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Yvan, rends l’argent ! Anne-Marie, rends l’argenterie !

Publié le jeudi 2 novembre 2017, par pave

L’affaire du Samusocial a mis dans la lumière médiatique des pratiques qui n’étaient pourtant que secrets de Polichinelle pour nombre d’observateurs, et qui sont par trop répandues dans le monde politique ou dans l’associatif qu’il colonise. À l’échelle des Marolles, la gestion du Comité général d’action des Marolles (CGAM), menée depuis plusieurs années en dépit du bon sens et de l’intérêt collectif, est le symbole de telles dérives. Au point d’avoir provoqué la récente liquidation judiciaire de cet outil historique des luttes urbaines. Mais les principales responsables de cette faillite morale et financière se profilent déjà pour reprendre du service, à l’occasion du Contrat de quartier Marolles…

Le naufrage du CGAM a déjà été raconté, ailleurs qu’ici, au fil de ses épisodes rocambolesques et réguliers. En résumé : la principale association fondée par l’abbé Van der Biest dans la foulée de la Bataille des Marolles de 1969, voit débarquer quarante ans ans plus tard à sa présidence Anne-Marie Appelmans, connue pour ses pratiques financières et de gestion douteuses lorsqu’elle dirigeait la FGTB-Bruxelles, et qui sans grande surprise les reproduit au CGAM, où elle parvient à maintenir son petit pouvoir grâce à des soutiens politiques, des pressions psychologiques basées sur la misère de ceux qui les subissent et qui à ce titre seraient dignes d’un roman de Zola, des « pratiques irrégulières » lui permettant d’écarter définitivement de l’ASBL des membres gênants tout en bénéficiant des procurations de quelques membres-amis utilement absents, ainsi qu’à moults stratagèmes, votes à mains levées, PV mensongers ou traficotés, et autres chipotages juridiques en tous genres, dont elle raffole et dont le pouvoir politique nous abreuve malheureusement d’exemples à longueur d’années…

Chronique d’une mort annoncée

Multipliant les fautes, parvenant à faire assimiler le CGAM à sa personne, à en anéantir l’équipe, à en rendre l’action illisible voire pathétique (combien d’interventions, ces dernières années, pour améliorer les trottoirs et la propreté dans la rue où habite Anne-Marie Appelmans ?), la Présidente fait fuir de nombreux membres dégoûtés et plusieurs partenaires qui arrêtent de collaborer avec l’association. L’épisode du parking avorté sous la place du Jeu de Balle puis aux Brigittines (où elle fait jouer au CGAM un rôle trouble, plus proche du politique que de l’avis opposé des habitants) achève de ternir sa réputation dans le quartier.

En interne, les reproches pleuvent aussi : opacité, conflits d’intérêt, abus de pouvoir, intimidations, menaces, harcèlement, exigences contradictoires, fausses déclarations… De nombreuses personnes témoignent du fait qu’Anne-Marie Appelmans ne se gêne pas pour menacer des gens en rue (sans hésiter à rappeler ses soutiens politiques au sein du PS et singulièrement celui d’Yvan Mayeur), convoquer “ses” salariés à son domicile, les utiliser pour promener son chien ou réparer son matériel électroménager, refuser ouvertement à une administratrice consciencieuse de lui de donner accès à des documents sur les comptes et engagements de l’ASBL, etc. Tout comme Yvan Mayeur parlait de “son” argent lorsqu’il présidait le CPAS, la Présidente voit le CGAM comme sa chose. Pendant plusieurs années, la voilà qui multiplie les « dépenses incompréhensibles » (parmi lesquelles les factures de téléphone de son appartement à la côte belge), prend des décisions inconsidérées et creuse le déficit de l’association…

Elle sous-loue même au CGAM des locaux situés rue des Renards et reçus gratuitement du CPAS de Bruxelles via une autre ASBL qu’elle pilote, fait de même avec un appartement que le CPAS loue pour elle à la Régie foncière, le tout au vu et au su de ces institutions et en contradiction avec leurs procédures réglementaires. Le comble, c’est qu’à part payer un loyer déguisé, le CGAM n’utilise en réalité pas ce local. Mais au lieu de sanctionner ces irrégularités lorsqu’elles sont rendues publiques, Yvan Mayeur et Pascale Peraïta (dont de proches collaborateurs ont expliqué en Commission parlementaire sur le Samusocial, qu’elle aussi faisait régner au CPAS « un régime de terreur ») font tout pour éteindre la polémique et faire taire les élus qui posent des questions. Ils finissent par retirer discrètement à l’ancienne syndicaliste le local et l’appartement qu’ils lui donnaient, pour aussitôt lui offrir un nouveau local, dans une rue moins fréquentée des Marolles (rue de Nancy)… qu’Anne-Marie Appelmans s’empresse, on ne se refait pas, de mettre à nouveau « à disposition » du CGAM (qui n’en a toujours pas besoin, mais se met donc à en payer les charges et l’ouverture des compteurs).

Le social(isme) a bon dos

Il faut du temps pour que des membres de l’Assemblée générale, certains administrateurs, les coordinateurs successifs et finalement l’ensemble des travailleurs, s’opposent à un pouvoir appelmaniaque qu’ils qualifient d’autoritaire, erratique et versatile. Mais ces réactions sont tardives et désordonnées, et pendant ce temps l’Assemblée générale se vide de ses membres : encore au nombre d’une quarantaine en 2015, ils ne sont plus qu’une petite dizaine en 2017. Et rien n’y fait, pas même les articles de presse ni les contacts pris par plusieurs administrateurs, anciens administrateurs et travailleurs du CGAM avec d’éminents membres du PS bruxellois (le bourgmestre Yvan Mayeur, sa cheffe de cabinet Rita Glineur, le chef de groupe au Conseil communal Jean-Marie Amand), qui laissent faire…

L’ancienne secrétaire générale de la FGTB-Bruxelles se maintient à la tête du CGAM contre vents et marées, grâce au soutien de son dernier carré de fidèles, au premier rang desquels on retrouve Philomène Brisbois, concierge de la cité de logement social de la Querelle, candidate sur les listes du PS lors des dernières élections communales (338 voix) – et qui en a été remerciée en devenant représentante du CPAS au Conseil d’administration du Foyer Laekenois. Et Henri Piquet, responsable de la section ixelloise du PS, qui déclarait au journal « Le Soir » en juin dernier, dans le cadre d’un article sur la colère des militants socialistes suite aux affaires Publifin et du Samusocial : « Je me sens sali. Les trois partis traditionnels ont leurs responsabilités, mais c’est moins pardonnable au PS puisque nos valeurs, c’est de défendre les plus nécessiteux ». Réunis au sein du Conseil d’administration du CGAM, ces trois chantres du social et des droits des travailleurs envoient donc au chômage, un à un, les salariés ayant signé une plainte collective contre la Présidente (les « fautes graves » invoquées sont jugées loufoques par ces derniers, qui les contestent dans le cadre d’actions en Justice), celle-ci allant jusqu’à exercer un chantage à l’emploi sur un travailleur non-Belge pour qu’il témoigne contre l’un de ses collègues !

Courage, fuyons !

Le coup de grâce vient d’Actiris, qui finance cinq postes du CGAM (la moitié de l’équipe) et constate en 2016 « une baisse substantielle et structurelle de ses activités », un problème dans « l’encadrement des travailleurs » et des « relations humaines [qui] se sont tellement dégradées au sein de [l’]asbl que c’est incontestablement le conflit social qui mobilise toutes les énergies au détriment d’activités avec des retombées constructives tant pour la population que pour le quartier des Marolles. » Dans un premier temps, les postes des travailleurs licenciés sont gelés, empêchant le Conseil d’administration du CGAM de les remplacer. Puis en 2017, les cinq postes sont supprimés. Pas de chance pour les autres associations du secteur : contrairement à l’usage, et vu l’actuelle politique de vaches maigres, le Ministre Gosuin les attribue à un autre secteur.

En septembre 2017, dans un contexte où Yvan Mayeur et Pascale Peraita ont « démissionné » de leur poste depuis deux mois, c’est au tour de la Fédération Wallonie-Bruxelles d’avertir le CGAM qu’elle va lui retirer ses subsides, vu l’absence d’un plan de redressement financier demandé par l’Inspectrice. Dans son courrier, celle-ci précise : « Les fonds propres sont en négatif, la trésorerie ne permet pas de combler les dettes à court terme, et le degré d’indépendance financière est catastrophique ».

Anne-Marie Appelmans convoque une Assemblée générale extraordinaire pour dissoudre l’ASBL, le 25 septembre, jour de son septante-troisième anniversaire – à chacun son petit plaisir. Les (derniers) membres constatent que les comptes affichent 124.279€ de dettes (dont des dettes à l’ONSS et des indemnités de licenciement partiellement non payées) et un fonds social en négatif de 49.484€. La dissolution est entérinée… non sans que la Présidente ait pris soin au préalable de présenter à l’assemblée clairsemée sa lettre de démission (qui ne l’empêche toutefois pas de présider la réunion) et celle de Philomène Brisbois, toutes deux datées du mois de juin, dans une courageuse tentative d’éviter de porter une responsabilité personnelle dans cette débâcle. On n’est jamais top prudent, surtout quand des procédures judiciaires sont en cours pour licenciements abusifs…

…Mais revenons par la fenêtre

Depuis le jour de son anniversaire (pardon : depuis la dernière Assemblée générale), l’ex-Présidente et son adjointe n’ont plus mis les pieds au CGAM, laissant le dernier membre du Conseil d’administration et la dernière membre du personnel gérer la faillite en attendant les décisions du liquidateur judiciaire. Mais elles n’ont pas dit leur dernier mot. Dans sa lettre de démission, touchante et sincère comme un serment de Jérôme Cahuzac, Anne-Marie Appelmans se dit « découragée […] par le manque de reconnaissance pour [ses] efforts », et désigne les coupables : « l’incroyable trahison » des travailleurs du CGAM et le « harcèlement » qu’elle subit de la part de certains habitants du quartier. Heureusement, précise-t-elle, ni les uns ni les autres « n’auront eu raison de notre détermination à poursuivre notre idéal de justice pour tous et notre engagement auprès des Marolliens qui sont nos voisins ».

C’est ainsi qu’il se murmure que la grande dame prépare déjà son retour. Elle caresserait notamment le projet de relancer « Le Marollien Rénové », un journal de quartier créé en 1974 et dont le titre a été rétrocédé au CGAM en 2015 (nous reviendrons sur l’histoire de ce journal dans un prochain article)… à la tête duquel elle se verrait bien gérer des subsides du nouveau Contrat de quartier Marolles. Coïncidence ? Tout comme Philomène Brisbois, elle vient d’être ajoutée par le Collège de la Ville de Bruxelles à titre d’habitante dans la liste des membres de la Commission de quartier (CoQ), censée représenter habitants et associations dans le cadre du Contrat de quartier. C’est sûr, on aurait tort de se priver de pareils talents !

• Gwenaël Breës

(Photo : Gwenaël Breës)

Voir en ligne : http://www.pave-marolles.be/yvan-re...

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Dernier ajout : 22 octobre.