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Éditorial

Un régime présidentiel au profit de la spéculation immobilière ?

Publié le lundi 24 octobre 2016, par IEB

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La nouvelle est toute fraîche ! Le gouvernement bruxellois a décidé de créer un nouvel Organisme d’Intérêt Public (OIP) chargé de délivrer les permis en Région bruxelloise… « Encore un machin », dirait le général de Gaulle, qui s’y connaissait pourtant bien en concentration de pouvoir.

Car après la Société d’Aménagement Urbain (SAU), bras immobilier public en charge de l’urbanisation des dernières friches publiques et le Bureau Bruxellois de la Planification (BBP), tous deux organismes d’intérêt public, voilà donc « Bruxelles Urbanisme & Patrimoine », contrôlé comme les précédents par le Ministre-Président. Ce nouvel OIP serait par ailleurs piloté par son actuelle cheffe de cabinet adjointe : une belle manière pour le chef du gouvernement de prendre le contrôle direct sur une compétence dévolue jusqu’alors à l’administration.

Une manière aussi d’en finir avec ce vilain défaut qu’a l’administration d’instruire les demandes de permis à charge ET à décharge, et de dégager la voie pour ces projets qui laissent « baba » les huiles politiques ferventes adeptes de rendez-vous immobiliers « hype » tels que le MIPIM, grand barnum cannois à l’occasion duquel elles n’hésitent pas à brader le territoire bruxellois au plus (ou moins) offrant...

C’est peut-être l’occasion de rappeler les trois manières dont dispose un promoteur pour maximiser son taux de profit. Soit il achète un terrain pas cher (parce que dédié aux activités industrielles, par exemple) et il joue de son entregent pour en changer les affectations et y développer un projet plus rémunérateur. Soit il construit plus dense que d’habitude, une tour par exemple. Soit enfin, il vend le produit fini très cher... Certains promoteurs ont compris qu’à Bruxelles, il était possible de combiner les trois ! À condition que les pouvoirs publics interviennent... Ce fut le cas avec le PRAS démographique, qui a ouvert des territoires industriels à la promotion sans le moindre outil de captation des plus-values générées.

Ça l’est encore plus avec ce « nouveau machin », qui pourra délivrer plus facilement des permis pour les tours qui font tant rêver nos amis d’Atenor (très affairé sur le site de Biestebroeck) et d’Extensa (qui rêve d’un chapelet de tours atteignant 150 m de hauteur sur le site de Tour & Taxis). Reste à s’arranger pour que les prix de vente soient les plus élevés possible, ce à quoi s’emploie le Gouvernement, notamment avec la réforme fiscale en cours, dont l’intention a été brillamment illustrée par le Ministre du Budget lors de la commission des finances du 2 février 2015 : « […] nous devons essayer de faire augmenter la valeur des biens immobiliers car les droits d’enregistrement représentent une recette très importante à chaque transaction. Nous devons donc tendre vers une croissance continue de la valeur de nos biens immobiliers, ce qui permettra de continuer à attirer les investisseurs en Région bruxelloise. »

Bem n°284 - Septembre-octobre 2016

Bem n°284 - Septembre-octobre 2016

Dernier ajout : 19 novembre.