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« Stop au béton » en région bruxelloise ?

Publié le dimanche 6 octobre 2019, par dewey
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« Stop au béton » en région bruxelloise ? ·

« A Bruxelles – souligne Borret – les 10 dernières années ont été dominées par la croissance démographique. La densification a clairement été poussée à son paroxysme. Les 10 prochaines années doivent par contre être dominées par le réchauffement climatique et la transition écologique. La densification du territoire doit être mise en pause pour se concentrer sur la végétalisation de la ville. Bruxelles doit entrer dans une nouvelle ère. Il faut la laisser respirer. » (Trends, 16 sept. 2019)

Mettre en pause la bétonisation des terres à Bruxelles ? Ce n’est pas la demande d’un groupe écologiste radical… mais celle de Kristiaan Borret, le Bouwmeester bruxellois …

Cette prise de conscience intervient à un moment-charnière dans l’évolution de la politique bruxelloise d’aménagement urbain. Comme vous le savez peut-être, une dizaine de grands projets urbanistiques ont été mis sur la table en 2018 (PAD, Plans d’Aménagement Directeurs), à la suite de la réforme du code de l’urbanisme (CoBAT), et certains d’entre eux – comme le projet d’urbanisation de la friche Josaphat – passent aujourd’hui à l’enquête publique (3 octobre > 2 décembre).

Plusieurs arguments sont aujourd’hui évoqués pour demander – au minimum – une mise en suspens de l’urbanisation des friches, une « mise en pause » de dix ans, ou au mieux un moratoire. Ici, je n’en citerais que deux …

(1) L’EFFONDREMENT ÉCOLOGIQUE

Certains « grands projets » de la Région (notamment Josaphat et Heysel) entrent en profonde dissonance avec la politique écologique et climatique que semble vouloir adopter le gouvernement. Être prêt à déclarer « l’état d’urgence climatique » devant les caméras, tout en laissant bétonner une vingtaine d’hectares de nature à haute valeur écologique (voir : Josaphat, nid à espèces rares, in Le Soir, 2018), ça fait mauvaise impression. Et, au-delà de la mauvaise publicité que cela peut générer, cela place également la Région dans une situation délicate : d’un côté on annonce à grand renfort de publicité que Bruxelles s’engage à devenir une ville résiliente (dans les années 2020), et de l’autre on s’apprête à fragiliser très fortement le fameux « maillage vert bruxellois », en détruisant des espaces uniques et irremplaçables, comme Josaphat (source : observations.be).

(2) ÉQUILIBRES DES POUVOIRS

Il y a aussi une question démocratique, d’équilibre des pouvoirs et de bonne gestion des affaires publiques, qui devrait retenir notre attention. Ces 10 dernières années, avec les multiples révisions et réformes des règles d’aménagement du territoire, le gouvernement a « facilité » la mise en oeuvre de ses projets – comme Rudy Vervoort aime souvent à le rappeler – et elle l’a fait au prix d’un affaiblissement des contre-pouvoirs qui ont été mis en place ces 30 dernières années pour établir un semblant d’équilibre entre le pouvoir promoteurs privés, celui de l’administration publique et celui des citoyens. (Voir : « Faire la ville sans les gens ? » in Le Soir, 2018)

Voici un exemple qui illustre ce nouveau déséquilibre des pouvoirs : La Commission Royale de Monuments et des Sites (CRMS) – censée forcer les promoteurs à se plier aux règles de protection du patrimoine – a été, ces dernières années, régulièrement attaquée par le gouvernement (lequel a cherché sans succès à rendre ses avis « non-contraignants »). La cause de cette obsession pour « l’assouplissement des règles » ? Elle ne doit pas être cherchée bien loin : la cheffe de cabinet adjointe de Vervoort (voir : team Vervoort est ancienne avocate d’AvH, le promotteur de Tour & Taxis. C’est-à-dire que pour aider le gouvernement à défendre l’intérêt général – « le patrimoine pour tous » – le ministre-président a jugé opportun de… s’entourer d’un des artisans de la privatisation totale d’un bien public. No comment.

Ces deux enjeux suffisent à justifier ce que tout le monde recommande : une « mise en pause » … le temps de établir une vrai équilibre des pouvoirs – entre citoyens, administration publique et promoteurs – qui susceptible de faire naître des projets urbanistiques de qualité, en phase avec les enjeux du 21ème siècle.

Texte : M. Simonson


dewey

http://www.ezelstad.be/2019/10/03/stop-au-beton-en-region-bruxelloise


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