Inter-Environnement Bruxelles
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Encore un édito sur le défi climatique ?

A l’heure de boucler cet édito, nous ne connaissons pas la conclusion du sommet de Copenhague. Nous proposons néanmoins de nous interroger sur un paradoxe que suscite déjà « l’esprit de Copenhague ».

Il y a peu, la société de grande distribution Colruyt annonçait son intention de privilégier désormais le bateau au camion pour le transport de marchandises entre Anvers et Bruxelles [1]. On ne peut que féliciter Colruyt pour son esprit pionnier en matière de rationalisation de sa con- sommation d’énergie. La dernière décision de Colruyt est d’autant plus remarquable que l’entreprise est bien la seule sur le marché de la grande distribution à faire ce genre d’effort.

Pourtant, l’action volontaire de Colruyt ne doit pas cacher l’ampleur de la transition économique nécessaire pour atteindre les objectifs de réduction de CO2 compatibles avec un réchauffement limité de la planète. Car la prise en charge de quelques km de transport intérieur par bateau ne peut occulter la nécessité de raccourcir au maximum les circuits de distribution des denrées alimentaires. Un effort que Colruyt (et ses concurrents) a du mal à faire tant la logique qui sous-tend le secteur de la grande distribution est une logique de concurrence sur les prix. Tant que les denrées importées de l’autre bout de la planète n’internalisent pas les coûts environnementaux que leur production et leur transport occasionnent, Colruyt aura beau couvrir les toits des grandes surfaces de panneaux solaires ou d’éoliennes, il continuera à contribuer de manière hautement significative au réchauffement de la planète.

De même, si l’accord avec le Port de Bruxelles (et son terminal à conteneurs, subsidié à hauteur de 12€ le container) semble des plus vertueux pour la réduction de l’empreinte CO2 de la Belgique, il faut tout de même remarquer que Bruxelles n’est pas la destination finale des containers, et que ceux-ci seront acheminés, in fine, dans le cas de Colruyt, par camion vers Ghislenghien. Un trajet de 67 km (au lieu de l’ancien trajet de 100 km) qui démarrera tout de même par un tour complet (plutôt qu’un demi-tour dans l’ancienne configuration) du ring de Bruxelles, déjà méga-embouteillé au quotidien. De là à imaginer que les camions de Colruyt pourraient traverser Bruxelles au lieu de prendre le ring, il n’y a qu’un pas... [2]. Ces quelques considérations montrent combien il est difficile de faire l’impasse sur l’effet qu’ont les décisions louables mais néanmoins marginales d’un acteur économique sur l’imaginaire du consommateur, qui risque de continuer à contribuer à bon compte à la reproduction d’un système qui mériterait une transformation autrement plus radicale !


[123/11/2009, www.lecho.be

[2Les études du plan IRIS 2 montrent par exemple, qu’aux heures de pointe, il est plus rapide de traverser Bruxelles de part en part plutôt que d’emprunter le ring.