Inter-Environnement Bruxelles
© Milena Strange - 2026

Quartier Nord : retour vers le futur

Bruxelles en mouvements n°341, avril 2026

© Milena Strange - 2026

À l’heure où le permis du projet Lake Side vient d’autoriser la dernière grande phase d’urbanisation du site de Tour & Taxis et où la nouvelle enquête publique pour le projet Nör ne va pas tarder à démarrer, IEB se questionne : cinquante ans après, le quartier Nord est-il véritablement sorti de la logique du plan Manhattan ?

Ce nouveau numéro de Bruxelles en mouvements revient sur les transformations projetées et en cours dans le quartier Nord, autour de la gare, du canal et de Tour & Taxis. Ces projets – tel un éternel retour vers le futur - interrogent la persistance d’un urbanisme trop souvent dicté par les intérêts privés plutôt que par les besoins des habitant·es.

Si les articles de ce numéro mettent en lumière un changement dans le discours des pouvoirs publics depuis les années 1970, les rapports de force, eux, ont peu évolué. Les quartiers ne sont plus rasés, mais les pouvoirs publics continuent trop souvent d’accompagner les logiques de valorisation foncière au lieu de les encadrer efficacement. Derrière les promesses de renaturation, de mixité et d’amélioration du cadre de vie, les risques de spéculation et d’éviction des habitant.es sont réels.

Le dossier s’ouvre sur la remise à ciel ouvert de la Senne et sur les ambiguïtés d’une écologie urbaine qui, sans cadrage adéquat, risque d’entraîner une importante revalorisation foncière. Il analyse aussi le projet de tram 15, dont le tracé et l’utilité sont entièrement conditionnés par l’urbanisation de Tour & Taxis, et fait porter à la collectivité le coût d’un projet aux bénéfices limités. Il interroge ensuite la multiplication des plans, programmes et opérations publiques dans le quartier Nord, sans que ceux-ci ne débouchent sur une réelle capacité à imposer des contraintes aux promoteurs immobiliers. Il se penche enfin sur les enjeux de culture en analysant d’une part les déboires d’un musée Kanal pourtant généreusement abreuvé d’argent public et, de l’autre, le péril financier qui guette le théâtre Océan Nord, un acteur culturel majeur et solidement ancré dans son quartier depuis trente ans.

En cherchant à démêler l’écheveau de fils nouant, dans le quartier Nord, intérêts privés, planification urbaine et pouvoirs publics, le constat est qu’il est bien difficile de sortir de l’ombre du Plan Manhattan. À la fois acte fondateur et présence omniprésente, il continue, tel un fantôme du passé, de hanter bon nombre d’actions et d’initiatives présentes dans le quartier.