Inter-Environnement Bruxelles
© Lionel Jusseret - 2025

#Bxlmabelle

Bruxelles en mouvements n°338, octobre 2025

© Lionel Jusseret - 2025

Au mois de juin dernier, des manifestations d’ampleur contre le tourisme de masse se déroulaient à Barcelone, Naples, Lisbonne ou dans les îles Baléares. Elles signaient le coup d’envoi d’un nouvel été marqué par un surtourisme dont les retombées économiques ne suffisent plus à en contrebalancer les nuisances : déstructuration des services fondamentaux aux populations locales, pression sur l’environnement et sur le droit au logement, exacerbation des inégalités et des rapports de domination (entre consommateurs-voyageurs et travailleurs précaires, entre pays riches et pays du sud…)…

Contrairement à ces villes, Bruxelles n’est pas une destination concernée par le surtourisme. Néanmoins, l’effet conjugué de politiques publiques et d’intérêts privés à la recherche de nouveaux marchés engendre une croissance de l’afflux touristique à Bruxelles. En 2024, 9,5 millions de nuitées y ont été réservées. Un record.

Dans ce contexte, « #bxlmabelle », le nouveau numéro de Bruxelles en mouvements vise, en cinq articles et une introduction, à explorer quelques-unes des conséquences déjà tangibles de la mise en tourisme de la capitale, en particulier sur les enjeux du logement abordable et de l’espace public, et à cerner les particularités du tourisme actuel, marqué par une tendance à la financiarisation.

Le dossier s’ouvre avec « Bruxelles à l’épreuve du tourisme », un texte de Jean-Michel Decroly sur les conséquences sociales et environnementales du tourisme bruxellois dont la croissance passe par la création de grandes infrastructures, l’organisation de grands évènements et le développement d’une image de marque spécifique.

Il se poursuit avec « Airbnb : coupable idéal de la crise du logement abordable ? », une analyse produite par IEB qui vise à objectiver la présence de la multinationale à Bruxelles et à présenter les mécanismes de régulation existants tout en questionnant le rôle joué par la plateforme dans la crise du logement abordable.

« Free 54 : 10 ans pour un espace réellement public », un article rédigé par le collectif éponyme revient quant à lui sur la mobilisation en cours depuis 2015 autour de la place Sainte-Catherine, dont la privatisation au bénéfice des terrasses de cafés et restaurants n’est pas sans lien avec les politiques touristiques menées par la Ville de Bruxelles.

Des politiques qui se marquent également par la transformation de lieux emblématiques dont les fonctions publiques et utiles à la collectivité sont remplacées par des fonctions commerciales à rayonnement (inter)national. « Régie foncière, « serial bradeur » du patrimoine public de la Ville de Bruxelles » d’Isabelle Marchal vous en propose une visite guidée tandis que « L’ARAU, 50 ans de tourisme pour défendre la ville » de Fanny Paquet clôt le dossier en revenant sur cinquante années de tourisme urbain alternatif tel que conçu par l’Atelier de Recherche et d’Action Urbaine dans le cadre de ses visites guidées critiques.

Le numéro est illustré par le travail photographique de Lionel Jusseret qui a baladé son œil dans les rues bruxelloises pour en tirer un compte-rendu visuel de la solitude hyperconnectée des touristes qui y arpentent le pavé.