Bruxelles en mouvements n°340, février 2026
Le dernier numéro du Bruxelles en Mouvements sort au moment de la formation quasi inopinée d’un nouveau gouvernement bruxellois. Si les thèmes traités sont dans la tonalité inquiétante des mesures sécuritaires et anti-sociales de l’Arizona, ils questionnent la manière dont la nouvelle formation les facilitera… ou pas… : le Plan Grandes Villes et les mesures hot spot, Agence Frontex et expulsion des sans papiers,… Le journal traite, au par ailleurs, du fiasco du projet de Métro 3 et de ses perspectives désastreuses sur le plan financier. Il est le résultat de plusieurs plumes souhaitant partager leurs inquiétudes mais aussi leurs coups de gueule.
Le journal s’ouvre sur le housing first qui fait, aujourd’hui, figure de Graal pour solutionner la situation tragique des personnes sans chez soi. Laurent d’Ursel du Syndicat des immenses nous rappelle que si le housing first est devenu une mesure phare pour lutter contre le sans-chez-soirisme, c’est bien parce que nos autorités se montrent incapables d’assurer l’exercice général du droit au logement de toutes et tous. Si tout le monde avait un chez-soi, le housing first n’aurait plus lieu d’être.
Parmi celles et ceux qui n’arrivent pas à se loger, il y les sans-papiers qui, même en plein hiver, se retrouvent violemment expulsé·es par les forces de l’ordre lorsqu’iels trouvent et occupent un bâtiment vide. Le journal revient sur l’occupation du square de l’Aviation par le Collectif Zone Neutre durant 7 mois. 70 personnes sans papiers, dont 15 enfants, qui ont apporté de la vie et de la joie sur le square avant de se faire chasser, le 17 octobre 2025, à coups d’auto-pompe, de matraque et de gaz lacrymogène.
Ce sont aussi à coups de matraques qu’ont été accueilli·es, le 14 octobre 2025, les manifestant·es venu·es exprimer leur colère et leur désaccord sur les mesures gouvernementales mettant à mal leurs droits sociaux. Un des manifestants a taillé son crayon pour nous livrer une bande dessinée de son cru retraçant ce moment glaçant où, après avoir rejoint le bloc antifa devant l’Office des étrangers, il a pu sentir dans sa chair la démesure d’un État qui n’est plus là pour nous protéger mais pour nous enfoncer.
À quelques pas de là, autour de la gare du Midi, l’avenir ne s’annonce pas plus rose, puisque la Belgique a voté la loi Frontex, qui doit connaître une application directe dans cette gare internationale considérée comme frontière extra-européenne (dite Schengen). Des agents y auront pour mission de renforcer la lutte contre les migrations illégales et auront le droit d’utiliser une arme à feu et d’incarcérer, en cas de besoin, les personnes sans titre de séjour valide.
Les régimes d’exception prennent place aussi dans les quartiers populaires où nos autorités planifient des contrôles renforcés, sur les territoires ciblés par le trafic de drogue, à l’aide de brigades mixtes composées à la fois d’agents de police et de militaires. Appelé Plan Grandes Villes, ce programme est pensé dans la droite ligne du Plan Canal de 2016, lequel faisait suite aux attentats de Paris. Il masque l’incapacité de nos gouvernants à gérer la question sociale autrement que par la baguette et la peur. Une autre source d’inquiétude est ce que nous a révélé le dossier du Métro 3 : un aveuglement de la poursuite d’un projet durant plusieurs années, malgré ses défauts et impacts avérés sur certains quartiers et les finances régionales. La Région pourrait s’embarquer dans un partenariat public-privé (PPP) qui coûterait à lui seul 6 milliards d’euros, faisant monter la facture totale à 8 milliards. Le dossier de s’interroger également sur le traitement médiatique, souvent biaisé, de ce projet qui s’avère être un fiasco.