Inter-Environnement Bruxelles

Les abattoirs d’Anderlecht changent de standing ?

Bruxelles a mal à son ventre

Publié le mercredi 12 octobre 2011, par I E B
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ANDERLECHT • Au cœur de Cureghem, chaque vendredi, samedi et dimanche, se déroule le plus grand marché de Bruxelles. On y trouve de tout et pour pas cher.

Photo : Ben2

Plus de 100 000 Bruxellois ne s’y trompent pas et viennent chaque semaine s’y approvisionner en marchandises de toutes sortes, et plus spécialement en denrées alimentaires les plus variées. À mille lieues des quartiers d’affaires qui poussent comme des champignons dans notre ville, la foule qui sillonne les allées de ce marché populaire est une belle image de la fameuse multiculturalité déclinée à toutes les sauces dans les discours sur Bruxelles.

Derrière cette facette plus connue et visible, le site des Abattoirs d’Anderlecht continue aussi de fonctionner autour de ce qui constitue sa principale raison d’être depuis sa création en 1890 : les activités d’abattage et différents métiers de la viande.

A priori, on ne voit aucune raison de mettre en péril l’avenir d’un tel site, fonctionnant en lien avec son environnement social et permettant de maintenir des activités économiques pourvoyeuses d’emplois “peu qualifiés” qui se font si rares de nos jours. Aucune ? Certains pouvoirs publics et capitaux financiers ne l’entendent pas de cette oreille et ont décrété que les Abattoirs allaient devenir leur nouvelle vache à lait. Pour eux, « les potentialités » de ce terrain de 10 hectares méritent mieux que les activités actuelles. Ils le verraient bien changer de standing pour devenir « une adresse internationale » susceptible de provoquer un basculement sociologique du quartier. Salivant à l’idée de profiter de la proximité du terminal Thalys et de l’Eurostar au Midi, ils rêvent d’attirer un public plus argenté. Pour eux, un abattoir et un marché populaire, ça ne fait pas très classe au cœur de la capitale de l’Europe...

La société privée qui exploite le site (et qui a été constituée dans les années 1980 par les bouchers qui voulaient sauver les Abattoirs d’une possible fermeture) pourrait bien céder à la tentation. Désormais dotée de subsides européens, elle s’est entourée d’urbanistes et de conseillers marketing qui semblent bien ancrés dans le moule de la pensée unique. Ils ont accouché d’un plan prévoyant d’y ériger d’ici l’an 2030 « un nouveau quartier » accueillant de nouvelles fonctions (commerces, bureaux, logements...) et dont le leitmotiv serait « Le ventre de Bruxelles ». Les premiers coups de pelleteuse sont prévus dans les prochains mois. À terme, les marchands ambulants seraient remplacés par des échoppes fixes et le marché populaire s’adresserait désormais « à l’élite ». Les abattoirs seraient déplacés d’abord dans un lieu moins central du site, voire hors de Bruxelles dans un second temps. Pour donner une coloration à leur projet, ses concepteurs ont importé le concept d’un bar à huîtres et à champagne ouvert dans une halle industrielle récemment reconvertie à Lyon. Un symbole qui n’est pas pour déplaire à la Région bruxelloise, laquelle entend « redynamiser le commerce » dans cette partie de Cureghem en y « cassant l’image du quartier des bonnes affaires ».

Alors, place aux mauvaises affaires ? Pas si sûr. En concoctant un plan basé davantage sur des fantasmes et une idéologie dominante que sur les réalités socio-économiques du site et de son environnement, les promoteurs du projet pourraient se rendre compte qu’ils ont eu les yeux plus grands que le ventre et faire un beau bide. D’autant que les habitants du quartier, les sociétés d’abattage, grossistes et autres marchands travaillant quotidiennement sur le site et qui n’ont pas été concertés sur son devenir, risquent de se rendre compte du tour de cochon qu’on est en train de leur jouer. Pour le « nouveau quartier » censé pousser aux Abattoirs, cela pourrait constituer un coup... vache.



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Dernier ajout : 1er octobre.