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Un dimanche sans voiture c’est bien, le Pentagone en zone 30 toute l’année c’est mieux !

Publié le vendredi 9 mai 2008, par IEB

Le 11 mai, un nouveau dimanche sans voiture restreint au périmètre du Pentagone verra le jour. Si on peut se réjouir de cette initiative nouvelle de la Région pour marquer symboliquement les bienfaits d’un espace public libéré de la voiture, la plate-forme SMoB[1] regrette l’inertie qui marque la politique de mobilité dans le Pentagone les 364 autres jours de l’année.

Les associations et les habitants du Pentagone attendent depuis bientôt dix ans que la Ville de Bruxelles leur propose un plan de mobilité viable et durable. Depuis l’étude du Groupe Planning de 1998, peu de choses ont bougé. Lors d’une conférence de presse du 26 octobre 2001, le Bourgmestre Thielemans affirmait « il est temps d’aller vers un meilleur partage de l’espace public entre tous les usagers, en privilégiant les usagers vulnérables tels les piétons, les enfants, les seniors, les cyclistes ou les personnes à mobilité réduite » . Mais la Ville n’a toujours pas adopté de véritable plan global assorti d’un calendrier et de moyens précis.

Le plan de mobilité piétine et les associations trépignent ! Si de nombreuses réalisations vont dans le bon sens, il reste du pain sur la planche : un élément essentiel du plan, à savoir le réaménagement des boulevards du Centre, des places de la Bourse et De Brouckère devant accompagner la suppression du trafic de transit, reste en suspens. Le stationnement en voirie continue à cancériser le Pentagone, le fléchage dynamique des parkings publics est minimal, les zones 30 demeurent l’exception[2] et les aménagements au profit des transports en commun et des cyclistes restent largement insuffisants. Peu d’initiatives nouvelles ont été prises depuis le début de cette législature communale (octobre 2006).

La pression automobile et le stationnement intempestif dans le Pentagone marquent de manière négative l’image de l’espace public, nuisent gravement à la qualité de vie de ses habitants et dégradent considérablement les conditions de fonctionnement des transports publics, en termes de vitesse commerciale, de régularité et de qualité de service en général. Les seuils recommandés sont dépassés pour la plupart des polluants liés au trafic. Les niveaux de bruit dépassent l’acceptable dans de nombreux quartiers. La voiture occupe 75% de l’espace des boulevards du centre et les places de la Bourse et De Brouckère sont, plutôt qu’un espace public urbain multifonctionnel, un nœud de circulation en raison du nombre de bandes de circulation qui le traversent.

Avec 21 000 places réservées aux occupants des immeubles de bureaux, le Pentagone attire fatalement la navette automobile. Le Pentagone compte en moyenne une place de parking pour 144 m² de bureaux. Globalement, cela dépasse largement la norme du RRU qui prévoit, en zone A (c’est-à-dire bien desservie par les transports en commun), un maximum d’un emplacement pour 200 m2. A titre indicatif, la norme en vigueur dans le centre de Londres (City) est d’un emplacement maximum pour 1 115 m².

Nous sommes convaincus que la revitalisation du centre de Bruxelles qui se dessine en plusieurs endroits, serait grandement améliorée si l’usage de la voiture y était drastiquement restreint, si davantage d’espaces publics y étaient revalorisés au bénéfice des piétons, des cyclistes et des transports publics et si, par conséquent, la mobilité générale y était nettement améliorée. Cette approche sera le vecteur d’une revalorisation urbaine durable permettant de faire face au défi de gérer une synergie habitat-travail-culture-commerce.

Nous demandons à la Ville de Bruxelles des engagements quant à la mise en œuvre concrète, calendrier à l’appui, d’un plan de mobilité. Depuis 1998, l’absence de décision claire de la Ville a laissé du temps à la formation d’une contestation aux projets initiaux nourris par la Ville. Une décision suivie d’une exécution plus rapide aurait clarifié la volonté politique des décideurs et coupé l’herbe sous le pied des détracteurs du projet.

Les différentes associations et comités de quartier mettent en évidence cinq points essentiels qui doivent baliser la politique de mobilité dans le Pentagone :

  • la suppression du trafic de transit, aussi bien dans le sens Nord-Sud que Est-Ouest ;
  • la mise en zone 30 de tout le Pentagone, conformément au PRD, et l’élargissement de la zone confort : le Pentagone doit donner la priorité à la fonction de séjour, entendue au sens large, sur la fonction de circulation, surtout lorsque celle-ci consacre la domination d’un seul mode, l’automobile ;
  • la diminution de la circulation automobile au centre-ville de 50 % pour 2010 pour en faire une zone à basse émission ;
  • un aménagement de l’espace public assurant fonctionnellement la priorité des piétons, des cyclistes et des transports publics à pouvoir disposer de celui-ci : organisation de piétonnier et de zones de rencontre, sites propres pour les transports en commun et contresens si nécessaire, meilleure fréquence de ceux-ci, aménagement des voiries adaptées aux vélos ;
  • une réduction drastique des possibilités de stationnement de longue durée en voirie, sauf pour les habitants-riverains et les handicapés, assortie d’un contrôle efficace du stationnement sauvage.

Si les associations ont accueilli avec enthousiasme la création, par l’échevin de la mobilité et de l’urbanisme, d’une cellule mobilité chargée de développer une vision stratégique globale pour tout le territoire de la Ville de Bruxelles, elles espèrent que cette cellule mettra rapidement en œuvre les cinq points précités.

Enfin, les associations expriment le souhait qu’une attention toute particulière soit apportée au réaménagement des boulevards du centre , après 10 ans de maturation, axe fort et structurant du Pentagone s’apparentant à l’heure actuelle à une fracture urbaine par l’espace trop important qui y est consacré à l’automobile. Elles demandent que des engagements clairs soient pris en termes de calendrier en vue de réaliser les travaux inscrits dans l’accord Beliris. Les commerçants doivent être convaincus, comme tant d’autres villes, de leur intérêt à l’amélioration de la qualité de l’espace public, facteur d’attractivité pour les clients.

Contacts :

  • IEB : Claire Scohier, courriel, 0473/66 75 05.
  • Bral : Maarten Roels, maartenroels@bralvzw.be, 0497/77 28 69.
  • ARAU : Isabelle Pauthier, info@arau.org, 0477/33 03 78.
  • NoMo : Michel Hubert, 0485/41 67 64.
  • Fietsersbond : Roel De Cleen, 0486/30 66 04
  • GRACQ : Eric Nicolas, 02/502 61 30.

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[1] La plate-forme SMoB regroupe des associations et habitants défendant les principes d’une mobilité durable à Bruxelles. Elle regroupe : Inter-Environnement Bruxelles (IEB), Brusselse Raad voor het Leefmilieu (BRAL), Association des Comités de quartier d’Uccle (ACQU), Atelier de recherche et d’action urbaine (ARAU), NoMo Autrement mobile, Bond van Trein-, Tram- en Busgebruikers (BTTB), Comité de défense des Habitants de Bruxelles-Centre, Fietsersbond, FOE Bruxsel, Groupement des usagers des transports publics à Bruxelles (GUTIB), Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens (GRACQ), Johanna vzw, Ligue des familles, Placeovelo, Provélo, Wolu-Inter-Quartiers (WIQ), 4X4 Info.

[2] Au 30 décembre 2005, 6,9% du réseau des voiries de la Ville de Bruxelles étaient en zone 30 alors que la moyenne régionale est de 17,9% et que l’objectif de la Région est d’atteindre 70%. L’Observatoire des zones 30 de l’AED montre que depuis 2005, rien n’a évolué.


Prises de position

Dernier ajout : 26 septembre.