40 ans de mobilité : des années de béton aux années de bouchons

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9 avril 2014

Les enjeux de mobilité sont un sujet de lutte continue pour IEB depuis son origine.

Les années de béton

L’Expo 58 annonçait la modernisation des modes de vie. Pour moderniser Bruxelles, le pouvoir de tutelle national imposa une politique de travaux publics et de routes pour adapter la ville à la voiture particulière. Le lobby du béton se déchaîna : pénétrantes, autoroutes urbaines, tunnels et enfin, pour débarrasser les voiries des trams et des bus : un réseau de métro.

Avec la crise du pétrole, de grands projets basculèrent (Quartier nord) ou furent arrêtés par la société civile qui s’organisait (autoroute du Maelbeek, périphérique sud). Mais les grands travaux somptuaires soit-disant justifiés par la vocation de capitale européenne continuèrent : métro, extension des Communautés européennes, tunnel Léopold II.

Les années de résistance

Ces destructions déclenchèrent la résistance à la politique du « tout-à-l’auto ». Déjà en 1972, le Comité d’Action pour les Transports Urbains lutte pour de meilleures fréquences et contre la hausse des tarifs. Le CATU participe à la fondation d’IEB en 1973. Plus tard d’autres associations viennent renforcer le combat pour les modes de déplacements qui n’asphyxient pas la ville : le GRACQ (1975) puis NoMo Autrement mobile (1982) agissent aussi pour la marche et le vélo.

Début 80, sous l’impulsion e.a. d’IEB et de La Ligue des Familles, le RAPD voit le jour. Fondé sur une base pluraliste, le Rassemblement pour une Autre Politique des Déplacements mobilise les foules : pétitions, meetings et s’appuie sur la solidarité entre les usagers et les travailleurs de la STIB.

Tous contre De Croo

Le RAPD n’aura de cesse de lutter contre la politique thatchérienne incarnée par les ministres libéraux aux Travaux publics et surtout aux Communications en la personne de Herman De Croo. À la notion de service public, celui-ci veut substituer celle d’entreprise commerciale (on verra que cette logique réapparaîtra à la STIB dans les années 2000). Au tram pour tous, il veut substituer le métro et faire payer les investissements et l’exploitation en augmentant les tarifs et en diminuant le service offert.

« Inadmissible » crient les associations, avec le RAPD qui redoublent de manifs, à chaque suppression de ligne de tram ou de bus. Ils ripostent à la métromania de De Croo par un projet alternatif qui redessine un réseau dense en surface. En cette année 1984, l’ancêtre de la Cityvision voit le jour pour rappeler les principes fondamentaux de transports en commun viables : un réseau de surface amélioré, fréquent, attractif, et prioritaire dans le trafic global. Les meetings font salle comble (Ancienne Belgique en 1984) et forcent les responsables politiques bruxellois à défendre l’autonomie régionale. La régionalisation approchant, l’absolutisme du ministre des Communication s’estompe.

Les années de restructuration

La régionalisation fait place à une politique de pacification. IEB contribue à la vulgarisation des politiques de mobilité en organisant pour le nouveau ministre des Communications, Jean-Louis Thys, 5 colloques internationaux brassant des expériences étrangères pour corriger les erreurs du passé. IEB s’occupe aussi de réfléchir à l’intégration des modes de déplacements dans l’espace public (opération « Bruxelles Mobile », Semaine de la mobilité et Dimanches sans voiture).

La remobilisation

Mais l’histoire se répète, la fièvre du métro refait son apparition (prolongement jusqu’à Erasme, bouclage de la Petite Ceinture). Aujourd’hui cette tendance se renforce même avec les projets d’extension vers Schaerbeek, Uccle et le quartier Léopold. Les défenseurs des autres modes de circulation produisent l’étude « Cityvision » qui revient aux fondamentaux d’IEB : mesurer les risques du « tout-au-métro » et recréer un vaste maillage de trams en surface, défini en fonction des besoins des usagers et offrant des gains de temps par rapports aux inévitables correspondances actuelles.

Renouant l’alliance avec les mouvements syndicaux, IEB entre dans la plateforme Transport Tout Public pour défendre le service public de transport.

Aujourd’hui, les anciens enjeux sont de retour. L’impact des autres Régions sur Bruxelles est toujours perceptible : gestion du trafic ferroviaire, élargissement de la Jonction, un RER qui tourne le dos aux Bruxellois ou le projet d’élargissement à 16 bandes du Ring nord.

L’auto : un certain goût de bouchon

Pendant ces 40 ans, « Ma voiture, c’est ma liberté » est resté bien ancré dans la conscience collective. Ni les lobbies de l’auto et du béton, ni les responsables publics, ni les autosolistes ne veulent entendre le tort causé à Bruxelles par la congestion.

IEB continuera encore longtemps à réclamer la réduction inconditionnelle de l’espace de la voiture en ville au profit des transports en commun, des vélos et des piétons. Comme disait René Dumont, c’est une question d’utopie ou de mort.