Inter-Environnement Bruxelles

Bruxelles fait appel au privé pour résoudre la crise du logement

Publié le mercredi 19 février, par Pauline Deglume
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Bruxelles fait appel au privé pour résoudre la crise du logement ·

La secrétaire d’État bruxelloise au Logement, Nawal Ben Hamou (PS), lance un vaste appel au secteur privé pour acquérir des logements sur plan ou déjà existants.

Propulsée secrétaire d’État par Laurette Onkelinx juste avant son retrait de la scène politique, Nawal Ben Hamou a hérité d’un très gros morceau avec la compétence sur le logement. Le nouveau visage du PS au sein du gouvernement bruxellois a pris son temps pour répondre à notre sollicitation d’interview, préférant d’abord faire la tournée des (nombreux) acteurs privés et publics du secteur : Citydev, SLRB, SISP, AIS, Fonds du logement, CLTB, communes, CPAS, régies communales... De quoi tenir aujourd’hui un discours bien rodé, sur les constats tout d’abord.

"En dix ans, la population bruxelloise a augmenté de 15%. Avec une accentuation de la paupérisation : près d’un tiers des Bruxellois vit sous le seuil de pauvreté, un cinquième perçoit une allocation d’aide sociale. Or, les loyers ont augmenté de 15% en moyenne en dix ans et les banques n’octroient plus de prêts dépassant 90% de la valeur du bien. Tout cela fait que nous faisons face aujourd’hui à une crise du logement avec près de 46.000 personnes sur liste d’attente pour un logement social", déclame-t-elle.
" Pour offrir une solution concrète à 15.000 ménages en attente, nous allons finaliser la production des 6.400 logements prévus par le plan logement et l’Alliance habitat. "
Nawal Ben Hamou
Secrétaire d’État bruxelloise au Logement

Un budget de 502 millions d’euros

Premier volet de l’accord de gouvernement, le logement est l’une des priorités de la majorité PS-Ecolo-DéFI-Groen-Open Vld-one.brussels. Ce qui s’est traduit dans les chiffres avec 15% de budget supplémentaire, soit 502 millions d’euros au total consacrés à la politique du logement. Mais c’est surtout un changement de stratégie qui doit s’opérer durant cette législature.
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Constatant les échecs des plans logements successifs, la construction n’est désormais plus le seul moyen évoqué pour augmenter le nombre de logements sociaux. "Pour offrir une solution concrète à 15.000 ménages en attente, nous allons finaliser la production des 6.400 logements prévus par le plan logement et l’Alliance habitat. Mais on ne résoudra pas seuls cette crise du logement, nous avons besoin du secteur privé. Je compte énormément sur l’appel à projets qui sera lancé à l’été 2020."

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Une fast lane pour les promoteurs

Un appel qui consistera notamment à acquérir des biens immobiliers clé sur porte. "Trois projets de ce type ont récemment abouti à Forest et Molenbeek. C’est un gain de temps énorme pour nous puisqu’on peut directement y loger les personnes", fait valoir Nawal Bel Hamou qui mise également sur de l’achat de biens sur commande. Sur base d’un cahier des charges élaboré en fonction des besoins par quartier.
" 118 millions seront consacrés à la rénovation de logements en 2020. "
Nawal Ben Hamou

"L’intérêt pour le secteur privé ? Tous ceux qui s’inscrivent dans cet appel à projets bénéficieront d’une fast lane, soit une procédure accélérée pour l’obtention des permis d’urbanisme comme cela avait déjà été fait pour les écoles. Comme convenu avec mon collègue Pascal Smet en charge de l’urbanisme, du personnel sera dédié spécifiquement à cette fast lane pour la politique de logement."

Dans les communes où le foncier disponible se fait plus rare, la secrétaire d’État bruxelloise au Logement lancera un appel aux petits propriétaires. "À Saint-Gilles, Ixelles, Koekelberg, on veut racheter et rénover du bâti existant."
Rénovation-climat

On évoque les délais d’attente souvent très longs en matière de rénovation des logements publics. "118 millions seront consacrés à la rénovation de logements en 2020. Le budget est là et un monitoring sera affecté pour tous les projets. Mais c’est aussi aux SISP (Sociétés immobilières de services publics, NDLR) d’identifier les logements à rénover et de transmettre les données à la SLRB, ce qui n’est pas toujours fait en temps et en heure", répond Nawal Ben Hamou.

Selon elle, l’enveloppe rénovation sociale-climat (50 millions) permettra désormais au pouvoir public d’être plus réactif. "Toutes les interventions sont programmées dans le plan quadriennal. Mais en cas d’urgence, un toit qui perce ou un ascenseur qui claque, cette enveloppe permettra d’intervenir rapidement, de ne plus être figé dans le plan quadriennal."

Le recours, à l’avenir, à des marchés publics groupés est aussi évoqué comme un facteur d’accélération. "Pour l’instant, on se trouve avec 16 SISP qui font chacune leur marché public quand il faut remplacer des robinets dans les logements. Autant faire un marché unique." Pas moins de 30.000 logements doivent bénéficier de travaux, minimes ou majeurs selon les cas. "On ne parle pas de logements inhabitables. Dans la plupart des cas, il s’agit de petits travaux de mise en conformité. Avec une bonne politique de rénovation, ce sont environ 3.200 logements inoccupés que l’on peut remettre sur le marché", détaille la socialiste.
Les autres mesures visant à faciliter l’accès au logement

Outre la production-acquisition-rénovation, d’autres mesures permettront de faciliter l’accès au logement. Par exemple, le Fonds du Logement devra se recentrer sur ses missions de base, à savoir l’octroi de prêts à taux zéro. "On accorde environ 800 crédits hypothécaires par an et on va augmenter cela, au travers d’une campagne de communication autour du Fonds qui manque encore de notoriété et d’une réduction des délais d’attente", estime Nawal Ben Hamou.

La ministre veut aussi réformer les critères d’accès de l’allocation-loyer qui a profité jusqu’ici à 345 candidats-locataires en tout et pour tout. "C’est schnollebol ! Les procédures sont trop complexes..."

Le nombre de biens confiés à des agences immobilières sociales (AIS) est passé de 2.000 en 2009 à 6.200 en 2020. "On va soutenir cette progression avec un budget qui passe de 16,4 millions à 18,1 millions d’euros. Les propriétaires qui confient leur bien à une AIS ont un loyer garanti même en cas d’inoccupation, des primes à la rénovation et une exonération de leur précompte immobilier. Tout cela avec une finalité sociale derrière !"

Enfin, la socialiste estime que la grille indicative des loyers doit être davantage utilisée, notamment au travers d’une politique de conventionnement. "Un propriétaire qui se base sur la grille pour louer son bien aura en échange des primes à la rénovation. On étudie encore les contours de la mesure avec le ministre Maron. Comme on ne résoudra pas la crise seulement en construisant, le conventionnement fera partie des leviers permettant aux gens de se loger dignement et à moindre coût."


Pauline Deglume

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