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L’école sous pression

Une bonne école, c’est quoi ?

Publié le mardi 7 mars, par IEB

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Le graphique ci-dessous, où chaque point est une école, montre les résultats médians au certificat d’études de base (CEB) à la fin du primaire. Sans surprise (même si c’est extrêmement choquant), les résultats des écoles baissent avec l’augmentation de la part des élèves issus de ménages faiblement diplômés.

Cela montre à quel point est illusoire l’idéal « méritocratique » de l’école en Belgique : les résultats des élèves dépendent bien plus de leur milieu social d’origine que des efforts qu’ils fournissent. C’est ainsi que l’école reproduit les inégalités, puisque les positions sociales favorables s’obtiennent en grande partie par la possession des diplômes que cette école délivre…

Ce que nous montrent ces chiffres, c’est aussi la disparité qui peut exister entre des écoles accueillant un public similaire. Il y a des écoles qui, avec un public très favorisé socio-économiquement, donnent des résultats au CEB qui ne sont pas meilleurs que d’autres écoles qui accueillent 60% et plus d’enfants de parents sans diplôme… On peut voir ça comme une bonne nouvelle : la reproduction des inégalités sociales par l’école n’est pas une fatalité ! Il est possible, quand on s’en donne les moyens, de faire obtenir de bons résultats à des classes d’élèves dont la culture familiale est a priori très éloignée de celle de l’école.

Finalement, une bonne école, c’est quoi ? À Bruxelles, les écoles que l’on présente comme « bonnes » ne sont pas celles qui font un bon boulot pédagogique, mais celles qui accueillent un public d’enfants très favorisés, en repoussant et en excluant, année après année, les enfants de familles défavorisées – à travers de subtiles pressions sur les parents ou bien, comme le système les y autorise encore, à travers le redoublement, l’exclusion, la réorientation vers les filières techniques, professionnelles ou spécialisées, les frais scolaires élevés, etc.

On peut d’ailleurs défendre l’idée que l’école B (sur le graphique), même avec des résultats plus bas au CEB, est une meilleure école que l’école A car, avec des enfants de familles défavorisées, elle parvient à faire mieux qu’attendu. D’ailleurs, si en tant que parent vous mettez votre enfant dans cette école, il y a des chances que votre enfant s’en tire mieux qu’ailleurs, puisque la pédagogie y semble plus « efficace » !

Une « bonne école », ça ne devrait plus être une école qui trie efficacement, mais une école juste, capable d’inverser la tendance et de « redistribuer les positions sociales entre les générations » [1]. Une bonne école, c’est aussi – et là-dessus les graphiques sont muets – celle qui, sans se focaliser sur la performance académique, chercherait à développer d’autres compétences chez ses élèves, comme la solidarité, l’esprit critique, les capacités d’émancipation sociale, etc.

Notes

[1Zerrouki, R., « Les huit propositions du Bondy Blog pour en finir avec les inégalités scolaires », article du 2 janvier 2017 in www.bondyblog.fr.

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Bem n°286 - Janvier-février 2017

Dernier ajout : 30 avril.