Inter-Environnement Bruxelles

Dossier – Faut-il casser Bruxelles ?

Un outil de calcul simple et robuste...

Publié le lundi 26 août 2013, par Marco Schmitt, Mathieu Sonck, Nicolas Prignot

Sans rentrer dans le détail, il convient tout de même de préciser que l’objectif de l’outil développé par ECORES est de permettre une appropriation aisée par un non-spécialiste. L’idéal serait évidemment de faire une analyse complète du cycle de vie de chaque projet immobilier de démolition-reconstruction.

Mais une telle analyse se heurte à de nombreux problèmes pratiques difficilement surmontables dans le cadre d’une procédure de publicité-concertation : indisponibilité des données, temps de réalisation, coût de l’analyse, compétences spécifiques nécessaires… Il s’agissait donc de permettre à chacun d’effectuer une évaluation robuste sans devoir collecter trop de données et donc de faire des hypothèses réalistes pour d’autres données, telles que la valeur de l’énergie consommée lors de la construction d’un immeuble ou celle de la consommation énergétique liée à l’usage d’un immeuble destiné à être détruit. Précisons que les hypothèses prises sont systématiquement favorables à l’opération de démolition-reconstruction. Cette approche nous permet de dire que les résultats obtenus avec le modèle proposé sont difficilement contestables…

Par contre, le calculateur développé ne permet pas d’évaluer les effets sur la mobilité de l’opération de démolition-reconstruction. Vider des bureaux peu accessibles en transports en commun pour remplir de nouveaux bureaux dans un quartier mieux desservi pourrait avoir du sens du point de vue du bilan carbone, pour autant que le quartier destinataire ne présente pas un vide locatif important. Mais idéalement, il faudrait également comparer l’impact carbone du projet avec celui de la construction de nouvelles infrastructures de transports en commun visant à améliorer la desserte des bureaux existants ou simplement avec les travaux qu’une concentration excessive de bureaux dans le quartier destinataire généreraient en termes de nouvelles infrastructures de transports en commun. On pense notamment à la densification des quartiers de gares alors que la jonction Nord-Midi est saturée, à l’augmentation des gabarits de la rue de là Loi là ou le réseau transport public et privé est en surcapacité… [1]

VICTOR

Le projet Victor consiste en la destruction quasi complète d’un îlot mixte d’environ 15 000 m² de bureaux, entrepôts et logements. À la place, Atenor propose de construire 3 tours contenant 103 765 m² de bureau, 2 064 m² de logements et 1 418 m² de commerces [2]. On voit ci-contre qu’au bout de 20 ans d’exploitation, le nouveau projet aura émis près du triple en CO2 de ce qu’aurait émis le bâti existant s’il avait été rénové. Notons également que la démolition des bâtiments existants, déjà largement accomplie aura généré près de 24 000 tonnes de déchets, soit l’équivalent de 800 camions de 30 tonnes [3]. Il est intéressant d’évaluer les alternatives possibles au projet présenté. On remarquera que l’alternative visant à rénover le bâti existant aurait permis un équilibre CO2 en moins de 15 ans. Notons également que le marché du bureau étant largement saturé, il est très peu probable que les tours Victor attirent de nouveaux travailleurs. Si les tours trouvent des locataires, ceux-ci videront 100 000 m² de bureau ailleurs dans la région, augmentant le « passif CO2 » du projet de quelque 25 000 tonnes d’équivalent CO2, soit l’équivalent de la consommation annuelle moyenne de près de 14 000 terriens.
UP-SITE

Le projet UP-site consiste en la destruction d’environ 40 000 m² d’entrepôts et de 5 000 m² de bureaux. Ce site industriel est non seulement remarquable pour sa valeur historique (construit par les frères Delhaize en 1913, il était situé au bord du canal et en liaison avec celui-ci, il était aussi relié au rail qui permettait aux trains de pénétrer directement dans le bâtiment) mais aussi architecturale (de style art nouveau, les façades étaient ornées de magnifiques sgraffites réalisés par l’ateliers de Paul Cauchie). Ces entrepôts ont été détruits l’été 2008 pour faire place à un vaste complexe immobilier constitué de 48 780 m² de logements de luxe, de 1 627 m² de commerces et de 28 615 m² de bureaux. Le complexe est en cours de construction, certains bureaux sont déjà occupés, notamment par l’UNIZO (l’Union des classes moyennes néerlandophone) ou ADMB (bureau social, de conseil en législation sociale, de conseil en prévention) deux organisations qui ont vidé pour l’occasion d’autres bureaux situés en région bruxelloise. Le bilan CO2 du projet UP-site est particulièrement défavorable. Les performances énergétiques du nouveau bâtiment sont à ce point médiocres qu’il n’est pas possible de compenser l’énergie grise contenue dans les bâtiments détruits et reconstruits. Parmi toutes les alternatives possibles, seule celle qui consistait à rénover le bâtiment historique en le dotant d’un système de chauffage neutre du point de vue de l’émission de gaz à effet de serre aurait permis d’aboutir à un bilan CO2 équilibré, au bout de 30 ans d’exploitation.
TREBEL

Le projet Trebel consiste en la destruction complète d’un immeuble de bureaux de 18 256 m². Cet immeuble de prestige, construit pour la banque BACOB au milieu des années 80 n’a été occupé une quinzaine d’années et constitue certainement l’un des plus remarquables exemple architectural de la période post-moderne ; en rupture avec le style plus austère pratiqué par le Groep Planning précédemment, l’architecte Jan Tanghe a réalisé un bâtiment en prêtant une grande attention à l’histoire, la morphologie et la typologie du Quartier Léopold. L’étude d’incidence qui accompagnait la demande de permis ne peut d’ailleurs que constater cette situation : « Le bâtiment est considéré comme un témoin de qualité de l’architecture post-moderniste à Bruxelles, ayant développé de plus une approche innovante à l’époque du point de vue de sa conception énergétique ». Elle révèle le souci du détail des architectes, « c’est ainsi que le mobilier, les luminaires, les boiseries ont été réalisés sur mesure et de manière unique ». À sa place, Atenor prévoit de construire 32 000 m² de bureaux destinés au Parlement européen. Le projet a été recalé en commission de concertation puis un permis a été délivré pour un projet légèrement amendé.
Un outil en libre service ?

L’outil développé existe aujourd’hui sous le format tableur. Une version web, plus facile d’accès, est en développement. Vous êtes actif dans un comité de quartier ou un collectif confronté à un gros projet de démolition-reconstruction ? Vous désirez tester notre outil sur un cas concret qui vous concerne ? N’hésitez pas à prendre contact avec nous à l’adresse info@ieb.be, en attendant l’application « web », nous trouverons le scénario alternatif qui conviendra le mieux…

Notes

[1Lire l’étude complète « Démolition/reconstruction à Bruxelles - Quel est le bilan CO2 ? », ECORES, IEB, AQL, à paraître sur www.ieb.be.

[2Ces chiffres ont légèrement évolué pendant l’étude d’incidence sur le projet mais les ordres de grandeur restent corrects.

[3Sans compter les terres qui devront être excavées pour permettre la construction des futurs parkings.


BEM n°265 – Juillet-août 2013

Dernier ajout : 14 décembre.