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SITE DES ANCIENNES POÊLERIES GODIN

Un centre commercial va-t-il envoyer l’utopie ouvrière à la casse ?

Publié le mercredi 12 octobre 2011, par IEB

LAEKEN • C’est dans le nord de Bruxelles, le long du canal et face au Palais Royal que Jean-Baptiste Godin a bâti un Palais appelé Familistère pour le logement de ses travailleurs.

On est en 1888, en plein roman de Zola pour ce qui est des conditions de travail et de vie de la classe ouvrière de l’époque.Godin fabrique des poêles en fonte qu’on lui copiera mille fois. Il établit une première poêlerie en France à Guise et cela réussit. Frappé par la dureté de la condition ouvrière, l’impossibilité d’avoir un logement décent et l’absence d’hygiène, il développe le principe de la coopérative de production. Chaque travailleur est membre de la “Société du Familistère” : les ateliers sont complétés par du logement, une école, un lavoir, un potager... Un homme égale une voix, et on partage les plus-values...

Le site Godin en 1930... (Familistère de Guise)

Après Guise, il souhaite s’implanter à Bruxelles. Il fait acheter un terrain au bord de la Senne et du canal de Willebroeck. Bruxelles, à l’époque, est un bouillon de culture et d’échange d’idées. Les ouvriers sont très bons et la clientèle n’est pas loin. Il récupère ainsi une ancienne teinturerie de 1829. Le canal achemine charbon et métaux, la Senne, de l’eau. Le train entre dans l’usine. Le familistère est construit trente ans après l’usine. Il ne s’explique que par l’usine !

Cent trente ans plus tard, ces ateliers dessinés par lui existent toujours, pas si dégradés que certains le laissent entendre. Ils sont d’une valeur patrimoniale exceptionnelle aux portes de la capitale, reconnus par tous les experts internationaux. Ils sont utilisés pour le recyclage des pneus et le désossage des voitures accidentées. Les pièces alimentent le marché bruxellois mais surtout les pays de l’est et l’Afrique. Activité plus durable et solidaire que cela, tu ne peux pas !

Et le projet actuel “Just Under the Sky”. (Equilis/Mestdagh)

Alors voilà que la Région et la ville disent n’avoir rien à faire avec ces vieux machins qui rappellent de vieilles idées : la solidarité, la coopérative même si de par le monde on y revient à pas forcés. Un joli centre commercial de 50 000 m² donnera bien meilleure figure au canal. Exit l’utopie et le bouillonnement d’idées. Bruxelles veut des temples du commerce et de loisirs, comme partout ailleurs. Et tant qu’à faire, créons de toute pièce une clientèle de choix en plantant juste à côté des logements de luxes. Et tant pis s’il faut pour cela chasser le marché matinal qui alimente l’horeca et les épiceries de Bruxelles. L’industrie à la casse, le fun-shopping c’est la classe !

http://godinlaeken.blogspot.com
www.bruxellesfabriques.be


PLOUF - Un pavé dans le canal

Dernier ajout : 27 mai.