Inter-Environnement Bruxelles

Outils de communication en temps de confinement

Publié le mardi 7 avril, par Benoit Coumont
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Si la réunion a une place importante dans les agendas des militant·es et des travailleur·euse·s du secteur associatif, elle doit aujourd’hui se réinventer dans un contexte où les rassemblements sont proscrits. Disons-le d’emblée, l’efficacité des solutions informatiques est toute relative et ça n’est drôle pour personne ! Nous serons heureux·ses de nous retrouver pour d’incessantes réunions autour d’une table avec des gens à moins d’1m50 de distance.

Photo : Geof Wilson

Pour autant, la réunion reste essentielle pour des prises de décision collective et le partage d’information. Alors, comme tout le monde, nous avons fait le tour des options qui se présentaient à nous, en commençant par dresser la liste de nos critères.

À la fin de l’article, il y a des noms avec une comparaison du style de Test achats.

Multiplier les opérateurs

Peu importe l’outil utilisé, les visioconférences commencent toujours un peu de la même façon : « Allo !? Je ne vous entends pas – Mon micro ne fonctionne pas, vous m’entendez ? – Roooh, c’est nul ce truc ! On ne se verrait pas en vrai ? ». C’est un fait, la visioconférence, ça n’est jamais totalement opérationnel et ne remplacera jamais une vraie réunion avec des gens, une table et du café. Il y a cependant un élément sur lequel nous pouvons agir pour plus de confort : user de la multiplicité des opérateurs, voire devenir opérateur soi-même.

Contrairement aux idées reçues et particulièrement dans ce domaine, les services les plus utilisés ne sont pas forcément les plus efficaces. Chaque utilisateur·trice demande, en effet, des ressources au serveur qui pourrait saturer. Pour répondre à la demande, les grosses boîtes ont multiplié les serveurs sur tous les continents. Choisir un service en fonction de la capacité de déploiement – et donc financière – de l’opérateur est un choix possible, mais il nous embête. Sommes-nous donc contraint·es de favoriser les chiffres de Wall Street pour faire fonctionner nos luttes ? Heureusement, le secteur associatif a lui aussi une réponse : l’essaimage de collectifs pour la mise en place de services informatiques décentralisés.

Une fédération francophone s’est créée pour fédérer ces collectifs au doux nom de CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires), de même qu’une autre, peut-être plus internationale, sous le nom de LibreHosters.

Notons que la proximité du serveur est importante. D’abord, parce qu’en cas de souci ou de désidérata particulier, on peut aller prendre un café avec ses mainteneur·euses - en temps de non-confinement bien entendu - mais aussi en raison des lois différentes en fonction des pays. Ainsi, on préférera les services d’un hébergeur européen à ceux de Riseup, par exemple, qui bien que maintenu par des gens certainement très biens, est soumis aux lois américaines, parmi les plus liberticides.

On le voit, les fournisseurs de services indépendants et d’accès alternatifs à internet pullulent en France (nb : relevons surtout le dynamisme de Framasoft et de sa campagne « Dégooglisons »). En Belgique, malheureusement, les coûts élevés des connexions internet professionnelles et d’électricité réfrènent les initiatives. Aussi, on ne trouve pour ainsi dire que Domaine Public et peut-être all2all pour répondre à la demande. Pour une association un peu importante, cependant, louer un serveur pour y installer ses propres services n’est pas inaccessible et peut garantir un meilleur fonctionnement, voire une adaptation parfaite, des outils.

Notons également que la nouvelle coopérative nubo entend rendre ce type de services pour les particulier·es. Une assemblée générale aurait du être programmée fin mars pour décider des services à lancer et de la manière de le faire. À suivre...

Choisir les outils appropriés

Pour une réunion à distance, la visioconférence est souvent le premier outil cité. Selon les cas, on peut pourtant en préférer ou la combiner avec d’autres.

  • Le tchat : offre l’avantage de ne couper la parole à personne et de garder une trace des écrits. Étonnament, ce ne sont pas les plus bavards en réunion qui vont s’exprimer le plus souvent et le plus aisément sur un tchat. L’outil incite ainsi à une certaine redistribution de la parole.
    Exemples d’outils : IRC, Whatsapp, Matrix, etc.
  • Le forum : outil moins adapté pour des réunions en temps réel, car moins spontané, il offre toutefois l’avantage de pouvoir classer les sujets par dossiers et de pouvoir y revenir plus tard.
    Exemples : Discourse, phpBB, etc.
  • Le salon de conversation : il s’agit d’un mix entre ces deux derniers outils. Des conversations spécifiques sur un sujet dédié et avec des personnes choisies, peuvent se tenir à l’écart de la conversation centrale.
    Exemples d’outils : Slack, Mattermost, etc.
  • Le pad (de l’anglais paper pad, bloc-notes) : l’outil est d’habitude utilisé – et fonctionne plutôt bien pour ça – pour la rédaction collective d’un texte. En combinaison d’un tchat, le pad peut être utile au déroulement d’une réunion. Le principal avantage étant de finir la réunion avec un PV déjà rédigé.
    Exemples d’outils : Google docs, Etherpad, etc.
  • La visioconférence : l’élément qui consomme le plus étant la vidéo, je conseille de la désactiver pour garantir une meilleure accessibilité au service pour tous·tes. L’audioconférence ne consomme pas plus qu’une radio écoutée en streaming.
    Exemples d’outils : Skype, Jitsi, etc.

Enfin, comme pour une réunion classique et quelque soit l’outil, il convient d’adopter – et peut-être de réinventer – certaines règles pour la distribution de la parole et la modération de la discussion.

Soyons inclusif·ves !

Tout le monde n’aura pas la même aisance à parler en visioconférence, de même, nous n’avons pas tous·tes la même vitesse de frappe au clavier. Pensons également que les machines les plus anciennes n’ont pas la même capacité à lancer des logiciels modernes. Enfin, interrogeons-nous sur la disponibilité des outils pour les personnes devant intervenir en réunion.

Liberté, j’écris ton nom

En informatique, lorsque le terme « liberté » est prononcé, on pense surtout à la protection de la vie privée, puis, à l’inclusivité, comme nous venons de le voir. On peut également y associer le choix du matériel utilisé.

La protection de la vie privée va bien au-delà de bandeaux informant de la présence de cookies sur un site. Les conséquences de la surveillance de masse ne sont pour l’instant visibles que par les quantités énormes de revenus liés à la publicité ciblée, mais elles pourraient également servir pour traquer et sanctionner différents comportements, par exemple, dans le cas de mesures gouvernementales exceptionnelles prises pour contrer une pandémie...

Pour garantir nos libertés, le logiciel libre servi par un opérateur de confiance (une association proche, sinon soi-même) est la meilleure réponse.

Des noms !

Parmi les outils cités précédemment :

  • Skype, Zoom, Facebook Messenger, Whatsapp, Slack, etc. sont des solutions commerciales dont le modèle économique est basé sur la vente des données que nous leur procurons. Paradoxalement, ces solutions acquièrent leur popularité pour la même raison qui les rend détestables. Utiliser son numéro de téléphone comme identifiant et autoriser à Whatsapp l’accès à notre carnet d’adresse casse définitivement toute velléité d’anonymat et d’intimité, mais la possibilité de retrouver si facilement ses ami⋅es est appréciée.
  • Matrix, Mattermost, Jitsi, IRC, etherpad, Discourse, etc. garantissent vos libertés et peuvent être fournis, entre autres, par Domaine Public ou installés par l’informaticien de votre association.
  • Telegram, Silence, etc n’ont pas été cités dans cet article mais méritaient d’être listés pour leur utilisation de plus en plus importante dans les milieux militants. Pourtant, si les logiciels à installer sur les ordinateurs sont libres, les logiciels côté serveur sont propriétaires et fermés. Nous n’avons donc aucune garantie que le serveur n’ait pas accès à nos données, par exemple.

Benoit Coumont


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Dernier ajout : 1er octobre.