement ont ainsi validé les crédits pour la poursuite du scénario C’’ [1] proposé par la STIB en juillet 2025.
Ce scénario, présenté comme une étape, n’est même plus celui d’un « demi-métro ». En effet, s’il implique la démolition du Palais du Midi, le percement d’un tunnel sous l’infrastructure du tram au milieu du boulevard Midi-Poincaré [2] et la démolition-reconstruction de la dalle Bara, il ne contient pas le maillon essentiel pour l’exploitation en métro : l’arrière-gare. La DPR a en effet acté le report et le réexamen complet du complexe à la Gare du Nord, rendant impossible le passage de tout métro dans un avenir proche. À ce stade, plus personne n’ose proposer de date pour la « migration vers le mode métro ». De la même façon, la station Lemonnier ne sera pas rénovée ni mise en accessibilité PMR, ce qui nous amène à une contradiction supplémentaire d’un projet de métro « aménagé » : la nécessité de la nouvelle station Toots Thielemans reposait à l’époque sur le principe du « hub multimodal » nécessaire pour fluidifier les échanges en amont et en aval de la Gare du Midi entre le métro 3 et les trams 82 et 51 en souterrain. Ce « hub » était ainsi pensé pour améliorer les conditions des usagers de la station Lemonnier : elle serait rénovée à cette occasion, permettant ainsi de rattraper la pente actuelle des quais, la connectant à des escalators et ascenseurs et la rendant enfin accessible au PMR.
Or, la direction choisie par la DPR de février 2026 est de faire circuler les lignes de trams actuelles (le 4 et le 10) dans une nouvelle infrastructure, parallèle à l’infrastructure souterraine existante. Rappelons que la STIB sera soumise, comme toutes les administrations, à un moratoire de recrutement et de non-remplacement des départs de son personnel [3] et qu’il semble dès lors compliqué d’imaginer un renfort des fréquences et du nombre de lignes dans la jonction Nord-Midi dans un avenir proche (à moins d’aller soustraire des conducteurs actuellement affectés à d’autres lignes). La rénovation de la station Lemonnier avait déjà été sortie des travaux à réaliser par le consortium Toots à l’occasion de la renégociation du contrat suite au règlement du litige judiciaire avec la STIB. Discrètement, le sort de la station Lemonnier n’a pas été repris dans la DPR et on se sait donc toujours pas si la station sera ou non connectée aux nouveaux quais de Toots Thielemans. En clair, la correspondance Toots – Lemonnier ne pourra se faire sans passer par la surface. La seule justification à la réalisation du complexe Constitution est donc la fin du croisement des lignes 4/10 et 51/82. Rappelons qu’une alternative pour mettre fin à ce croisement serait de remettre en surface les lignes 51/82, mais encore faut-il que la question soit posée (et étudiée tant techniquement que financièrement) en ces termes.
Si l’on se fie à la Note Scénario Métro 3 rédigée par la STIB, le coût total de cette opération est de 277 millions d’euros, qui financeront la démolition du Palais du Midi, mais non sa reconstruction, évaluée elle à 140 millions qui ne seront pas dépensés sous cette législature. Ainsi, les efforts considérables sont aujourd’hui consentis pour « sauver ce chantier » à tout prix, mais jamais la question n’est posée sur la plus-value pour la mobilité de cette étape du projet si elle se devait être la dernière à être réalisée (pour des questions de justice ou de cohérence dans les arbitrages budgétaires). Or, la question de la gouvernance du projet a déjà été posée par la cour des comptes (et se pose chaque semaine lors des séances de la commission spéciale métro 3 au Parlement) : qui assume la responsabilité de la direction très particulière que prend ce projet ? Et si, à la prochaine législature des coupes budgétaires doivent à nouveau être faites, qui assumera encore d’avoir dépensé 277 millions pour n’apporter aucune amélioration des transports publics et ouvert une plaie béante dans le quartier Stalingrad-Lemonnier ?
Jamais deux sans trois
Interrogé sur l’avenir du Palais du Midi, M. Close n’a évidemment formulé aucune réponse en lien avec des questions de mobilité. Le cœur de son propos a plutôt été de démontrer que la Ville de Bruxelles n’a pas été un « facteur bloquant », tout en rendant hommage à la « résilience exceptionnelle » d’un quartier.
Dans le même temps, « On a l’intention, sans doute au mois de juin de rouvrir pour une courte période la grande salle, le temps que la nouvelle procédure aboutisse », précisant ensuite que cela ne concernerait que la salle de basket de l’aile Nord dont le plancher est gondolé en raison d’un hiver sans chauffage. La presse s’en est fait l’écho, tout comme elle s’était faite l’écho d’exactement la même promesse de réouverture prochaine et temporaire faite en juin 2025 [4] à l’occasion de la fête de départ « Bye Bye Palais » organisée par Promo jeunes et les clubs de sports qui étaient alors à quelques jours de leur éviction programmée. Cette promesse a été réitérée le 18 décembre dernier par Mme Frelinx (échevine des sports de la Ville de Bruxelles) faisant état d’un courrier adressé à la STIB par le Collège demandant la réouverture du bâtiment [5]. Comment ne pas voir dans cette troisième promesse, faite à nouveau avec un délai de six mois, un jeu de dupes s’il l’on considère que c’est de la Ville qui a demandé de couper l’eau, le gaz et l’électricité du Palais du Midi ? Outre que certaines opérations de désamiantage ont été réalisées sans finition et que le Palais du Midi mérite a minima un gros coup de ménage, l’absence de chauffage pendant l’hiver a mené à une détérioration du plancher de la grande salle de basket. Ainsi rouvrir le Palais du Midi ce n’est pas juste récupérer les trousseaux de clés aux mains de la STIB pour y permettre des compétitions de basket durant l’été. À nouveau, cette volonté de rouvrir, comme celle de fermer, ne sont motivées que par la peur du chancre dans l’attente d’une relance de la procédure [6]. Les conditions de vie autour du chantier et la perte sèche pour les anciens occupants (clubs comme commerçants) sont balayées comme si des réponses satisfaisantes avaient déjà été apportées à chacun par les pouvoirs publics. Les mobilisations du collectif Onspalais sont la preuve que non, tout cela ne suffit pas à faire avaler ni la pilule… ni les promesses.
[1] Un scénario C’’ pour lequel la STIB adopte désormais « une approche par migration graduelle en phases autoportantes ».
[2] Segment du tunnel de 30 à 40 mètre sous le boulevard Poincaré Midi et sous le tunnel de tram existant, non encore réalisé entre l’avenue de Stalingrad et le boulevard Jamar. Ce segment nécessite l’utilisation de la technique de la congélation à la saumure, ce qui devrait prendre encore 3 à 4 ans.
[3] Voir à ce sujet le rapportt de la cour des comptes sur les projets d’ordonnances contenant les budgets pour l’année 2026 de la Région de Bruxelles-Capitale, p. 33 (https://www.ccrek.be/sites/default/files/Docs/2026_17_BudgetsRBC2026.pdf).
[4] https://www.sudinfo.be/id1012275/article/2025-06-27/les-clubs-sportifs-forces-de-quitter-le-palais-du-midi-pourraient-revenir-de https://bx1.be/categories/politique/la-ville-de-bruxelles-demande-larret-des-travaux-du-metro-3-au-niveau-du-palais-du-midi/
[5] https://bx1.be/categories/politique/la-ville-de-bruxelles-demande-larret-des-travaux-du-metro-3-au-niveau-du-palais-du-midi/
[6] À en croire les déclarations de Monsieur Close, un nouveau permis devrait être déposé en juin 2026, alors que la STIB détaillait lors de la visite des chantiers qu’elle comptait sur un permis « exécutable » d’ici à la fin de l’année.