Inter-Environnement Bruxelles
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Neder-over-heembeek : expérience collective

Il s’agit du croisement de plusieurs histoires qui ont fort à voir les unes avec les autres : ma rencontre en tant que chargée de mission à IEB avec les habitants de Neder-Over-Heembeek (NOH) et la rencontre des comités de quartier de NOH avec les étudiants de l’Atelier d’architecture située de la Cambre.

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Dès les premières séances de préparation de l’Atelier d’architecture située, certaines questions se sont faites insistantes. Elles semblaient résumer à la fois les difficultés et les enjeux liés à ce type d’expérience. Comment réussir à concilier des intérêts sinon divergents, en tous cas très différents ? Comment faire pour proposer des projets suffisamment intéressants en termes d’apprentissage pour les étudiants, et comment faire pour que leurs travaux permettent aux habitants de nourrir leur propre réflexion sur l’avenir de leurs quartiers ?

La difficulté était d’arriver à proposer aux étudiants des sujets de projets suffisamment pertinents tout en évitant de tomber dans le piège de projets réalisés en chambre, qui ne tiendraient pas compte des caractéristiques (urbanistiques, environnementales, paysagères, sociales) propres à NOH et aux besoins de ses habitants actuels et futurs. Penser collectivement est cependant loin d’être évident car, dans la pratique architecturale et urbanistique, le rapport à l’autre se caractérise principalement par une mise à distance. Depuis l’annonce faite en 2007 par la Ville de Bruxelles et la Région de leurs plans de logements respectifs visant la construction d’environ 800 nouveaux logements sur le territoire de NOH, les différents comités d’habitants de NOH ont souvent fait l’expérience de cette mise à distance.

En effet, bien qu’il existe différents espaces organisés par les pouvoirs publics (soirée d’information, forum de quartier, commission de concertation, conseil communal) au cours desquels il est possible pour les habitants de s’exprimer, de poser des questions, la parole des habitants est rarement prise en compte. Seul un certain type d’arguments est susceptible d’être entendu. Toute autre question est rapidement balayée d’un revers de la main. Il n’est d’ailleurs pas rare d’en- tendre les habitants se faire traiter de nimby, de racistes, d’individualistes, par les représentants des pouvoirs publics, lesquels revendiquent une posture d’expert au nom d’un intérêt soi-disant plus collectif, plus social, plus écologique, plus durable. La tension apparaissant relève cependant moins de clivages éthiques que du fait que pas un de ces lieux n’ait été pensé et agencé pour produire collectivement du savoir.

En 2009, le comité inter-quartiers de NOH a décidé de réunir ses membres une fois par mois pour réfléchir et construire ensemble leur propre vision de ce que pourrait être l’avenir urbanistique de leurs quartiers. L’Atelier d’architecture située auquel ont collaboré les étudiants et les membres des différents comités d’habitants de NOH était l’occasion de continuer à enrichir ce savoir en ouvrant la réflexion à d’autres intervenants. C’était l’occasion d’essayer de faire autrement, de produire du savoir en tâchant de dépasser les clivages expert/non expert, savoir objectif/savoir subjectif, tout en étant attentif à un certain nombre de questions qui nous semblaient essentielles pour réussir cette expérience : « Comment aller à la rencontre de l’autre ? » et « Comment favoriser la prise en compte de tous les savoirs ? ».