Inter-Environnement Bruxelles

La nouvelle ZIN du quartier nord

Publié le lundi 24 février, par Thyl Van Gyzegem
Version imprimable

La Ville de Bruxelles a donné un avis favorable à la rénovation-reconstruction des tours WTC 1 et 2. L’opération affiche pourtant un bilan carbone très lourd.

Photo : https://www.flickr.com/photos/pelican/1437412557

Entre la fin de l’enquête publique sur son permis d’urbanisme et la délibération de la commission de concertation, le projet ZIN de réaménagement des tours WTC 1 et 2 en un complexe de bureaux, logements, commerces et hôtel a reçu des mains du secrétaire d’État à l’urbanisme le prix be.exemplary, qui récompense les projets exemplaires en matière de développement urbain durable.

C’est donc sans surprise que la Ville de Bruxelles a donné un avis favorable à la rénovation-reconstruction de ces tours emblématiques.

Cependant, en grattant un peu le vernis vert qui recouvre le projet, on retombe sur des pratiques anachroniques qui relèvent plus de l’argument marketing que d’une remise en question des grandes erreurs de l’urbanisme bruxellois.

D’abord, car il s’agit de construire encore massivement du bureau alors que selon le dernier observatoire des loyers, en 2019, plus de 950 000 mètres carrés de bureaux étaient vides à Bruxelles (soit 7,5 % du stock). Le site devra par ailleurs accueillir plus de 3900 fonctionnaires flamands dans un siège flambant neuf, un exemple de plus de la rente que s’offre le secteur privé immobilier auprès des administrations publiques, y compris bruxelloises [1], pour des montants parfois exorbitants.

Le caractère innovant du projet se situe dans l’intégration d’une mixité fonctionnelle dans son programme notamment en construisant du logement selon un principe « zèbre » de mixité horizontale en alternant étage de logement et étage de bureau. Cette mixité reste toutefois assez relative. Par le nombre, parce que seuls 111 logements seront construits contre 82 809 mètres carrés de bureaux. La fonction logement ne comptera donc que pour un peu plus de 12 % de l’ensemble du programme. Des logements que l’on pressent de standing et à grande majorité d’une ou deux chambres. En d’autres termes, qui ne répondent aucunement aux besoins bruxellois identifiés.

Outre l’installation massive de panneaux de solaires, de système de récupération des eaux (mais qui ne seront pas connectés aux logements), c’est surtout grâce à la récupération des matériaux que le projet se veut exemplaire : 68 % du bâtiment existant sera réutilisé et 95 % des parties du bâtiment démolies seront recyclées.

Toutefois, le projet prévoit de densifier en recréant deux tours. Si la démolition-reconstruction s’impose aujourd’hui c’est parce que les espaces de bureaux des tours sont plus difficilement reconvertibles en d’autres fonctions. Pourquoi dès lors reconstruire des bâtiments qui risquent de poser le même problème aux générations futures ? Les tours sont très énergivores, ne permettent pas de réaliser des espaces publics de qualité au sol et participent à créer des ombres et des vents qui rendent l’usage des rues qui les bordent désagréable (voire dangereux, notamment pour les cyclistes et personnes âgées).

Une densification est tout à fait possible sans passer par des tours, mais quitte à les garder, une rénovation aurait un impact environnemental bien moindre. En effet, de l’avis même du promoteur, ce sont 90 000 tonnes de déchets qui devront être évacués, soit près d’un septième de l’ensemble des déchets de démolition réalisés en un an sur la Région bruxelloise. Autrement dit, plus de 2370 trajets de camions 38 tonnes.

Alors que le quartier nord fut le théâtre d’un des pires épisodes de la bruxellisation, responsable d’une destruction de logement à grande échelle (53 hectares rasés et 11 000 habitants expulsés ou expropriés), un redéveloppement exemplaire ne peut se faire sur base d’un programme qui ne répond pas aux besoins du quartier : logement abordable et social, espace vert, espaces de loisirs… D’autant que le terrain sur lequel sera bâti le projet ZIN a été vendu par la Ville de Bruxelles à la société Befimmo il y a de nombreuses années pour une somme modique [2]

Même l’espace vert d’un seul tenant que le Plan Régional d’Affectation du Sol impose au promoteur sera réalisé sous la forme d’une serre privative que le gestionnaire pourra (ou non, selon sa volonté) ouvrir au public. L’alternative d’un espace vert public et accessible semble avoir été écartée en raison du sentiment d’insécurité qu’il pourrait faire naître chez les futurs occupants, le quartier étant identifié comme menaçant (bandes de jeunes, migrants…). L’ouverture de la serre au public riverain semble donc compromise, ce qui n’empêche pas le promoteur d’assurer que cette serre « contribuera positivement au développement de la faune et de la flore locale [3] ».

La composition végétale pressentie de cette serre, composée d’espèces exotiques, symbolise à elle seule la déconnexion du projet avec son lieu d’implantation, sa conception urbanistique « hors sol », hors contexte historique, hors contexte social… Un tel projet est sans doute exemplaire mesuré aux ambitions des années 60. Vu de 2020, on est en droit de constater qu’il répond surtout aux intérêts des promoteurs, pas à ceux des habitant.e.s...


Thyl Van Gyzegem

Téléchargez

Notes

[1Lire à ce sujet « https://www.ieb.be/43082 ».

[3Note préparatoire, page 44.


Divers

Dernier ajout : 30 septembre.