Inter-Environnement Bruxelles
© IEB - 2021

Au gouvernement bruxellois proche des promoteurs qui brade les espaces naturels pour des logements inaccessibles

La croissance démographique s’est effondrée. Le secteur privé continue à produire quantité de logement inabordable. Il manque des logements sociaux. Les espaces naturels diminuent. Pourquoi les pouvoirs publics ne remettent-ils pas en question les dérives d’un secteur de la construction déconnecté de la demande sociale ?

© Inter-environnement Bruxelles - 2022

Carte blanche d’un collectif d’associations environnement et logement : le Collectif Bas-les-PAD, Inter-Environnement Bruxelles (IEB), le Mouvement des Quartiers Populaires, Natagora Bruxelles et le Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat (RBDH).

Dans un article récent publié à l’occasion du rassemblement annuel du secteur de l’immobilier à Cannes, le MIPIM, l e secrétaire d’État bruxellois en charge de l’urbanisme s’est exprimé devant un parterre de grands investisseurs internationaux . Usant de sa rhétorique à l’emporte-pièce, il y déclare « Make people happy against their will » pour ajouter plus loin « On entend beaucoup les gens qui sont en désaccord avec les projets et qui le clament haut et fort … Mais qu’en est-il de ceux qui sont d’accord mais qui n’en disent rien ? » En clair, cela laisse penser que la pertinence d’un projet est le fait de l’autorité politique s’appuyant sur une indéfinissable « majorité silencieuse ». Voilà en plus explicite ce qui se dit sotto voce au sein du gouvernement bruxellois pour discréditer le point de vue d’une militance engagée depuis de nombreuses années sur les questions relatives à l’environnement urbain et social.

Depuis longtemps en faveur de l’environnement urbain

Le tissu associatif bruxellois est pourtant l’un des plus développés des grandes villes européennes. Les signataires de cette carte blanche rassemblent des associations et fédérations engagées depuis des dizaines d’années en faveur de l’environnement urbain. Elles n’ont pas attendu qu’un secrétaire d’État s’agite pour se mouvoir en faveur de la décroissance de l’automobile, du partage équitable de nos ressources, de l’attention à la biodiversité ou encore de l’accès à des logements de qualité pour tous. Elles ne l’ont pas attendu non plus pour remettre en question les dérives d’un secteur de la construction déconnecté de la demande sociale.

Listes d’attente pour le logement social

Le secteur de la promotion immobilière brandit la loi de l’offre et la demande selon laquelle construire massivement du logement devrait permettre de réduire les prix de vente et des loyers [1]. Or depuis 10 ans, le marché privé produit 3 à 4000 logements par an, de quoi satisfaire apparemment la demande quantitative des ménages. La montée en flèche des prix de l’immobilier et l’allongement en conséquence des listes d’attente pour le logement social interdit cependant l’accès généralisé à un logement décent.

Au détriment de la surface d’espace verts

La Région continue de justifier la nécessité de développer massivement du logement du fait de la croissance démographique. Or cette croissance s’est effondrée, passant de 10.000 habitants par an à 2.000 [2]. La crise sanitaire étant passée par là, de nouvelles vagues d’habitants quittent à nouveau la ville dense pour s’installer en périphérie. Mais les ministres en charge de l’aménagement du territoire reprochent à " ceux qui voudraient que l’on ne fasse rien du tout" de freiner leurs projets. Des projets de logements privés qui rencontrent peu les besoins des habitant.es et mettent souvent à mal les espaces naturels de plus en plus rares. Entre 2003 et 2016, alors que la Région se densifiait, la surface d’espace verts disponible par habitant a diminué d’un quart [3], pour produire du logement inabordable.

Trois demandes

Plutôt que les visions ministérielles invérifiables, motivées par ce qui n’est pas verbalisé, nous demandons :

  • de préserver, voire d’augmenter les espaces verts en qualité, en quantité, au centre et en périphérie ;
  • de maintenir, voire d’accroître un foncier public qui doit rester public ;
  • de n’y autoriser que des logements publics dont 60 % de logements sociaux.

Au lieu de promouvoir à tout prix des Plans d’Aménagement Directeur (PAD) pour mettre sur le marché 20.000 nouveaux logements surtout privés, produisons sur ces terrains 4.000 logements sociaux tout en préservant les espaces non construits pour permettre à la biodiversité de se déployer en ville.

Politiques, sortez de vos salons bleus

Ce mardi 24 mai, pouvoirs publics bruxellois et promoteurs remettent le couvert à l’occasion du Brussels Real Estate 2022, les premiers livrant aux seconds en primeur les dernières "directives en matière d’immobilier".

Cher Gouvernement bruxellois, nous avons tellement de choses à nous dire. Plutôt que de ne vous adresser qu’à ceux qui fréquentent les salons bleus en vous y faisant si facilement applaudir, soyez à l’écoute des demandes des habitants qui attendent que vous agissiez d’urgence en soutien des fonctions "faibles" qui sont si essentielles à la vie urbaine. C’est plus difficile mais c’est aussi plus porteur de meilleurs lendemains.


[1Lire notamment "Sans décision politique, les logements abordables deviendront… inabordables" in LLB 9 mars 2022.

[2Selon les chiffres de Statbel de 2022, alors que le nombre d’habitants dans la Région de Bruxelles-Capitale a augmenté en moyenne de 9 000 habitants par an sur la période 1992-2020, cette augmentation est de 2 000 habitants par an sur la période 2021-2070.

[3Selon une étude de 2021 , entre 2003 et 2016 la surface d’espaces verts par Bruxellois.e a chuté de 26.5%, et leur taille moyenne de 25.6%. Au total, ce sont 11.9% des espaces verts qui ont disparu dans cette période.