Inter-Environnement Bruxelles
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Oublier la Senne…

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En Europe, la ville médiévale est intrinsèquement liée à l’eau. Au Xe siècle, Bruxelles, Broekzele – qui tire son nom de sa position au cœur d’une large zone de marais – se développe sur les berges humides de la Senne [1]. Elle coule au cœur de la ville, où le port de Sainte-Catherine s’établit. Ses usages économiques et domestiques se développent et s’intensifient tout au long du Moyen Âge, puis la Petite Senne – un fossé artificiel inondé – est développée à partir de la rivière afin de renforcer les fortifications de la ville [2]. Au XVIe siècle, l’expansion commerciale de la ville se trouve limitée par les crues, la durée du trajet des bateaux et les péages sur son cours. C’est ainsi qu’est créé le canal de Willebroek, achevé en 1561. Alimenté par la Senne, il permet d’atteindre l’Escaut en un jour ou deux, contre les huit nécessaires auparavant. Trois siècles plus tard, alors que l’économie bruxelloise s’industrialise [3] et que la ville s’agrandit, le canal Bruxelles-Charleroi est aménagé et achevé en 1832 afin d’assurer l’approvisionnement en charbon en provenance du Hainaut. Ce nouvel essor et la saturation ferroviaire mènent au déplacement du port du centre vers le nord de la région. Les bassins de Sainte-Catherine sont remblayés, tandis que les nouveaux bassins Béco, Vergote et Gobert, sont creusés au tournant du XXe. Les grands navires maritimes peuvent désormais y jeter leurs ancres. C’est autour de ces zones que s’articule l’industrie bruxelloise à son apogée. La Senne perd alors la plupart de ses fonctions économiques et devient gênante. Dépotoir pour les déchets domestiques et industriels, elle se mue peu à peu en égout à ciel ouvert, accusé de propager des maladies. De surcroît, elle sort régulièrement de son lit et inonde des populations installées dans le fond de vallée. Au XIXe siècle, sous l’impulsion du bourgmestre Jules Anspach et de ses acolytes, fervents libéraux qui voulaient transformer l’image de la capitale, démarre un vaste mouvement hygiéniste et politique. La décision de voûter la Senne est prise, au détriment de la solution du détournement : faire disparaître les quartiers « insalubres » (populaires et malsains) et les remplacer par des boulevards de type haussmanien synonymes de modernité, tout en éloignant les miasmes de la rivière. Sa disparition servit de prétexte à la destruction des quartiers de labeur, et souvent de misère, que la révolution industrielle et le capitalisme triomphant avaient fixés sur ses bords. Cette reconfiguration de l’espace urbain est aussi une restructuration de classe dans laquelle les quartiers populaires sont dépossédés de leur assise territoriale au profit d’un ordre spatial plus conforme aux intérêts de l’État et des groupes sociaux dominants [4].

Cette première phase de travaux s’achève en 1871, et laisse place aux grands boulevards centraux au-dessus du pertuis où la rivière coule. En parallèle, la ville développe et modernise son réseau d’égouts vieux de deux siècles. Une seconde phase de voûtement, entre 1930 et 1955, vient également détourner la Senne du centre de la ville pour lui faire longer le canal. À la suite de ces opérations, des 14 km du parcours de la Senne, seuls 5 restent visibles. Son état hydromorphologique (diversité de profondeur et de largeur, structure du lit et des berges) se dégrade inévitablement [5], environnement.brussels.. La qualité physico-chimique de son eau, déjà fort polluée, se détériore elle aussi, principalement en raison de son raccordement au réseau unitaire d’égouttage où se mêlent eaux claires (de ruissellement) et eaux usées sans passer par une station d’épuration… jusqu’au début du XXIe siècle.

L’épuration des eaux résiduaires et des eaux de pluie est désormais assurée par deux stations d’épuration (STEP) : une obligation liée à une Directive européenne sur le traitement des eaux urbaines résiduaires. La STEP de Bruxelles-Nord, active depuis 2007, est située au bord du canal, au niveau du pont de Buda, à la frontière entre Bruxelles et Vilvorde. Elle traite les eaux usées et de ruissellement en provenance du sous-bassin Nord et du sous-bassin de la Woluwe. La STEP de Bruxelles-Sud, située sur la commune de Forest entre la gare de Forest-Midi et le boulevard de l’Humanité, est en service depuis août 2000. Elle gère l’épuration des eaux du sous-bassin Sud.


[1M. MEUNIER, « Quand la Senne coulait à ciel ouvert dans Bruxelles », La Libre, 16 avril 2017.

[2Th. DEMEY, « Sur les traces d’un rivière enfouie », in La Senne, de la source au confluent, Guide Badeaux n° 7.

[3On trouvera une synthèse du Plan Canal sur le site www.port.brussels. Celui de Perspective.brussels offre une version in extenso du Plan Canal dont un historique du territoire et celui de la SAU.brussels – responsable de la mise en oeuvre du Plan Canal – informe de l’avancée des projets.

[4C. DELIGNE, Bruxelles sortie des eaux. Les relations entre la ville et ses cours d’eau du Moyen Age à nos jours, Editions Musée de la Ville de Bruxelles, 2005, volume 7, p. 9.