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UTSOPI, un collectif pour défendre les droits des travailleu(r)ses du sexe

Publié le mardi 29 mai 2018, par I E B

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Les conditions de travail et de vie des TDS se dégradent de plus en plus. Un collectif fait entendre leurs voix. L’objectif : obtenir des droits comme tous les autres travailleurs.

L’Union des Travailleu(r)ses du Sexe Organisé·e·s Pour l’Indépendance (UTSOPI), est composée exclusivement de travailleuses et travailleurs du sexe (TDS).

Ce Collectif a été créé en décembre 2015 suite à la rencontre de deux militants de longue date, Maxime Maes et Sonia Verstappen. Ils ont été mis en contact par Luca Stevenson, coordinateur du comité international pour les droits des sexworkers en Europe (ICRSE). La Belgique était le seul pays dans lequel il n’y avait pas encore de collectif de TDS, auto-organisé et militant pour leurs droits. Il était urgent de faire entendre leurs voix.

Des villes sans TDS ?

Les conditions de travail des TDS se dégradent dangereusement suite aux politiques communales adoptant une attitude de plus en plus restrictive vis-à-vis des TDS travaillant en rue, c’est-à-dire les plus précaires. Tandis que les TDS travaillant en vitrine subissent règlements sur règlements, à tel point que leur activité devient pratiquement interdite de fait. En cause, de plus en plus de bourgmestres instaurent – ou rêvent d’instaurer – des villes sans prostitution visible, moins par puritanisme que par soutien à des projets immobiliers faisant peu de cas de la défense des plus faibles, dont les TDS.

Les TDS ne sont pas suffisamment entendu·e·s, et restent souvent réduit·e·s au silence. Ils/elles sont toujours plus marginalisé·e·s, poussé·e·s à la clandestinité et la honte.

Quand les TDS ne sont pas criminalisé·e·s, ils/elles sont stigmatisé-e-s, et insulté·e·s.

Les abolitionnistes confondent tout

Le Collectif UTSOPI affronte un puissant lobby abolitionniste, moralisateur et pseudo-féministe, tentant d’importer chez nous le contre-modèle suédois et français de pénalisation des clients, entraînant la fragilisation et la précarisation des TDS. Ceux-ci/celles-ci sont contraint·e·s à la clandestinité et doivent faire face à une insécurité croissante et une réduction parfois drastique de leurs revenus.

Le système belge […] est hypocrite, acceptant toujours que l’on paye nos impôts et nos taxes, mais sans jamais nous reconnaître de vrais droits.

Nous dénonçons les amalgames des abolitionnistes qui confondent tout : la traite des êtres humains, que nous condamnons, bien sûr, et le travail du sexe libre et indépendant. Dans la pratique quotidienne de notre métier, nous ne vendons pas notre corps, mais un service sexuel. Sous un vernis pseudo humaniste (« il faut sauver ces pauvres filles de l’enfer du système prostitutionnel »), perce le mépris pour les TDS.

Comme tous les idéologues, les abolitionnistes sont aveugles face au réel. Ils n’ignorent pas que quasi toutes les associations de terrain (ONU, ONUSIDA et ONU Femmes, Amnesty, Médecins du Monde, PNUD, OMS, la Haute Autorité de la Santé…) ont pris position contre la criminalisation de la prostitution, qui relègue les TDS dans la clandestinité, avec tout ce que cela implique comme risques sanitaires.

Prostitution masculine

Il existe également un non-dit dans le débat sur la prostitution : la part de la prostitution masculine, systématiquement sous-estimée, alors qu’environ 20% des travailleurs du sexe sont des hommes, et même 1/3 en région bruxelloise (rapport de l’Observatoire bruxellois pour la Prévention et la Sécurité, 2015), sans oublier « l’invisibilisation » des personnes transgenres. UTSOPI se bat pour la défense des droits des TDS de tous genre et orientation sexuelle.

Espace de parole

Dans ce contexte difficile, il était urgent de créer des espaces de paroles, d’échanges et de partages pour les TDS souvent isolé·e·s et en attente de soutien de la part de leurs collègues. Nous avons besoin de pouvoir nous rencontrer entre nous, pour parler de nos vies, de nos malheurs, de nos bonheurs, de nos peines et de nos rages. Le Collectif est aussi un espace où nous pouvons échanger des conseils entre collègues. Le soutien mutuel et une oreille attentive, sont parfois la seule chose dont nous avons besoin.

Nous ne sommes pas des « objets sexuels » mais des sujets politiques.

UTSOPI essaie de représenter au mieux toutes les TDS en Belgique et d’améliorer leurs conditions de vie, notamment par un changement législatif. Le système belge actuellement en vigueur est hypocrite, répressif d’un côté, tolérant de l’autre, et acceptant toujours que l’on paye nos impôts et nos taxes, mais sans jamais nous reconnaître de vrais droits.

Défense de nos droits

Nos revendications portent sur le droit à une reconnaissance sociale et juridique, le droit d’être syndiqué·e·s, le droit à la sécurité, le droit d’exercer notre travail en toute légitimité avec une reconnaissance légale, le droit de se mettre en coopérative, la redéfinition du proxénétisme, terme parfois employé à tort et à travers tout en nous portant préjudice. Le droit également de ne plus être sacrifié·e·s sur l’autel du féminisme abolitionniste.

Et enfin, une meilleure prise en charge des victimes de la traite des êtres humains, sans obligation pour celles et ceux-ci de dénoncer leur proxénète, obligation qui actuellement les freinent dans leur demande d’aide auprès des structures d’accueil.

Nous refusons le flou juridique dont se servent les politiques pour statuer sur notre présent et notre avenir, trop souvent sans nous consulter.

Parce que nous ne sommes pas des « objets sexuels », mais des sujets politiques !

Parce que nous refusons les jugements étriqués, parce que nous refusons d’être étiqueté·e·s, parce que nous refusons que nos vies, nos histoires soient dictées par le mépris par des bienpensants, UTSOPI se donne pour mission le développement des capacités d’action de la communauté des TDS, de mobilisation, et la fonction de lobbyisme.

Sujet et pas objet

Pour les TDS le politiquement correct ne s’applique pas. Nous apparaissons toujours comme un des pires maux de cette société, toujours aussi peu considéré·e·s, soit victimes, soit aliéné·e·s. Nul salut hors de ces catégories. Quel que soit le pays, le territoire, notre statut social est toujours autant sujet à débat.

UTSOPI se veut acteur à part entière du débat sur la prostitution. Nous sommes inséré·e·s dans la société. Nous payons des impôts. Nous avons une vie familiale, sociale, culturelle. Nous avons des rêves aussi. À commencer par celui d’avoir enfin un statut – que les abolitionnistes nous refusent – et des droits identiques à ceux des autres travailleu·r·ses.

Sonia Verstappen
vice-présidente d’UTSOPI

Infos : www.facebook.com/utsopi.

Bem n°294 - Mai-juin 2018

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Dernier ajout : 22 novembre.