Inter-Environnement Bruxelles

Un jardin potager... bon pour le bac, ou comment ne rien comprendre d’une demande citoyenne

Publié le mercredi 10 septembre 2014, par I E B
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Ce mardi 9 septembre à 6h du matin, le jardin potager de l’angle de la rue des Tanneurs et de la rue de la Querelle a été mis sous scellé, et les quelques meubles et pots de fleurs qui l’occupaient ont été détruits sous le regard impuissant des riverains. Les scellés ont été placés sous ordre d’huissier, sur demande du Foyer Bruxellois.

Un jardin potager... bon pour le bac, ou comment ne rien comprendre d’une demande citoyenne · Ce mardi 9 septembre à 6h du matin, le jardin potager de l’angle de la rue des Tanneurs et de la rue de la Querelle a été mis sous scellé, et les quelques meubles et pots de fleurs qui l’occupaient ont été détruits sous le regard impuissant des riverains. Les scellés ont été placés sous ordre d’huissier, sur demande du Foyer Bruxellois.

Le Foyer Bruxellois est en effet propriétaire de ce petit terrain, occupé depuis plusieurs mois par les riverains, qui l’ont petit à petit transformé, d’une friche arborée laissée à l’abandon pendant plusieurs dizaines d’années en un petit jardin combinant potager, espace de rencontre et de convivialité, d’expression citoyenne, etc. Un nouveau lieu de vie au pied de grands arbres où se rencontrent pendant plusieurs mois les habitants des bâtiments alentours de ce quartier central composé en grande partie de logements sociaux.

En 2011 déjà, le permis de construire quatre logements supplémentaires et un local associatif dans le quartier avait été obtenu, et son prolongement effectué en 2013. Dans une Région en manque de logements sociaux, IEB ne pouvait que se réjouir de cette demande de nouvelle construction. Le quartier est, de plus, inscrit dans un grand projet de rénovation, qui devrait porter les bâtiments à des standards énergétiques bien meilleurs que ceux actuels. Une crèche devait également être construite, répondant également à un besoin croissant.

Pourquoi alors les riverains se mobilisent-ils ? S’agit-il d’une simple demande inconsidérée, relevant d’un syndrôme NIMBY ? Ou la situation est-elle un peu plus compliquée ? Après avoir rencontré et conseillé les riverains à plusieurs reprises, IEB affirme qu’il s’agit bien d’une situation résultant d’un manque de compréhension des pouvoirs publics et du Foyer Bruxellois sur les demandes réelles des habitants, et non d’une demande de quelques riverains égoïstes incapables de prendre de la hauteur.

IEB propose aux responsables du Foyer de redescendre un peu sur place, et d’adopter dans ce dossier une perspective qui articule mieux les enjeux globaux et une perspective située, en rapport avec un territoire habité, remplis d’habitants et de pratiques.

En mars dernier, la friche de 150 m² est investie par quelques riverains. Au courant des projets de construction sur la friche, il ne savent alors pas quand doivent débuter les travaux. Ils savent qu’un permis à été délivré, mais ne sont pas au courant du planning de la construction. Ils nous confient alors avoir tenté de savoir auprès du Foyer, de la Ville, de la Région, quels étaient les délais mais n’avoir pas obtenu de réponse claire. Dans les méandres de l’organisation de tels projets, il est parfois bien difficile d’obtenir la bonne information auprès de la bonne personne. Tout au plus savaient-ils alors que les travaux devront nécessairement abattre les arbres de la friche, qui ont eu le temps de pousser depuis que personne ne s’en occupe.

Ils s’inquiètent néanmoins de ce qui les attend, au vu de la récente construction de la crèche. En effet, celle-ci, bien que bienvenue dans ce quartier aux nombreux enfants, leur semble mal pensée : un mur aveugle fait maintenant face aux fenêtres des logements des trois premiers étages d’une des tours de logement. « Les habitants voyaient la place entre les deux blocs, ils voient maintenant un grand mur aveugle » nous affirment les riverains. « Lorsqu’on a posé la question, on nous a répondu que tout le monde pouvait faire des erreurs, et qu’on ne devait pas se plaindre de la création de crèches » ajoutent-ils.

Pour eux, si la crèche est une bonne chose, ils ne comprennent pas comment on peut encore construire d’une telle manière. Si l’objectif est donc bon, il semble que la manière ne plaisent pas. À visiter les lieux, il semble en effet impossible de se réjouir d’une telle vue depuis la tour.

Le jardin est alors investit petit à petit. D’une simple table et quelques plantes au départ, il devient graduellement un vrai lieu partagé. Recyclart tout proche aide à faire du mobilier urbain, les enfants du quartier s’investissent dans les plantations, les murs se décorent, et la friche devient un nouveau centre du quartier alentour. Des rencontres s’y organisent, repas couscous et projections de film en plein air, le tout dans une ambiance joyeuse et citoyenne. Les gens y passent, se servent de l’espace pour faire un pique-nique, prendre le thé. De la défense d’un espace arboré, les riverains veulent aujourd’hui la défense d’un vrai lieu de vie qui s’est construit en quelques mois.

Des rencontres avec les autorités sont alors organisées. « Yvan Mayeur nous a rencontrés, mais il nous a dit que le permis délivré, cela ne dépendait plus de lui ».

Le Foyer propose alors de placer des bacs dans un autre lieu, proche, au pied d’une autre tour, pour remplacer le potager. « Nous sommes bien entendus d’accord pour qu’ils créent des potagers dans des bacs de terre partout, on ne va pas dire le contraire, c’est super. mais on n’a jamais été d’accord pour un remplacement, juste un ajout. ». Aujourd’hui ces bacs sont en effet bien présents, mais personne du quartier ne s’en occupe. « Ce n’est pas le jardin des enfants, c’est considéré par tout le monde comme quelque chose de la ville, qui n’est pas à eux. »

Il semble bien que l’on ne puisse remplacer un terrain auto-approprié par quelques bacs de plein terre posé là sans plus de formalités. « Lors de l’inauguration, ils sont venus avec tables et chaises, mais ont bien entendu tout enlevé dès que l’inauguration a été finie. » S’ils souhaitent un bon devenir à ces bacs, ils ne sont pas les leurs pour autant.

Les riverains se rendent aujourd’hui compte de l’ampleur de ce qui les attend : rénovation des tours, construction de cette crèche, construction des nouveaux logements. Le quartier sera un chantier pendant des années, après avoir plutôt donné une impression d’abandon pendant longtemps. « Cela fait des années qu’on ne fait aucune rénovation sinon de petites interventions, on laisse des quantités de logement vides en attente, en les laissant se dégrader, sans rien faire. Pourquoi venir construire ces logements maintenant alors que de nombreux espaces sont vides ? » En effet, si l’objectif de couper les arbres déplaît, c’est aussi le phasage des travaux qui fâche les riverains.

Ils demandent aujourd’hui pourquoi il est nécessaire de construire cet espace approprié avant de fournir d’autres espaces verts. Le phasage des travaux prévoit donc la destruction du jardin avant tout, et il faudra attendre plus tard pour retrouver des espaces verts nouveaux ailleurs. Les riverains ne demandent pas l’abandon de la rénovation, mais s’en réjouissent et demandent qu’on commence par là, avant de détruire l’espace vert.

Ce 8 septembre, les riverains ont été interpeller le Conseil communal de la Ville de Bruxelles. L’expérience leur a laissé un gout amer dans la bouche, l’impression de parler dans le vide, ou face à un mur. « Nous avons eu l’impression qu’on ne nous écoutait pas, que nos interlocuteurs étaient au téléphone, faisaient des blagues. On n’a pas répondu à nos questions, on nous a vraiment méprisés » nous confient-ils. Le lendemain à 6 h, une dizaines de personnes venaient mettre le potager sous scellés, le rendant inaccessible, et détruisaient tout ce qui s’y trouvait.

Ce qui domine aujourd’hui chez les citoyens, c’est bien l’impression de ne pas avoir été compris, et qu’on ne leur offrait aucune alternative. Il semble bien qu’on ait là non pas affaire à des citoyens ne voyant que leur coin de jardin, mais à l’expression d’un sentiment d’abandon et de mépris contenu depuis longtemps. Ce que les habitants demandaient lors de leur intervention devant le Conseil communal, c’était avant tout une chance de prouver que ce quartier des Marolles peut s’organiser pour vivre ensemble. Ils demandaient un an pour faire leur preuves, avant que la décision ne soit réexaminée. La fin de non recevoir suivie de la mise sous clefs du potager ne fait que renforcer leur impression de ne pas être compris. Entendre la demande complexe que les citoyens formulent ne peut se réduire à 5 bacs de terre.


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Dernier ajout : 26 février.