Inter-Environnement Bruxelles

Introduction

La prostitution est souvent source de débats passionnés. Les partisans d’une abolition pure et simple s’opposent aux tenants d’une reconnaissance des droits des travailleurs et travailleuses du sexe (TDS). Régularisation, encadrement, dépénalisation, laisser-faire, pénalisation du client ou de la personne exerçant sont autant de positions et de partis pris défendus. Entre la réalité de la traite des êtres humains et celle du métier librement choisi, il existe autant de nuances que de profils différents. L’appréhension des dynamiques à l’œuvre est donc extrêmement complexe.

En dehors du débat éthique sur l’activité en elle-même, se pose la question de sa place dans la ville. Car qu’on le veuille ou non, la prostitution est présente. Elle peut éventuellement migrer d’un quartier à un autre, mais elle ne disparaît pas. Quelle approche adopter face à sa présence ? Comment en assurer la gestion ?

En 2012, Bruxelles en mouvements consacrait déjà un numéro au sujet [1] et à ses aspects les plus urbains. À l’heure où de nouveaux règlements communaux viennent durcir le ton à Bruxelles, il nous a semblé opportun de redonner la parole à ceux qui sont le plus concernés : associations de terrain, habitants et TDS eux/elles-mêmes.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’activité prostitutionnelle dans l’espace public génère des tensions. D’une part, avec certains habitants qui la jugent incompatible avec les fonctions résidentielles et en subissent les nuisances associées, d’autre part avec certaines autorités publiques, qui la jugent incompatible avec le projet de ville qu’elles portent.

La « revalorisation urbaine » défendue par ces édiles s’articule souvent autour de projets phares (gares de prestiges, centre commerciaux, logements haut de gamme, bars branchés…) et débouche sur l’éviction de toute une frange de la population désormais jugée indésirable au profit d’une population plus nantie, réelle ou fantasmée.

C’est cette logique de mise à l’écart, d’invisibilisation de la prostitution dans la ville qu’explore ce numéro, intitulé en contre-pied « Voir la prostitution ».

À travers deux articles, Chédia Leroij revient sur 15 années de réglementations dans le quartier Alhambra et, à travers l’exemple du modèle suédois, sur les positions abolitionnistes qui sous-tendent ces règlements. Un recueil nonexhaustif de témoignages d’habitants des quartiers de prostitution bruxellois vient ensuite donner un éclairage différent sur les multiples expériences, parfois très diverses, qui sont vécues quotidiennement.

Avant de donner la parole à Marie au travers d’une interview où elle revient sur 26 ans de profession dans une carrée à Saint-Josse, le collectif UTSOPI présente le travail qu’ils·elles mènent depuis 2015 pour défendre leurs droits, ceux des travailleurs et travailleuses du sexe.

L’asbl Alias explique ensuite le travail de terrain et de sensibilisation qu’elle mène auprès des hommes ayant des relations tarifées avec d’autres hommes.

Enfin, pour clore ce numéro, Maud Marsin relate la façon dont Liège et Charleroi ont contraint à la fermeture des lieux historiques de prostitution sans mettre en place de propositions d’alternatives viables. Bruxelles suivra-t-elle la voie de ces deux villes ?

Le numéro paru il y a six ans soulevait les questions suivantes sans pour autant y répondre : Devons nous interdire ou légaliser la prostitution ? S’agit-il d’esclavagisme ou d’une profession ? Que se passe-t-il si l’on refuse d’accorder des droits aux prostitué·e·s ? À ces questions, ce numéro vient en rajouter des nouvelles qui traversent l’ensemble du travail d’Inter-Environnement Bruxelles : Vers quelles transformations se dirige la ville aujourd’hui ?

Pour qui et par qui se façonne-t-elle ? Comment peut-on assurer un droit à la ville pour tou·te·s ?


[1Putain de ville, « Putain de vile ».