Cet enregistrement suit une balade au fil des eaux souterraines et des rivières enterrées d’une portion de Bruxelles. Depuis la maison du Livre de Saint-Gilles puis de la place Morichar, nous suivons le lit de l’Elsbeek jusqu’à la porte de Hal en passant par le parc Pierre Paulus et le carré de Moscou. Ensuite, nous rejoignons le Palais du Midi en passant par la grande Écluse. Entre lectures poétiques, récits historiques et éclairages politiques, ce sont des paysages disparus qui renaissent sous nos pieds. Avec Chloé Deligne (MSH ULB), chercheuse et historienne et Michel Bastin, une des chevilles ouvrières des États Généraux de l’Eau (EGEB).
Nous partons de la Maison du Livre de Saint-Gilles pour cette balade organisée dans le cadre du cycle Géographie des Marges. Ce jour-là, nous étions une bonne trentaine à suivre Chloé Deligne, historienne, et Michel Bastin, une des chevilles ouvrières des États Généraux de l’Eau (EGEB). Entre histoire et géographie, nous remontons le temps pour comprendre comment l’eau a façonné la ville et ses périphéries.
Lecture par Tom Nisse d’un extrait d’Histoire d’un ruisseau d’Élisée Reclus.
Nous sommes sur la place Morichar, anciennement appelée le terrain des sources. Ici, dès le XVIIᵉ siècle, l’eau souterraine alimentait les majestueuses fontaines de la ville. Au fil du temps, à mesure que Bruxelles et sa population grandissent, Bruxelles va étendre ses tentacules hydriques bien en dehors de ses murs. Aujourd’hui, les chercheurs de sources les cartographient pour en révéler la mémoire et le potentiel. Sous nos pieds, une nappe phréatique rappelle que l’eau locale pourrait encore jouer un rôle.
Nous démarrons ici avec un extrait de Rachel Carson, biologiste et pionnière de l’écologie, qui nous invite à écouter les voix des oiseaux migrateurs et à retrouver de l’émerveillement pour la nature. Nous faisons ensuite le lien avec Bruxelles, ses friches urbaines et ses jardins pittoresques, où l’émerveillement se mêle à l’action citoyenne. À travers les initiatives des États généraux de l’eau, nous découvrons comment habitants, associations et paysagistes travaillent à restaurer le cycle de l’eau, redonner vie aux fontaines et imaginer de nouvelles rivières urbaines.
Lecture par d’Arsinoë Dermine d’un extrait de Le sens de la merveille de Rachel Carson
À travers cartes anciennes et récits, nous découvrons le vallon de l’Elsbeek, un ruisseau oublié de Bruxelles dont les traces subsistent encore sous la ville. À l’époque, ces cours d’eau portaient plusieurs noms selon les usages et les quartiers, alimentant moulins et étangs. La balade nous conduit du parc Pierre Paulus au Carré de Moscou (place Marie Janson), où l’Elbeek est aujourd’hui reconnu comme ruisseau officiel dans l’atlas des cours d’eau non-navigables bruxellois. Nous évoquons aussi l’importance des îlots de fraîcheur urbaine et le rôle social de ces espaces verts.
Dans cet épisode, nous faisons halte à la Porte de Hal, un lieu emblématique de Bruxelles où l’eau a longtemps joué un rôle stratégique. Autrefois, les ruisseaux et étangs alimentaient les douves, les moulins et servaient à la pisciculture, tout en assurant des fonctions défensives. Le récit retrace cette multifonctionnalité de l’eau (cascades, lavandières, baignade), avant qu’elle ne soit réduite au XIXᵉ siècle à un simple usage d’évacuation des déchets. Un voyage qui montre comment l’eau, bien plus qu’un décor, structurait la vie urbaine.
Lecture par Cataline Senechal d’un extrait de Dans Berthille d’Haegeleere de Sander Pierron (1896)
Cette halte au square de l’aviation, à l’abri de la chaleur, dans le lieu occupé par le collectif de sans-papiers Zone Neutre, nous raconte l’histoire de Bruxelles à travers sa rivière disparue, la Senne. Nous retraçons le rôle des moulins dans l’industrialisation des quartiers populaires et les baignades oubliées. Ainsi que l’importance de la rivière pour le commerce et la navigation, qui ont permis à Bruxelles de se développer au cœur de la vallée. Cet épisode aborde aussi les inondations récurrentes et la décision de voûter la Senne au XIXᵉ siècle.
Lecture par Arsinoë Dermine d’un extrait de Dans La Maison Espagnole de Léopold Courouble (1901)
Nous arrivons à la dernière halte de notre balade, devant le Palais du Midi. Ce bâtiment emblématique, construit sur pieux de bois dans une zone marécageuse, incarne l’histoire populaire du quartier. Aujourd’hui en prise avec le projet couteux et contesté du Métro 3 qui voudrait simplement le démolir, l’eau, toujours présente sous nos pieds, nous dit quelque chose. Le marais, longtemps oublié, semble reprendre sa place dans l’histoire politique de Bruxelles.
Lecture par Chloé Deligne d’un extrait d’Histoire d’un ruisseau d’Élisée Reclus.