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Y a-t-il un pilote dans le Contrat de quartier Marolles ?

Publié le mardi 30 janvier, par gwen

Les démissions et les jeux de chaises musicales s’enchaînent dans le Contrat de quartier Marolles, qui va bientôt connaître son troisième chef de projet et son quatrième échevin… en huit mois ! Un turn over qui en dit long sur le fonctionnement des institutions et leur respect de la chose publique. Et qui ne présage rien de bon pour les Marolles.

8 juin 2017. Première assemblée générale du Contrat de quartier durable (CDQ) Marolles et lancement de « l’année zéro », présentée comme « l’année cruciale » puisqu’elle sert à définir le programme des 6 prochaines années où seront investis 27 millions d’euros dans le quartier. Mais l’échevine de la Participation et de la Revitalisation urbaine, Ans Persoons (SPA), est absente : le bourgmestre Yvan Mayeur (PS) a convoqué au même moment un Collège extraordinaire pour annoncer sa démission suite au scandale du Samusocial. La réunion s’envenime : il veut devenir échevin. Le SPA le lâche, Ans Persoons quitte la réunion pour marquer son désaccord. Personne ne la rappelle. Pendant les négociations, les membres du Collège décident de lui retirer ses compétences et les donnent au MR.

17 juin. À Uccle, le bourgmestre Armand De Decker (MR) démissionne suite au scandale du Kazakhgate et est remplacé par Boris Dilliès (MR). Celui-ci annonce qu’il va en conséquence lâcher son mandat de député bruxellois, ce qui pose la question de sa succession dans l’hémicycle. Mais son suppléant, un certain David Weytsman, est déjà pressenti pour reprendre les compétences d’Ans Persoons à Bruxelles. Or, si ce dernier venait lui aussi à éviter un cumul, le siège reviendrait à la deuxième suppléante MR Julie Bolle… scénario qui n’est pas pour plaire à la direction du MR avec qui elle est en froid. Vous suivez ?

11 septembre. Pour des raisons administratives, le nouveau bourgmestre de Bruxelles Philippe Close n’a pas pu prêter serment avant fin juillet, et aucun nouvel échevin n’a été nommé dans l’intervalle. Pendant 3 mois, il a donc incombé à l’échevine du Commerce Marion Lemesre (MR) d’assurer un intérim minimal dans la période d’élaboration du diagnostic du CDQ Marolles. Mais désormais, ça y est : David Weytsman est intronisé échevin de la Participation, de la Revitalisation urbaine… et du bien-être animal. Il déboule dans les Marolles, donne des interviews, serre des mains, sonne aux portes, fait des permanences, et répète à l’envi : « J’en ai fait une priorité, je m’y engage personnellement ! »

23 janvier 2018. Au moment où Boris Dilliès quitte effectivement son mandat de député, patatras : la section bruxelloise du MR décide que c’est finalement à David Weytsman de le remplacer (au grand dam de Julie Bolle, on s’en doute) ! À l’heure où le dossier de base est en train d’être bouclé et entame sa phase d’adoption et d’enquête publique, le CDQ Marolles n’a à nouveau plus d’échevin. Le règne de David Weytsman aura duré 4 mois et demi, mais on ne peut pas dire qu’il ait menti lorsqu’il déclarait à la presse « Je resterai échevin jusqu’à 2018 » : il est parti en janvier…

Le 26 février prochain, après un nouveau vide d’un mois, l’échevinat de la Participation et de la Revitalisation urbaine aura un nouvelle titulaire, Clémentine Barzin (MR), à qui il faudra le temps de former son cabinet, en plein pendant l’enquête publique du CDQ. On ne devrait pas tarder à l’entendre parler de son amour des Marolles et de ses convictions fortes en termes de participation. Et on peut, sans trop s’avancer, lui prédire de rester en poste pendant 8 mois, le temps de faire campagne pour les élections communales d’octobre 2018…
Quelque chose ne tourne pas rond à la Ville de Bruxelles

Ce comic show grotesque prêterait à rire (jaune), s’il n’avait pas des conséquences concrètes sur l’élaboration du CDQ Marolles, déjà contraint par des timings quasi impossibles imposés par la Région, et s’il y avait en coulisses des équipes compétentes, motivées et stables pour assurer le travail, et notamment la participation des habitants.

Mais là aussi, ça coince. Car la Cellule des actions de Revitalisation (CAR) censée mettre en œuvre les CDQ à la Ville de Bruxelles accumule les dysfonctionnements : personnel muselé, travail entravé, démissions en cascade, je-m’en-foutisme, rétention d’informations, mauvaise foi, absences répétées et va-et-vient de la directrice — qui pendant un temps a même cumulé ce poste avec celui de directrice de cabinet de l’échevin David Weytsman, sans être remplacée au sein de la CAR !

Ainsi, la première cheffe de projet du CDQ Marolles, nommée juste avant l’été, a rendu son tablier 4 mois plus tard (son collègue du CDQ Jonction en faisait autant au même moment). Sa remplaçante, engagée sans appel à candidature, a pris ses fonctions 2 mois plus tard, en décembre… et vient de démissionner à son tour, en janvier, au bout de 2 mois de travail ! Son remplacement risque à nouveau de durer plusieurs mois. À chaque fois, le poste reste vide tandis que les procédures continuent d’avancer et que la reprise du job (déjà énorme pour les épaules d’une seule personne) nécessite tout un temps d’adaptation et de connaissance des dossiers.

Si on fait le compte, le CDQ Marolles va donc connaître son quatrième échevin et son troisième chef de projet entre juin 2017 et janvier 2018 ! Pour être exact, sur ces 8 mois, il faut décompter 3 mois d’interim de l’échevinat pendant lesquels le personnel de la CAR n’a rien pu faire, 2 mois sans chef de projet… et voilà que c’est reparti pour un tour — et ce, au moment où le bureau d’études engagé par la Ville, seul élément stable de cette « année zéro » chaotique, arrive au terme de sa mission.

Peut-on vraiment croire qu’un CDQ “durable” est possible dans de telles conditions ?

Voir en ligne : Pavé dans les Marolles

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Dernier ajout : 15 décembre.