Ce jeudi 18 juin, un projet emblématique du quartier de Biestebroeck passera à l’enquête publique : le redéploiement des anciennes Brasseries Atlas. Depuis que la Poudrière l’a vendu en 1989, le site, avec sa tour emblématique Art Déco, a suscité la convoitise de plusieurs promoteurs. Le dernier projet en date, sous couvert d’une rénovation en apparence vertueuse, densifie le site et dénature son patrimoine pour y développer des kots étudiants et du co-living, chevaux de Troie de la financiarisation du logement en Région Bruxelloise.
Le projet soumis à la commission de concertation, ce jeudi 18 juin, mise essentiellement sur des fonctions logement dites de « niche » qui permettent une rentabilité maximale au m² : 28 studios, 4 logements en co-living totalisant 38 chambres et 91 chambres étudiantes, en outre des 46 appartements classiques présentés comme « haut de gamme » par le développeur. Kots étudiants et co-living sont de véritables aubaines pour les développeurs qui les perçoivent avant tout pour le rendement élevé qu’ils offrent. Les 91 chambres étudiantes seront casées dans un nouveau bloc monolithique qui entaille l’intérieur d’îlot et coupe en deux la majestueuse cour de l’ancienne brasserie.
De façon générale, l’ensemble du projet s’apparentera à une gated community pour des privilégié·es alors que le site joue, à l’heure actuelle, un rôle social de proximité. Notamment sa cour est régulièrement utilisée par les enfants du quartier et par la mosquée voisine, confirmant son potentiel comme équipement ouvert sur le quartier plutôt que comme enclave résidentielle fermée sur elle-même. Les futur·es occupant·es disposeront d’une salle de sport, d’espaces de co-working et d’une bibliothèque aux accès contrôlés et exclusifs alors que la commune manque de bibliothèques publiques et d’équipements pour ses habitant·es. Un projet replié sur lui-même qui tournera le dos aux habitant.es et familles d’Anderlecht. Le développeur a beau plaider le caractère social de ses kots étudiants (ils seront en effet confiés à l’Agence immobilière sociale étudiante pour une durée de 27 ans), il s’agit avant tout, pour lui, d’esquiver le paiement des charges d’urbanisme.
Quant au respect du patrimoine existant, il fournit d’évidence un cachet prestigieux au projet qui se doit de respecter a minima la réglementation patrimoniale, la tour de brasserie et plusieurs façades externes du bâtiment étant sur la liste de sauvegarde. Mais le développeur n’hésite pas à :
Avec le Marais Biestebroeck, la Brasserie Atlas constitue, sur l’ancien tracé du Broekbeek, un ensemble paysager ancré dans l’histoire de la ville, porteur d’une symbolique forte et d’un potentiel complémentaire en termes de réponses à des besoins sociaux et écologiques locaux (rencontres, aires de jeux et de détente, activités éducatives et socioculturelles...).
Vertueux le projet Atlas ? Pour l’Alliance Marais Biestebroeck, Pro-les-Terres, Bruxelles Panthères, 1070 contre la gentrification, Power4Trees, la Fonderie, le CRU et IEB, Bruxelles Panthères, la Fonderie, CCN Vogelzang, la Brasserie Atlas, ses occupant.es et ses riverain.es méritent un autre sort plus soucieux de son passé et de son patrimoine, plus soucieux de la dimension populaire du quartier et plus soucieux de la richesse des sols de la plaine alluviale de la Senne.
Inter-Environnement Bruxelles