Dans un article paru le 20 juin dernier, L’Écho révèle que la Région bruxelloise pourrait vendre des terrains de son futur quartier Médiapark (site Reyers) pour financer le chantier de démolition du siège historique de la RTBF et de la VRT dont le coût serait aujourd’hui évalué entre 60 et 85 millions d’euros contre 18 millions budgétés en 2024. La déconstruction du bâtiment et son désamiantage sont indispensables pour libérer les terrains nécessaires à l’élaboration du nouveau quartier cadré par un Plan d’aménagement directeur (PAD). Celui-ci prévoyait, aux dernières nouvelles, la création d’une cité des médias, de 1400 logements, d’un parc public de 10 hectares, des commerces et des équipements collectifs...
Pour rappel, en septembre 2017, la région bruxelloise avait racheté ces 17,7 hectares de terrain à la RTBF et la VRT pour un montant total de 136 millions d’euros [1]. Une somme devant permettre aux deux télévisions nationales de financer, en partie, leurs nouveaux sièges sur les deux hectares qu’elles allaient conserver à Reyers, tandis que la démolition de leurs anciens bâtiments resteraient à la charge de la Région.
Les chantiers des nouveaux sièges des télévisions publiques ont, eux aussi, fait face à des surcoûts, liés à la hausse du prix des matériaux, à la crise covid, à l’inflation et aux conflits administratifs. Le budget global de la VRT est ainsi passé de 105 millions à plus de 330 millions d’euros. Quant au siège de la RTBF, baptisé Médiasquare et qui vient d’être inauguré le 20 juin dernier pour un budget total de 236,5 millions d’euros, il se retrouve au cœur d’une bataille judiciaire, le consortium de construction réclamant en sus 112 millions d’euros à l’opérateur public pour exécution de demandes additionnelles de la RTBF sans être rétribué.
En matière de fonds régionaux, ce seraient donc 221 millions d’euros qui auront été dépensés avant même la mise en œuvre du programme du PAD. Avec une surface de construction réduite en cas de vente de terrain, le risque est grand que ce dernier soit revu afin d’y privilégier les fonctions les plus rentables ou en augmentant la hauteur des constructions : le PAD permettant la construction d’une tour de 70 mètres et d’au moins deux autres de 50 mètres de haut à proximité de l’avenue Georgin, soit des bâtiments pouvant faire respectivement plus de 20 et 15 étages, alors que la morphologie du quartier tourne autour de Rez + 7 étages.
Si les mobilisations d’habitant·es lors des deux enquêtes publiques avaient permis d’augmenter la taille du parc et de sauver le « Bois Georgin », destiné à être abattu pour faire place à un parking provisoire avant un lotissement de logements, aucune avancée n’avait été notée dans les objectifs de développement de logement public abordable.
Alors qu’il s’agit d’un terrain public, la part de logement public devrait être plafonnée à 15 % du programme de logement et ne comprendre aucun logement social ! Incompréhensible dans un contexte où la crise du logement abordable ne fait qu’augmenter de jour en jour, que plus de 60.000 ménages sont sur liste d’attente pour un logement social et que des logements sociaux existants sont revendus sur le marché privé par la SLRB.
Publié le 22 juin dernier par Perspective.brussels, le « Monitoring des projets de logements publics à Bruxelles » réitère une recommandation déjà présente dans les numéros précédents : au vu de l’augmentation constante de l’incidence foncière (25 à 30 %, voire 35 % du prix au m² des projets), il est impératif pour les pouvoirs publics de conserver le foncier dont ils sont propriétaires.
Le rôle de la Région n’est pas de créer les conditions propices au développement de la promotion immobilière privée et les habitant.es en recherche d’un logement abordable n’ont pas à payer les pots cassés de la mauvaise gestion publique : le PAD Médiapark est un terrain public, à ce titre on devrait y développer 100 % de logement public dont 60 % de logement social locatif, tout en y développant des mécanismes à même de garder une propriété publique du sol.
[1] À titre de comparaison, en 2001, les pouvoirs publics ont vendus 30 hectares de terrains à Tour et Taxis, soit près du double de la superficie de Médiapark, pour 44 millions d’euros, soit l’équivalent de 57 millions d’euros en 2017, au promoteur privé Nextensa.