Inter-Environnement Bruxelles
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Approbation des PAD « Médiapark » et « Défense » : peu de garanties pour le logement abordable !

Ces dernières semaines, les PAD « Médiapark » et « Défense » ont définitivement été adoptés par le gouvernement bruxellois. Si le premier a fait l’objet d’une contestation et de remaniements importants, le deuxième a été adopté dans un temps record de moins de six mois. Si le premier contient toujours des orientations (gabarits, mobilité…) problématiques quant au respect des quartiers environnants, le deuxième, fruit d’une collaboration avec la Région flamande, a fait l’objet d’un plus grand consensus tant au gouvernement que dans la société civile. Malgré leurs différences, ce qui relie les deux PAD, outre la création de grands parcs publics, c’est bien leur manque d’ambition en matière de création de logement social et abordable, et ce, alors qu’il s’agit de deux terrains publics.

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Le 25 avril dernier, après une seconde enquête publique sur un projet modifié, le gouvernement régional a adopté définitivement le Plan d’Aménagement Directeur (PAD) Médiapark visant à créer un nouveau quartier sur l’actuel site Reyers, comprenant une cité des médias, 1400 logements, un parc public de 10 hectares, des commerces et des équipements collectifs. La mobilisation du comité « Médiapark » pour la sauvegarde du « Bois Georgin », destiné à être rasé pour laisser place dans un premier temps à un parking provisoire et puis à du logement, s’est révélée payante et le projet avait évolué dans un sens positif sur certains aspects : légère baisse de certains gabarits pour mieux respecter les quartiers environnants, augmentation de la taille du parc public, développement d’une nouvelle ligne de tram traversant le site…

Toutefois, la dernière version soumise à enquête s’avérait encore très problématique à plusieurs égards. Le Plan permet ainsi la construction d’une tour de 70 mètres et d’au moins deux autres de 50 mètres de haut à proximité de l’avenue Georgin, soit des bâtiments pouvant faire respectivement plus de 20 et 15 étages, alors que la morphologie du quartier tourne autour de Rez + 7 étages. Bien que se voulant exemplaire en limitant drastiquement la circulation automobile au sein du site et en supprimant tout stationnement en surface, ce nouveau quartier induit la construction de 90 000 mètres carrés de parkings souterrains, une opération qui aboutira à un bilan carbone très dommageable. L’augmentation des flux automobiles induits par la réalisation du programme devra s’insérer dans des voiries qui sont aujourd’hui déjà saturées, d’où la nécessité absolue de la mise en service de la nouvelle ligne de tram en amont de la réalisation du programme. Or, celle-ci dépend d’une réorganisation du tracé du tram 25 qui vient d’être mise en pause par la STIB pour une durée indéterminée.

Enfin, si le flou relatif du caractère réglementaire n’était pas de nature à rassurer quant à la réalisation d’équipements collectifs répondant aux besoins des quartiers existants, il ne cadrait surtout aucunement les typologies de logement prévues. En effet, le Plan ne contenait aucun objectif chiffré en matière de production de logement public et social. Si le chiffre de 38 % de logement à finalité publique (catégorie qui reprend donc également le logement moyen) a été annoncé dans la presse, il convient de rappeler qu’il s’agit non seulement d’une entorse à l’accord de majorité du gouvernement qui prévoit en 50 % sur tous les terrains publics, mais aussi que ce calcul pourrait avoir été obtenu en tenant compte des logements publics et sociaux déjà existants ou prévus en bordure du site Reyers, ce qui ferait tomber le chiffre de nouveaux logements publics construits par le PAD Médiapark à… 15 % !

Pour IEB, le PAD Médiapark conçu sur un terrain public devrait développer 100 % de logement public dont 60 % de logement social locatif, seul type de logement permettant de garder la maîtrise foncière publique tout en permettant une propriété publique des logements à long terme.

Ayant fait l’objet d’un relatif consensus au sein du gouvernement ainsi que de la société civile, le PAD Défense a quant à lui pu être approuvé définitivement le 02 mai dernier, moins de six mois après sa mise à l’enquête publique. Ce dernier vise l’implantation de 150.000 m² de logements, 150.000 m² d’activités productives et de 50 000 m² d’équipements sur les anciens sites appartenant à l’état-major de la Défense. La particularité du PAD Défense réside dans la collaboration avec la Région flamande pour la création d’un parc métropolitain de 5 hectares se connectant à une réserve forestière de 20 hectares sur le sol flamand.

Comme dans le cas de Médiapark, les ambitions en matière de logement public sur ce terrain public ne sont pas à la hauteur des enjeux actuels : le PAD n’impose que 25 % de logement public sur les projets de plus de 3500 m² (un seuil pourtant limité à 2000 m² dans les PAD Heyvaert et Max). Au-delà de la typologie des logements prévus, c’est la localisation même de logement sur ce site, situé à proximité de l’aéroport de Zaventem, qui paraissait problématique à la lecture du rapport d’incidences environnementales.

En effet, la limite supérieure fortement recommandée pour le contrôle des effets néfastes sur la santé dus à l’exposition au bruit des avions sera dépassée sur l’ensemble de la zone couverte par le Plan. La conclusion du RIE y était claire : « Sur base des données relatives au bruit, le site, dans son état actuel, n’est pas adapté à un développement résidentiel » (page 153, partie 2).

Si des solutions technologiques d’isolation acoustique sont proposées, leur coût devra être répercuté sur le prix des logements, constituant un frein à la construction de logement social et abordable. D’autre part, l’isolation ne règlera pas l’exposition au bruit en cas d’ouverture de fenêtre ou tout simplement dans l’espace public et les lieux de vie situés à l’extérieur.

Alors que le seul logement dont la Région a réellement besoin aujourd’hui est le logement abordable et social, n’aurait-il pas mieux valu augmenter la proportion de logements publics et sociaux sur d’autres terrains dont la Région a la maîtrise, comme à Médiapark, plutôt que d’en prévoir sur un site inadapté ?