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Le quotidien sous les micro-ondes électromagnétiques

Un nécessaire combat et un début de reconnaissance, mais vers quelle solution ?

Publié le mardi 30 août 2011, par Gérald Hanotiaux, IEB

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Dès que nous avons cerné notre situation environnementale, le premier acte s’impose logiquement : si nous en possédons un, nous nous débarrassons de notre téléphone mobile. Une fois cet élémentaire geste posé, peut s’engager le « combat » au quotidien : transmettre au plus grand nombre la situation de dangerosité, comprise par notre corps.

Avec l’espoir – la certitude même, vu l’ampleur du désastre –, que ce problème va à présent se régler rapidement. Notre « Bon Sens » nous laisse à ce stade encore imaginer la prééminence de la santé humaine sur ces engins technologiques.

C’est donc dans un souci de besoin personnel, certes, mais également dans une vision de devoir élémentaire, que nous commençons à alerter au sujet de la pollution électromagnétique. Nous constatons ensuite progressivement qu’à part de rares et délicieuses exceptions, la plupart des personnes ne modifient en rien leurs pratiques. Accompagnés de nos ressentis physiques au quotidien, inquiets nous regardons nos amis coller ces micro-ondes nocives contre leur tête, et effrayés nous regardons des enfants ou des femmes enceintes faire de même.

Les jours où l’énergie est au rendez-vous, nous tentons tant bien que mal de mener des actions les plus efficaces possibles en terme d’information, rejoignons des associations, tentons de rassembler les gens. La déception est au rendez-vous lorsque les victimes préfèrent se cacher en silence, alors qu’hurler partout l’état de la situation s’imposerait. A d’autres moments, nous comprenons cette réaction, l’oppression est tellement omniprésente et intime qu’alors nous préférons également ne pas polluer la vie sociale avec des discussions agaçantes. Allez, aujourd’hui encore nous ferons comme si de rien n’était, répondrons « ça roule ! », quand on nous demandera si « ça va ? »

Nous sommes face à un combat d’un genre nouveau, aux angles d’attaques particulièrement difficiles à circonscrire. Où et avec qui agir ? Des individus, souvent critiques sur le monde industriel et son environnement économique, restent soudains muets sur cette pollution et la situation sanitaire. Des gens de toutes tendances politiques, formant des clivages clairs pour d’autres questions sociales ou environnementales, sont ici parties prenantes du problème, par l’invasion massive des machines dans leur vie quotidienne. Le plus souvent, ne sachant où cibler, tout le monde étant par ailleurs concerné, nous en appelons simplement au Bon Sens humain.

Un espoir pointe parfois à l’horizon, et c’est positivement que nous accueillons l’invitation d’un ministre régional à une journée d’étude, annonçant la présence de « tous les acteurs concernés » [1]. A ce niveau de pouvoir et de publicité, le premier réflexe est l’espoir d’une prise en compte du problème sanitaire par les autorités, mais très vite nous constatons sur place la répétition inlassable de la thèse prétendant que « pour l’instant, on ne sait pas ». Une part du public a beau exposer que les corps en présence dans l’auditoire, eux, connaissent les impacts sanitaires, rien n’y fait. Dans ce contexte, il faut également se contenir face aux responsables directs, telle cette dame de Belgacom annonçant le plus simplement du monde que « c’est comme ça monsieur, on a supprimé des épidémies dans l’histoire, de nouvelles choses apparaissent, c’est ainsi ! »

Si nous suivons cette logique et cette analogie, il nous faudrait donc admettre l’installation, dans chaque ville et chaque coin de campagne, d’engins projetant par exemple le bacille de la peste, accompagné de l’annonce aux habitants que« c’est comme ça, il va falloir s’habituer, rien ne sera fait pour supprimer les causes du mal ». Ce jour-là, la représentante de l’opérateur a poursuivi par l’antienne des industriels : « et puis… nous constatons qu’il y a une énorme demande du public pour nos produits ». Acculés, face à leurs victimes, cet argument représente inlassablement leur dernière échappatoire : convoquer les millions d’utilisateurs des machines afin de légitimer leurs actes.

A suivre : Une définition officielle

Gérald Hanotiaux

Notes

[1Le 8 octobre 2008, sous l’impulsion du ministre wallon de l’aménagement du territoire de l’époque, André Antoine, Inter-Environnement-Wallonie organisa au Palais des Congrès de Namur une « Journée d’étude et de réflexion » pour la « Définition de recommandations pour l’implantation des antennes de téléphonie mobile en Région wallonne ». L’invitation précisait une mise au point des connaissances avec tous les acteurs concernés. Les opérateurs de téléphonie mobile, leurs victimes, des médecins, des scientifiques, des élus locaux, des représentants associatifs, etc. discutèrent de ce sujet, dans un calme relatif étant donné le microcosme inédit créé, et le niveau du scandale.

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