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Construire un monde arboré : plantons des graines et créons de la relation

Publié le lundi 23 décembre 2019, par Un collectif de citoyens
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Construire un monde arboré : plantons des graines et créons de la relation ·

Prendre soin des arbres, c’est s’ouvrir à d’autres chemins de compréhension des mondes et à de nouvelles coexistences entre nature et culture.

Tribune. Les arbres sont de grands silencieux : ils sont violentés sans bruit, ils souffrent sans mot et sont déracinés par millions dans la plus grande indifférence. A ce jour, nous perdons l’équivalent d’un terrain de football de couvert forestier, soit un quart de la surface de la France chaque année. Les terres inconnues de l’Amazonie laissent place à des cicatrices béantes, les forêts ancestrales du Congo tombent dans l’oubli, les forêts indiennes, ivoiriennes et indonésiennes sont remplacées par des mono-cultures d’huile de palme, de cacao ou d’hévéa, faisant taire la diversité qui pourtant les imprégnait. Les non-humains qui enchantaient les quotidiens sont décimés par milliard, les printemps tout comme les autres saisons n’ont jamais été aussi silencieux.

Les communautés humaines qui vivent également dans la forêt voient leurs lieux de culte effacés, leurs savoirs et leurs pratiques marginalisés. Pourtant, ces communautés ont su construire avec le milieu des équilibres écosystémiques qui participent à l’émancipation des différentes parties prenantes. Ils ont su préserver ces espaces tout en y habitant, et de bien des manières, ils en étaient les gardiens. Des Indiens d’Amazonie aux Pygmées du Congo en passant par les anciennes structures rurales des territoires européens, un arbre coupé et c’est tout un héritage qui s’en trouve à jamais brisé. L’un dans l’autre, les territoires s’uniformisent derrière le tout-urbain, derrière des paysages monofonctionnels tuant une multitude de trésors naturels et d’héritages culturels.

Une sagesse séculaire

Pourtant, les arbres sont des êtres fabuleux ! Certains arbres sont comme timides, leurs couronnes ne se touchent jamais. En Chine du Sud, une petite herbacée porte son habitat au cœur des ravins tropicaux : le sainfoin oscillant. Cette plante a pour singularité de danser : ses feuilles bougent lorsqu’elle entend des claquements de mains et des sons mélodieux. Lorsque le bruit s’arrête, la plante de nouveau s’immobilise. Les arbres à leur tour sont vivants, beaux, extraordinaires, poétiques, et particulièrement autonomes. Ils sont une invitation à penser sans cesse la résilience. Leur extrême longévité et la pluralité des expériences vécues pour les plus âgés d’entre eux, permettent aux arbres de créer de vastes réseaux de communication, à la fois souterrains et aériens, qui véhiculent des trésors de capacités et de relations ! Ils sont une mémoire ancestrale qui ramène sans cesse l’humain à sa propre fragilité et à sa propre mortalité.

Vivre avec les arbres, c’est s’ouvrir à de nouveaux chemins de compréhension des mondes et à de nouvelles coexistences entre nature et culture. L’arbre est un élément essentiel des biomes terrestres. Il est le refuge d’alliés culturels, des mousses aux animaux en passant par les champignons. Les arbres sont des lieux de méditation, permettant à nombre d’humains d’exprimer des symboles et des totems. A travers le monde, ils sont également des lieux emprunts de poésie, ils structurent les imaginaires des sociétés, les récits des elfes des bois et des farfadets de la nuit, les héritages celtes autant que les relations que Cévenols, Béarnais, Savoyards ou Morvandiaux ont placées dans les vallées et sur les chemins de crête. Que seraient nos sociétés sans ces symboles pouvant fédérer les communautés ? Des peuples de robots, manipulés par « le verbe, l’image et l’informatique », pour reprendre la belle expression de l’anthropologue Jean Malaurie. Les arbres sont les premiers soleils d’une valeur qui n’a pourtant jamais été autant en danger : celle de protéger et de valoriser les courbes oniriques du monde.

Cette mémoire de la forêt devrait être le miroir d’une empathie renouvelée de l’humain envers les arbres voisins. Face aux découvertes abyssales que proposent de nouvelles recherches, un arbre millénaire renvoie l’image d’un vieux sage, les feuilles de sa barbe invitent à la compréhension d’un temps fier et séculaire, d’un temps dont les sociétés contemporaines peuvent s’inspirer pour penser le rapport à ces êtres et à la nécessité de préserver leur belle santé.
Vivre autrement

Nous n’avons plus le temps de regarder la planète se briser, nous devons nous engager ensemble. Lorsqu’il ne s’est pas déjà effondré, le vivant se terre et attend que nous rejoignions son camp. Partout la vie s’exprime, partout la vie lutte pour pouvoir respirer, pousser, survivre. Cette diversité ce sont les peuples de la Guyane qui veulent protéger la forêt qui coule dans leurs veines, ce sont ces jardins qui prennent place dans des mondes du tout béton, ce sont ces individus qui ont le courage de quitter la tyrannie des villes pour réinventer des paysages de beauté dans des territoires abandonnés, c’est le châtaignier des Cévennes qui, oublié de la modernité, continue tout de même d’exister, c’est le frêne et le hêtre qui peuplent nos récits collectifs. Pour que ces symboles jamais ne s’éteignent, pour que la vie puisse de nouveau danser sur les ruines du monde, reprenons-nous !

A l’image du courage du gouvernement éthiopien qui s’apprête à planter plus de 4 milliards d’arbres dans ses territoires arides, à l’image de ces forêts urbaines de Tokyo et de Singapour qui sont protégées contre la gourmandise du béton, à l’image de Yacouba Sawadogo qui grâce à des graines fait reculer le désert, à l’image des peuples des forêts qui s’expriment ici ou là, réinventons ensemble la poésie de nos lieux. Protégeons ce qui reste à défendre et plantons ! Plantons partout des arbres et des graines. Plantons savamment, plantons pratique, plantons l’inspiration, plantons dans la joie. En mettant ensemble les mains dans la terre, nous pouvons de nouveau faire valoir la diversité et réapprendre à vivre. Les citoyens du climat se proposent de mettre à disposition un cadre national et des points de contact locaux pour accompagner tout projet de reboisement.

Premiers signataires : Damien Deville, géo-anthropologue et militant, Pascale Osma, membre de Citoyens pour le climat, Pierre Spielewoy, juriste et anthropologue, Lydia et Claude Bourguignon, agronomes, Augustin Berque, géographe, prix Cosmos international, Alexia Soyeux, créatrice du podcast présages, Thomas Dupont, géographe, Flora Magnan, cofondatrice de Human Conet, Malcom Ferdinand, philosophe, Pascale d’Erm, autrice et réalisatrice de Natura, Sylvain Delavergne, reporter et auteur, wifu project, Pepita Car, directrice de projets culturels, Jean- Marc Gancille, auteur, Fanny Vismara, coordinatrice du mouvement Plastic Attack France, Emmanuel Lepage, dessinateur, scénariste et coloriste, Rebecca Amstrong, conférencière et fondatrice de 2050 le podcast, Maxime de Rostolan, fondateur de Fermes d’avenir, Blue Bees et la Bascule, Léna Abbou, administratrice de la Fonda, Charles Fournier, vice-président de la région Centre- Val-de-Loire, Paule Masson, journaliste et consultante alimentation et climat, Olivier Roellinger, cuisinier à Cancale, auteur du livre Pour une révolution délicieuse, Juliette Helson, membre du mouvement Slow Food France, Alain Coulombel, porte-parole d’Europe-Ecologie Les-Verts, Eva Sas, porte-parole d’Europe-Ecologie Les-Verts, Laurent Baheux, photographe animalier, Louise Browaeys, agronome, auteure et facilitatrice, Gert Peter, fondateur de Planète Amazone, Suyapa Hammje, éditrice aux Editions Tana, Matthieu Ponchel, réalisateur, Boom Forest, Les Pionniers, La haie d’honneur, Kady Josiane Dicko, ingénieur en environnement et militante africaniste, Arthur Keller, consultant et conférencier, Claire Lejeune, co-secrétaire national des jeunes écologistes, Bruno Solo, acteur, Corinne Morel Darleux, auteure, élue et militante, Thomas Brail, grimpeur et arboriste, Nathalie Charvy, linguiste et conseillère municipale de la ville de Nevers, Clément Molinier, animateur dans un centre social, Anne-Sophie Novel, journaliste, auteur et réalisatrice, Florentin Letissier, professeur d’économie et maire adjoint à la mairie du 14ème arrondissement de Paris, Manon Havet, professeur de philosophie, Jacques Marcon, chef trois étoiles, Emilie Doom et Boris Aubel, cofondateur d’Etika Mondo, François Coq, architecte DPLG, Denis Guenneau, coopérative Europe-Ecologie Les-Verts, Mathilde Imer, fondatrice des Gilets Citoyens et coordinatrice de campagne chez On est prêt, Clément Bijou, professeur d’œnologie et cadre du Parti Socialiste, Ferdinand Richter, responsable Ecosia France, Astrid Guillaume, Sémioticienne et membre du conseil national des universités, Jerry Pelikan, anthropologue et président de l’association Earthforce Fight Squad, Georges Feterman, président de l’association ARBRE, Nina Géron, ingénieur agronome et militante, Yacine Ait Kaci, président de la fondation Elyx, Bruno Van Peteghem, prix Goldman 2001, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Socialiste, Gauthier Chapelle, agronome.

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