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Un plan « directeur » pour ne pas diriger les transformations du canal

Publié le mercredi 16 janvier 2013, par IEB

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La Région bruxelloise a décidé de définir une vision urbanistique structurante et d’orienter les projets de la zone canal. A l’issue d’un appel d’offres européen, l’architecte, urbaniste et paysagiste français Alexandre Chemetoff, associé à Idea Consult et Ecorem a été choisi le 4 octobre 2012 comme auteur du futur Plan directeur à réaliser en 9 mois. Résultats attendus pour l’été 2013. Le 10 janvier dernier, l’architecte-urbaniste, invité par l’ADT, est venu présenter sa vision et sa méthode de travail.

Le mot « accompagnement » était le maître-mot de cette présentation : « il ne s’agit nullement ici de réglementer, contraindre ou limiter mais d’accompagner la transformation urbaine en cours aux abords du canal, d’assurer une réoccupation par la ville et la société urbaine de cette zone industrielle. » La messe est dite, le Plan « directeur » ne dirigera rien du tout. Comment le pourrait-il sachant que l’adoption du PRAS démographique est annoncée pour mi-février. Or ce dernier tend à modifier l’affectation du sol de trois des six zones visées par le Plan directeur : Van Praet, Birmingham et Biestebroeck, les livrant à une spéculation immobilière certaine puisque déjà commencée.

Si l’on prend, par exemple, le cas de Van Praet, malgré le désir sincère de Monsieur Chemetoff de vouloir valoriser le patrimoine comme ressource et de garder celui-ci vivant, les pelleteuses seront passées bien avant lui pour démolir le site exceptionnel des anciennes poêleries Godin puisque tous les permis sont désormais délivrés pour construire à cet endroit un centre commercial de 50 000 m². Certains rêvent déjà de pousser le marché matinal voisin vers le nord pour planter tours de logements et bureaux à sa place en front du canal, ce que permettrait le changement d’affectation prévu au PRAS.

Autre exemple. Il est demandé à Monsieur Chemetoff de trouver la parade pour répondre au boom démographique. L’architecte-urbaniste reconnaît que le libre marché n’est pas capable de résoudre cette question : le logement doit être une priorité en développant des logements accessibles et publics dans le cœur de la ville. Et d’évoquer dans la foulée le droit à la ville de Henri Lefebvre. On ne peut que l’approuver. Mais que pourra-t-on faire d’un plan d’accompagnement dénué de toute vertu contraignante si ce n’est aménager l’espace public autour de terrains qui verront rapidement poindre, certes du logement, mais du logement privé inaccessible pour les bourses de la majeure partie des Bruxellois ? En effet, la plupart des terrains concernés sont privés et il n’existe pas en Région bruxelloise, contrairement à la France où Chemetoff exerce d’habitude son métier, de contraintes forçant le privé à développer un quota substantiel de logements publics dans tout projet privé d’envergure.

Chemetoff est connu pour son accompagnement du projet de l’Île de Nantes. Un projet encensé qu’il convient pourtant de nuancer. L’île a vécu une importante désindustrialisation du chantier naval qu’elle accueillait : y est restée une population dotée de petits revenus. Extraits d’une table ronde « Une Ile réservée aux bobos ? » [1] : « Les élus s’en défendent : ’Ce sera une île pour tous les Nantais !’ Leurs arguments : 25 % de logements sociaux obligatoires dans chaque opération. Les premiers mariages entre les locataires du parc HLM et les accédants sont déjà signés : dans le cas de l’opération ’Habiter les quais’ située à gauche du nouveau palais de justice, les premiers ont un logement qui donne sur la rue et les halles Alstom, tandis que les seconds peuvent regarder la Loire. Bel exemple des ’petites’ ségrégations de notre temps ! »


Alors que certains s’interrogent sur l’embourgeoisement de l’île suite au nouveau projet urbain, nous pouvons nous inquiéter de l’effet de contagion que pourraient présenter des projets spéculatifs dans la zone du canal qui, il faut le rappeler, n’est pas une île et est bordée de nombreux quartiers populaires.

« Que va-t-on inventer pour que la ville soit solidaire ? »

Cette question posée par Alexandre Chemetoff trouve ici toute sa pertinence...


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Dernier ajout : 20 avril.