Inter-Environnement Bruxelles

Éditorial

Good participation…

Publié le mardi 24 septembre 2019, par I E B
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Décrié par les habitant·e·s et par les associations, le projet de tour Sainctelette avait suscité une large contestation en juin dernier : une pétition avait recueilli plus de 600 signatures et une marche vers la maison communale de Molenbeek avait été organisée pour exprimer aux autorités le non-sens d’un projet qui ne répond aucunement aux besoins des habitants d’un quartier qui manque cruellement d’infrastructures (espaces verts, logements abordables…). Malgré cette mobilisation, c’est un avis favorable à l’unanimité qui avait été rendu par la Commission de concertation.

Good participation… · Décrié par les habitant·e·s et par les associations, le projet de tour Sainctelette avait suscité une large contestation en juin dernier : une pétition avait recueilli plus de 600 signatures et une marche vers la maison communale de Molenbeek avait été organisée pour exprimer aux autorités le non-sens d’un projet qui ne répond aucunement aux besoins des habitants d’un quartier qui manque cruellement d’infrastructures (espaces verts, logements abordables…). Malgré cette mobilisation, c’est un avis favorable à l’unanimité qui avait été rendu par la Commission de concertation.

Loin d’être un cas isolé, cette dissonance entre les réactions que suscite un projet et son approbation par les pouvoirs publics coïncide, notons-le bien, avec les injonctions par ces derniers à participer ou à « co-créer » la ville de demain. Le long du canal, en bordure des quartiers les plus densément peuplés de la région, en proie à une urbanisation galopante, il semble que si « co-création » il y a, elle se négocie d’abord entre promoteurs et l’autorité régionale avant de transiter par la dite « chambre de qualité » du Bouwmeester qui en vérifie la cohérence architecturale, pour enfin être mise en enquête publique.

Lors de cette dernière phase, les habitant·e·s sont mis devant le fait accompli d’un projet déjà ficelé et négocié en amont donnant à la commission de concertation des airs de mauvaise pièce de théâtre, où comme le disait récemment un habitant, « les citoyens ordinaires ont joué le rôle des figurants ». Parfois même, c’est la compréhension des enjeux qui est occultée par certaines pratiques. Ainsi, le saucissonnage des demandes de permis dans le cas du Métro 3, découpés en tant de tronçons qu’ils rendent impossible une appréhension globale du projet et de ses impacts, et ne permettent pas l’analyse sérieuse d’alternatives.

Dans tous les cas, il n’est pas possible de penser collectivement la nature même du projet en amont. Ce qui sera construit, la destination des bâtiments, à qui et quoi ils vont servir, voilà qui n’est pas discuté ni discutable. En Commission de concertation, on se retrouve face à un projet qui a déjà demandé plusieurs mois voire des années de travail à des bureaux d’architectes… mais il est toujours « trop tard ».

À l’heure où la Région bruxelloise s’apprête à approuver de nouveaux Plans d’Aménagement Directeurs (PAD) qui risquent de favoriser sur tout le territoire, au nom d’un impératif démographique, le même genre de projets spéculatifs que ceux qui s’abattent sur les quartiers populaires du long du canal, la prise en compte de la parole des habitant·e·s sur leur cadre de vie, leurs besoins et leurs envies est essentielle. On a pourtant l’impression qu’elle est aujourd’hui principalement recueillie pour être transmise à des bureaux d’avocats et de cabinets ministériels connexes chargés d’anticiper d’éventuels recours juridiques.

Si une (r)évolution de la démocratie urbaine ne voit pas le jour, les processus institués risquent de faire disparaître le peu d’intérêt que les habitant·e·s et associations ont encore pour les processus dit participatifs. Mais, heureusement, pas l’intérêt que nous portons collectivement à la manière dont la ville se construit. Si la politique du « fait accompli » permet, comme à Sainctelette, de passer outre la mobilisation des habitants, cette dernière pourrait alors se recentrer et se renforcer sur l’action collective et directe, qui dans certains cas semble bien mieux porter ses fruits que les procédures administratives (voir encadré). Faut-il vraiment s’en plaindre ?

Inter-Environnement Bruxelles

PETIT RAPPEL D’UN GROS PROJET DE PARKING

Début 2015, en lien avec le développement du piétonnier au centre-ville, émerge le projet de construction de 4 nouveaux parkings. Le premier, qui souleva un tollé était celui prévu sous la Place du Jeu de Balle. Une mobilisation rapide, massive et de longue haleine a permis d’enterrer ce projet jusqu’à maintenant. Protestation, campagne d’affichage, tractages, débats, présence massive aux conseils communaux, marches, etc. Des actions diverses ont été menées, permettant à chacun d’y trouver son compte pour agir ensemble et directement.


Bem 302 - Septembre-octobre 2019

Dernier ajout : 22 septembre.