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Un centre commercial sur le site Godin : juste plus près du ciel pour le capital, juste plus près de l’enfer pour le social

Publié le mercredi 13 juillet 2011, par IEB

Le 28 juin, la commission de concertation a rendu son avis concernant le projet de centre commercial sur le site des anciens entrepôt Godin, en ne tenant pas compte des remarques de la plate-forme d’associations et d’habitants, dont BruxellesFabriques qui a rédigé un courrier à l’attention des responsables politiques pour attirer l’attention sur l’inanité de cet avis puisque le certificat n’a pas encore été délivré.

Courrier à l’attention des responsables politiques, 13 juillet 2011.

L’avis de la concertation à propos du projet rasant Godin est d’une médiocrité et d’une hypocrisie qu’on ne pouvait imaginer devant les enjeux en présence. Les compromis sont établis entre peu d’acteurs, l’administration est réduite à assumer des choix politiques contraires sans doute à ses analyses et convictions. Les fonctions et les filières de recyclage existantes, la mobilité déjà à l’arrêt sur le pont, le patrimoine d’importance mondiale, l’implantation dos à la voie d’eau ne rentrent pas en ligne de compte.

On pourrait réagir ligne par ligne. Par exemple, le second considérant « démolition d’un ensemble industriel et la rénovation /réaffectation partielle de bâtiments du site des anciennes usines Godin ». En fait ce que tous les experts internationaux nous envient n’est pour la région qu’un banal ensemble industriel. On rénove et réaffecte partiellement des bâtiments du site : il s’agit de la « cathédrale », partie de l’indiennerie construite par Story en 1829, avant Godin, sans doute le plus ancien immeuble industriel de la Région. Il s’agit aussi de deux petits bâtiments postérieurs à Godin dont l’un date d’après 1945, situés juste derrière le Familistère. Ces petits immeubles sont surtout utiles pour le CPAS. Mais tout le reste qui constitue le véritable et quasi unique héritage du courant utopiste de Godin en Région bruxelloise est envoyé à la casse.

L’avis évoque la voirie d’accès démesurée (double bande de circulation seulement utile à pallier son design exotique) qui est exclusivement prévue à l’attention du future « Just under the sky ». Son impact sur la circulation de transit n’a fait l’objet d’aucune analyse et elle accentuera les bouchons existants. Elle annonce d’autres « développements » : quel aveu quant aux volontés de délocaliser le Centre Européen des Fruits et Légumes et le marché matinal !

Les plans sont dits avoir été corrigé suite aux conclusions de l’étude d’incidences. Rien que les conclusions ! Alors que les études assez courageuses et remarquables ne débouchent honnêtement pas sur ces conclusions. C’est intellectuellement inacceptable. C’est manifeste sur tous les sujets, particulièrement à propos du patrimoine.

Les remarques particulièrement fondées et argumentées des citoyens et d’associations, émises dans le cade l’enquête publique ne sont qu’évoquées alors que les remarques du CPAS liées à la reconversion du Familistère sont quasi intégralement répercutées.

Les commerces sont encouragés dans ce projet, malgré toutes les études universitaires, celles de l’Union des Classes Moyennes et d’UNIZO qui démontrent les risques concurrentiels portés aux pôles commerciaux existants comme le bas et le haut de la Ville, la rue Neuve, la rue Marie-Christine et les quartiers adjacents. Seule la commune de Schaerbeek demande une étude d’impact sur les noyaux commerciaux existants. Bravo mais attention de ne pas tirer des conclusions connues d’avances : ce projet n’aurait pas d’incidences sur ces noyaux car il viserait des commerces de luxe ! Hors ces commerces n’ont pas leur place à cet endroit si nous respectons le Schéma de Développement Commercial de la Région. Imagine-t-on par ailleurs les clients venir en voitures blindées des beaux quartiers ? Irréaliste ! Sans compter qu’il leur faudra choisir, le jour où s’ouvriront les 70 000 m² de commerces annoncés dans le cadre du projet Neo au Heysel. Les classes moyennes sont particulièrement déçues de cet avis, car il ne renforce pas du tout le centre urbain priorité du schéma régional. Rappelons qu’aucune base juridique ne garantit la complémentarité !

Compromis souligné par le certificat : on enterre les parkings en sous-sol, dans la nappe phréatique et on en réduit un peu les emplacements, de 1750 à 1653. Cela fait descendre les commerces au rez-de-chaussée et on installerait des artisans à l’étage, avec accès privatifs ! 50 emplois seraient injectés en activités productives, question de ne pas violer totalement les impositions du PRAS. On invoque un arrêt du Conseil d’État taillé sur mesure pour la situation du Basilix qui ne concernait nullement une zone d’industrie urbaine, contrairement au projet Just Under the Sky.

Comble d’hypocrisie, les emplois : 500 emplois pour ce projet, (alors qu’en 2009 Mestdagh en annonçait 1700 !) avec quelle garantie que ce ne seront pas des personnes débauchées de noyaux commerciaux existants et que ce seront pour des Bruxellois, tous parfaitement bilingues évidemment. Le wallon Mestdagh va leur donner des cours de néerlandais ? Sinon ce seront des navetteurs en plus sur le Ring. 50 emplois d’artisans, comme activités de production c’est plutôt symbolique pour un site fixé au PRAS pour de l’industriel ! Ils comptabilisent les 450 emplois des employés et ouvriers du Centre Européen des Fruits et Légumes. Mettons qu’il y ait ce nombre aujourd’hui mais demain, si le même promoteur les expulse pour y mettre des villages de logements haut de gamme comme il en rêve ? Ce projet tourne le dos à la voie d’eau dont nous aurons besoin quand le pétrole sera hors de prix. Il fragilise la fonction portuaire et la SDRB, qui peinent à garder du terrain industriel face à la concurrence féroce des promoteurs.

L’avis constate que le niveau est de huit mètres entre celui du boulevard Lambermont et le quai des usines. Entre les deux coule la Senne en souterrain. La mettre à ciel ouvert serait donc impossible, alors que l’implantation de l’indiennerie Story puis des fonderies Godin sont dues à cette rivière. La Senne est la rivière qui a créée la vallée alluviale au cœur de laquelle la Ville s’est implantée. La Senne est un peu plus enterrée sous les accès de parkings, un occasion manquée de plus.

Pour le confort des utilisateurs les espaces publiques seront minérales, sur un parking en sous-sol on ne peut faire mieux il est vrai. Le certificat annonce qu’un autre permis sera demandé pour l’environnement du Familistère.

C’est un projet, ose dire l’avis, qui contribue à la revitalisation urbaine. De quelle ville parle-t-on ? En excluant des fonctions de productions, en sacrifiant le patrimoine, la voie d’eau, en développant du commerce superflu dont presque personne ne veut, en s’inscrivant à contre-courant du développement responsable ?

Pour le patrimoine, l’avis considère que les objections sont rencontrées puisque les « éléments les plus importants sont maintenus et le site garde sa valeur mémorielle » !
Mais qui détermine ces éléments : les experts nationaux (CRMS) et internationaux (TICCIH – Europa Nostra…). Et l’étude d’incidences ne fait pas de sélections mais propose l’ensemble du site en protection et valorisation. Qui est à même de se substituer à ces organismes ?

Le gouvernement a refusé le classement du site et n’a évidemment pas précisé, dit l’avis, « la conservation d’un ensemble plus important que celui pris en compte par le projet » donc, si l’arrêté ne le précise pas, c’est qu’il a raison, non ? Alors que tout le monde sait que le refus de classement a été motivé pour ne pas entraver ce projet. Mestdagh vaut plus pour les recettes communales et régionales qu’un Godin mort.

La demande de permis devra préciser de quelle manière le projet prévoit « l’intégration d’éléments de nature à préserver la valeur mémorielle du site (emplacement, concept...) ». Nous attendons de voir. Car cela ne s’arrête pas à des briques, celles-ci signifient des valeurs, celles de coopération, de solidarité et de confiance en l’homme pour assumer son destin. Godin a consacré sa vie à les promouvoir et à les mettre en pratique.

C’est donc un rapport de concertation pour un certificat qui tourne résolument le dos à bien d’autres constats démographiques, économiques, de perte d’espaces industriels… Il donne à quelques avides promoteurs, gestionnaires de fonds financiers anonymes, qui veulent faire de Bruxelles une région haut de gamme, des bijoux qui pourraient parer Bruxelles au profit de la collectivité.

Le projet enterrera une seconde fois cet utopiste de Godin.

Contacts

  • BruxellesFabriques : Guido Vanderhulst, 0477 250 961.
  • IEB : Claire Scohier, 0473/66 75 05, 02/893 09 14.
  • ARAU : Isabelle Pauthier, 0477/33 03 78.
  • BRAL : Steyn Van Assche, 0498/13 25 86, 02/217 56 33.
  • Comité Marie-Christine : René Van Liefferinge.
  • Union des classes moyennes : Francine Werth, 02/743 83 96, 0473/98 55 64.
  • Unizo : Anton Van Assche, 02/238 05 24, 0478/444 119.

Pour en savoir plus

Lire le communiqué de presse qui reprend leur avis sur le projet : Un centre commercial n’a pas sa place en zone d’industrie urbaine du PRAS !


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Dernier ajout : 22 septembre.