Inter-Environnement Bruxelles

Les nuits blanches des bus de nuit : la faute à qui ?

Publié le jeudi 27 septembre 2007, par Inter-Environnement Bruxelles (IEB)
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Le 22 septembre la STIB a annoncé que le nouveau réseau des bus de nuits bruxellois Noctis n’était pas rentable. Elle a transmis ses dernières statistiques au Ministre bruxellois de la mobilité Pascal Smet : 2000 personnes fréquentent chaque week-end le réseau nocturne alors qu’il en faudrait 6000, selon la STIB, pour que le service soit rentable. Une façon de laisser entendre au Ministre que son idée n’était pas pertinente ? Inter-Environnement Bruxelles (IEB), le Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL), l’ARAU, Nomo Autrement Mobile et le Bond voor Trein, Tram en Busgebruikers (BTTB) s’interrogent sur les causes de ce faible engouement pour un service dont la STIB n’a jamais vraiment voulu. Par ailleurs, l’utilité d’un service public de transport de nuit dans une agglomération telle que Bruxelles doit-elle être mesurée à l’aune de sa rentabilité ?

Les nuits blanches des bus de nuit : la faute à qui ? · Le 22 septembre la STIB a annoncé que le nouveau réseau des bus de nuits bruxellois Noctis n’était pas rentable. Elle a transmis ses dernières statistiques au Ministre bruxellois de la mobilité Pascal Smet : 2000 personnes fréquentent chaque week-end le réseau nocturne alors qu’il en faudrait 6000, selon la STIB, pour que le service soit rentable. Une façon de laisser entendre au Ministre que son idée n’était pas pertinente ? Inter-Environnement Bruxelles (IEB), le Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL), l’ARAU, Nomo Autrement Mobile et le Bond voor Trein, Tram en Busgebruikers (BTTB) s’interrogent sur les causes de ce faible engouement pour un service dont la STIB n’a jamais vraiment voulu. Par ailleurs, l’utilité d’un service public de transport de nuit dans une agglomération telle que Bruxelles doit-elle être mesurée à l’aune de sa rentabilité ?

En mai 2007, le ministre Pascal Smet faisait état des premiers résultats du tout nouveau réseau de bus de nuit bruxellois Noctis. Il affichait une moyenne de 2250 voyageurs par week-end. Bien en deçà des espérances ! Difficile toutefois d’évaluer un service mis en place un mois plus tôt. Mais six mois plus tard les résultats stagnent : Noctis atteint une moyenne de 2000 passagers par week-end. Peut-on en déduire qu’un tel service ne trouve pas son utilité à Bruxelles et que son caractère non rentable doit aboutir à sa remise en question ?

La mise en place d’un réseau de bus de nuit poursuit essentiellement quatre objectifs :

  • permettre aux citoyens et aux touristes qui n’ont pas de voiture d’avoir accès à la vie culturelle et aux autres activités nocturnes de la ville ;
  • sécuriser la mobilité nocturne en empêchant les conducteurs de prendre le volant en état d’ivresse ou de fatigue importante ;
  • fournir une alternative à la voiture et favoriser le transfert modal non seulement le jour mais aussi la nuit ;
  • fournir une alternative à la voiture pour les travailleurs de différents secteurs tels que le médico-social, le culturel et l’horéca.

La plupart des villes européennes d’importance sont aujourd’hui dotées d’un tel réseau, Paris, Amsterdam, Londres, Berlin, pour ne citer qu’elles. Dans toutes ces villes le réseau de nuit a fait ses preuves et a participé à leur rayonnement. Dans la plupart des cas, le service est offert tant la semaine que le week-end, certes avec une cadence différente, et à un tarif identique à celui pratiqué en journée.

Une offre mal adaptée

A Bruxelles, l’offre du réseau Noctis souffre d’une série de limitations qui en réduit l’attrait et la lisibilité :

  • sur le plan temporel, il ne fonctionne que les nuits du vendredi au samedi et du samedi au dimanche. Tant pis pour vous si vous avez besoin de ce service en semaine, vous resterez à la maison ou vous contribuerez à la pollution nocturne ! Autre frein : le service prend fin à 3 heures du matin alors qu’à Paris, Amsterdam et Berlin, il fonctionne sans discontinuité, au moins le week-end.
  • sur le plan du maillage spatial, le réseau Noctis propose des lignes différentes du réseau de jour, avec des arrêts parfois distincts, pas toujours aménagés (abribus), ni éclairés. S’il est logique de supprimer certaines lignes la nuit, pourquoi ne pas conserver les plus importantes ? Ajouté à la récente restructuration du réseau trams et bus, le nouveau réseau Noctis contribue à la confusion ambiante. Il faut être vraiment bien informé sur les lignes et les horaires pour avoir une chance d’emprunter les bus de nuit !

Un tarif prohibitif

Sur le plan tarifaire, à Bruxelles, il vous en coûtera 3 euros par trajet, soit le double du tarif normal. Et si vous êtes un usager fréquent du réseau vous devrez débourser 70 euros pour un abonnement en sus de votre abonnement classique de jour. Un rapide calcul permet de constater qu’un tel investissement n’est rentable que si vous utilisez le réseau plus de 23 fois par an soit près d’une semaine sur deux. La formule abonnement fait d’ailleurs chou blanc. A Paris, toutes les formules d’abonnement donnent accès au réseau de nuit sans devoir débourser le moindre centime supplémentaire. A Gand, le service est même gratuit.

Pour des jeunes, par exemple, qui sortent bien souvent à plusieurs, il revient à peine plus cher de prendre un taxi qui, de plus, fait du porte à porte, sans temps d’attente excessif (alors que les bus de nuit ne passent que deux fois par heure).

Une politique de mobilité peu incitative

Si son offre est inadaptée et son tarif prohibitif, ce qui explique son succès mitigé, le réseau Noctis s’insère en outre dans une politique de mobilité bruxelloise peu incitative au transfert modal. Citons notamment la politique de stationnement menée dans le centre ville : l’offre de places de parkings en voirie à un tarif trop avantageux n’est nullement dissuasive pour le conducteur surtout au regard des 3 euros du ticket de bus, sans compter l’automobiliste impénitent qui pratiquera le stationnement sauvage avec peu de risque de verbalisation. Toutes les communes sont d’ailleurs visées et pas seulement la Ville de Bruxelles car l’assurance de trouver une place au retour fait également partie du calcul que l’automobiliste rationnel ne manquera pas de faire.

Nos revendications

C’est pourquoi, IEB, le BRAL, l’ARAU, Nomo et le BTTB apportent leur soutien à l’initiative positive du Ministre bruxellois de la mobilité dans la mise en place d’un réseau de bus de nuit bruxellois, composant indispensable à la stature d’une ville comme Bruxelles et élément essentiel d’une politique de mobilité durable.

Les associations considèrent que l’offre actuelle proposée par la STIB est de nature à tuer l’oiseau dans l’œuf. Pour que Noctis prenne son envol :

  • nous demandons à la STIB d’améliorer son offreafin d’être plus attractive que l’usage de la voiture et mieux adaptée à la demande des bruxellois et des touristes :
    • en couvrant les jours de semaine et en élargissant l’horaire de nuit ;
    • en incorporant le réseau Noctis dans toutes ses formules tarifaires sans coût supplémentaire ;
    • en organisant des campagnes spécifiques d’information sur le réseau en faveur des secteurs médicos-sociaux, culturels et horéca, grands pourvoyeurs d’emplois nocturnes ;
  • nous demandons que les 19 communes bruxelloises et la Région de Bruxelles Capitale se dotent d’une politique de stationnement dissuasive ;
  • nous considérons que l’efficacité d’un réseau de transport public ne se mesure pas à sa seule rentabilité financière mais aussi à l’adéquation qualitative entre l’offre et la demande et aux besoins que ce réseau rencontre (sécurité routière, animation nocturne, mobilité durable,...).

Contacts :

IEB : Claire Scohier - 02/548.39.46 - 0473667505 - courriel
BRAL : Ben Bellekens - 0486/180619 - ben@bralvzw.be
ARAU : Isabelle Pauthier - 0477/330378
BTTB  : Jan Vanseveren - 09/233.74.39

▪ Contact : Inter-Environnement Bruxelles (IEB)


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Dernier ajout : 30 mai.