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Au supermarché des objets connectés

Publié le lundi 18 novembre 2019, par Alexis Dabin
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Les objets connectés sont le futur rêvé de l’industrie du numérique et des télé-communications... un rêve qui pourrait bien tourner au cauchemar. Tour d’horizon.

Au supermarché des objets connectés ·

Dans les salons dédiés aux technologies high-tech, États, entreprises et particuliers sont invités à faire leurs emplettes d’appareils en tout genre dopés à l’intelligence artificielle. Elles optimiseront notre quotidien, boosteront la productivité du travail et géreront mieux que quiconque les villes de demain. Mais certains pourraient voir se profiler dans cet étalage de gadgets un futur nettement moins enchanteur. Bref échantillonnage des articles déjà disponibles tirés de sites dédiés à ces marchandises du futur.

Smart objects

Le rayon domotique est particulièrement fourni avec brosse à cheveux connectée, porte-rouleau de papier toilette connecté, smart miroir, smart biberon, couette intelligente, bouteille d’eau géniale et machine à distribuer des croquettes pour chat. Les lave-linges connectés sont capables de commander automatiquement votre marque préférée de détergents auprès d’Amazon pour ne plus jamais vivre l’angoisse du manque. Certains lave-vaisselles communiquent avec le four et le frigo afin de déterminer le programme de nettoyage le plus performant en fonction des recettes personnalisées que votre frigo vous a suggérées.
Les enceintes connectées et les assistants virtuels, tels Alexa ou Cortana de Microsoft, ont le vent en poupe. Parmi tous les smart objets, ce sont eux qui devraient connaître dans un proche avenir la croissance la plus rapide. Pour les parfaire, leurs producteurs n’hésitent pas à enregistrer toutes nos conversations avec ces appareils.

Parfois, cela dérape et l’appareil enregistre également des conversations lorsque l’appareil n’a pas même été sollicité. Ces enregistrements sont également essentiels pour le développement de la publicité personnalisée. Amazon a déposé un brevet qui lui permettra de proposer ce type d’expériences publicitaires à partir des enregistrements de nos interactions avec les assistants virtuels.

Wearable technologies

Les wearable technologies, autrement dit les technologies portables, regroupent toute la gamme des vêtements et des accessoires permettant d’optimiser son bien-être corporel. Cela inclut les textiles, les gants, les maillots de bain et autres chandails connectés mais aussi les Google glass, les ongles, les préservatifs et les faux tatouages connectés.
Les montres connectées disposent quant à elles de toute une série d’options afin de mesurer nos performances en matière de santé. Plusieurs compagnies d’assurances américaines proposent de réduire le prix de leurs contrats d’assurance-vie pour ceux qui acceptent un suivi comportemental à l’aide de ces appareils, notamment des podomètres. En France, Axa ne propose encore que des chèques-cadeaux à ceux qui acceptent que leurs moindres pas soient surveillés de la sorte. À l’avenir, ces tarifs réduits offerts à ceux qui acceptent de se faire contrôler pourraient bien devenir la norme en matière d’assurance.

Surveiller, contrôler & tuer

Les logiciels de reconnaissance faciale qui équipent de nombreux objets connectés sont eux aussi promis à un bel avenir. Grâce cette technologie, il est déjà possible de déverrouiller son smartphone et de régler ses achats dans des magasins Carrefour en Chine. Dans un lycée de Nice, un logiciel de reconnaissance faciale a été utilisé pour filtrer les entrées des élèves. Une société américaine propose également aux écoles le même type logiciel pour mesurer l’attention des élèves en classe. Au Japon, une start-up propose quant à elle d’utiliser la reconnaissance faciale pour s’assurer que vous regardez bien les publicités. Le simple fait de détourner le regard de l’écran met la publicité sur pause. En échange de votre attention, vous recevez une place de cinéma. La Chine ne compte pas moins de 176 millions de caméras de surveillance. Celles-ci permettent de repérer dans une foule les délinquants recherchés par la police mais également de surveiller certaines minorités ethniques considérées comme dangereuses par le pouvoir.

Grâce aux logiciels de reconnaissance faciale, les caméras de surveillance chinoises jouent également un rôle civique avec ce qui est nommé là-bas « les écrans de la honte ». Un piéton qui est filmé avec ces caméras lorsqu’il traverse la rue hors des passages cloutés voit sa photo et son nom apparaître sur des écrans au prochain carrefour.

Les entreprises peuvent également trouver leur bonheur dans tous ces objets connectés. Amazon a sans doute déposé un brevet, non encore utilisé, pour le smart objet le plus innovant : un bracelet qui surveille le moindre geste de ses employés. Ce bracelet contraint l’ouvrier à placer ses mains au bon endroit. S’il se trompe, s’il prend par exemple un mauvais colis à livrer ou s’il est simplement inactif, le bracelet se met à vibrer. Avec ce type d’appareils, l’ouvrier devient un véritable robot. Taylor et Ford n’auraient pu rêver mieux pour optimiser l’organisation scientifique du travail.

Les départements de la défense des grandes puissances – États-Unis, Russie et Chine en tête – sont tout aussi friands d’objets connectés. Avec ses drones de combat, l’armée américaine est ainsi devenue experte en assassinats ciblés. Le nombre de civils tués par erreur reste cependant très élevé, jusqu’à 90 % de victimes « collatérales ». Un seuil nouveau est franchi dans l’art de la guerre avec ce qu’on nomme dans le jargon militaire les SALA, les systèmes autonomes d’armes létales, autrement appelés les robots tueurs. Certains parlent des SALA comme d’une troisième révolution dans les techniques de guerre, après la poudre à canon et les armes nucléaires.

Des drones, des robots, des mitraillettes, des chars et des engins aquatiques peuvent repérer une cible et l’attaquer sans plus aucune intervention humaine. Autrement dit, des algorithmes, en totale autonomie, peuvent décider de donner la mort. De nombreuses voix se sont élevées partout dans le monde, y compris des industriels actifs dans le secteur de l’intelligence artificielle, pour réclamer un moratoire sur les SALA, y voyant une menace majeure pour l’avenir de l’humanité. Mais on en est encore loin tant les intérêts industriels et militaires sont puissants dans ce domaine.

Ce n’est qu’un début

Aujourd’hui, nous n’en sommes encore qu’aux prémices de l’univers des objets connectés. Il est encore balbutiant. Mais patience, l’industrie du numérique nous promet le paradis pour demain. En 2035, leur catalogue sera bien plus fourni et les objets autrement plus performants qu’aujourd’hui. Alors dès maintenant, pensez à prendre une carte de fidélité.


Alexis Dabin


Bem 302 - Septembre-octobre 2019

Dernier ajout : 30 septembre.