Faut-il sortir les trompettes thébaines ? Certes des blocages budgétaires et institutionnels vont être levés, des associations verront mieux dans quels tunnels elles sont plongées. La chose qui frappe à la lecture de la DPR, déclaration de politique régionale, c’est cette capacité à dire tout et son contraire : le projet de métro 3 est déclaré « totalement suspendu » mais le gouvernement appelle dans le même temps à sa « réévaluation approfondie, portant tant sur son opportunité que sur sa faisabilité technique et financière ». Ou encore l’accumulation de truismes : « une mobilité plus fluide et vectrice de développement » (ch. 3) ou « une économie prospère » (ch. 8). En bruxellois, essayez le « non peut-être » : circulation moins fluide, économie ravagée... 600 jours pour enfoncer des portes ouvertes et en laisser fermées bien d’autres.
Ainsi, pas une ligne sur la maîtrise foncière, alors qu’en période de disette, taxer les plus-values foncières pourrait être une source de nouvelles recettes. On ne peut s’empêcher de penser à celle, substantielle, que vient d’empocher le promoteur du projet Lake Side à Tour & Taxis ! La DPR annonce vouloir « déverrouiller le marché immobilier bruxellois » par « un plan de simplification immédiate » de la matière. Au menu, « fluidification des enquêtes et concertations », réduction des possibilités d’aller en recours, diminution du poids des communes et suppression de l’avis conforme de la CRMS en matière de préservation du patrimoine.
La réduction des dépenses est le leitmotiv qui traverse toute la déclaration qui mise sur une diminution de 80 % des dépenses. Dans le même temps, les recettes ne sont optimisées que de 20 %. Les arbitrages laissent parfois pantois. Alors qu’on coupe allègrement dans un secteur non marchand, peu coûteux au regard des besoins qu’il satisfait (et qui sont par ailleurs délaissés par la puissance publique), 101 millions d’euros sont budgetés pour la rénovation des tunnels. Un rapport de 2024 de Stratec invitait pourtant à faire des économies en fermant cinq d’entre-eux d’ici 2030 (Vleurgat, Bailli, Boileau, Georges Henri, Woluwe). On supprime les primes Rénolution permettant à de petits propriétaires occupants de rénover leur bien pour un mieux environnemental mais on offre au passage un petit cadeau à celles et ceux capables d’acquérir un bien de 800 000 euros (le plafond donnant droit à un abattement des droits d’enregistrement passe de 600 000 à 800 000 euros).
La politique d’investissement, appelée Code 8, est la cerise sur le gâteau de la rigueur budgétaire : on économise drastiquement d’un côté, mais on trouve 150 millions d’euros à investir dans le projet CONFEX (entendez NEO) et 60 millions d’euros pour le projet Kanal. Enfin, on cherchera en vain une référence aux attentes en matière de démocratie. Il va donc y avoir de l’ouvrage pour nos associations malmenées.
Pas une ligne sur la maîtrise foncière, alors qu’en période de disette, taxer les plus-values foncières pourrait être une source de nouvelles recettes.