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Transition et luttes urbaines, même combat ?

Publié le mardi 5 janvier, par dewey

Lors de la rencontre des luttes urbaines, le 7 novembre dernier, j’ai été surpris de constater une méfiance de certains intervenants vis-à-vis des mouvements dits de « transition ». Puis, je suis tombé il y a quelques jours sur cette chronique de la Libre Belgique qui allait dans le même sens : « Transition, je t’aime, moi non plus ». Mais, d’où vient cette mésentente ?

Une lutte urbaine, qu’est-ce que c’est ? Pour faire simple : c’est un processus impliquant un collectif local, urbain, qui s’efforce de répondre à des injustices sociales et écologiques par des outils de lutte, de protestation. Il s’agit généralement de protestations à l’égard de projets d’aménagements du territoire : par exemple, un projet de prison (à Haren), un centre commercial (à Laeken), une liaison autoroutière (à Liège), une série de parkings sous-terrains à Bruxelles etc.

Et une initiative de transition, qu’est-ce que c’est ? C’est un processus impliquant également une communauté locale, généralement urbaine, et qui vise à assurer la résilience de cette communauté au sein de la localité en question ; que ce soit en matière d’énergie, d’habitat, d’alimentation ou encore de mobilité. Par « communauté résiliente » il faut entendre, simplement, une communauté qui s’efforce de gagner davantage d’autonomie, c’est-à-dire de se débarrasser de rapports de dépendance auxquels elle se trouve soumise et qui lui sont dommageables.
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Crédit photo : UrbAgora

Ces deux types de mouvements urbains ont pour points communs d’être des mouvements citoyens, ancrés dans des localités. Ce qui les divise c’est que les uns se construisent par opposition à des projets jugés néfastes, injustes, mortifères, anti-démocratiques, et que les autres se constituent plutôt autour d’un intérêt commun pour des projets de sociétés jugés positifs, concrets, bénéfiques et démocratiques.

Ces deux courants ont chacun leurs petits défauts : les premiers peinent à mobiliser leurs forces lorsqu’ils s’éloignent des barricades ; bref, à exister autrement qu’à travers leur opposition à des projets négatifs. Au contraire, les seconds ont tendance à éluder les conflits, parfois au risque de tomber dans un optimisme de façade et un « entre-soi » de classe moyenne. Certains leur reprochent de tenir peu compte du creusement des inégalités en ville et même de participer à leur renforcement, comme le suggère le géographe Yves Raibaud, ou les auteurs de cette carte blanche parue dans la Libre Belgique.

« Si le malaise persiste, il en va bien sûr de cet « entre soi » où les transitionnaires sacralisent leur ancrage local, leur jardin, leur groupe d’achat commun, dans l’espoir de construire une société résiliente qui ressemble étrangement à une autarcie alimentaire, énergétique… mais qui a aussi pour conséquence de construire une autarcie humaine coupée d’un monde aux contours trop déprimants. En célébrant les lieux communs, ils laissent une grande place pour un monde encore plus inégal et qui bénéficie de leurs désertions pour se renforcer. Mais pouvons-nous mieux qu’eux construire un discours alternatif capable de susciter l’espoir et où la complexité des idées n’empêcherait nullement le recourt à un langage commun ? Si le malaise persiste, il en va bien sûr de cette dépolitisation des collectifs qui reflète un rapport à la politique qui ne s’assume pas. Sommes-nous si attachés à nos grilles d’analyse que nous ne puissions concevoir qu’une action dans et pour la société soit autre que politique, qu’il n’est d’autre lutte que politique contre ce système mortifère ? (…) Les transitionnaires cherchent à construire un autre monde, en douceur, surtout en douceur, où les défis environnementaux, énergétiques, alimentaires… sont prioritaires. Ils le font dans un monde où chacun peut s’emparer de l’espace où il vit pour repenser ses modes de consommation. Un monde utopique que nous n’avons pas rencontré. »

Les auteurs de ce petit texte ne semblent pas réaliser qu’on peut faire de la transition sans verser dans l’entre-soi. Ceci dit, oui, vu la violence du monde dans lequel on vit, on peut douter – avec les auteurs de ce texte – du bien fondé de certaines invitations au « changement positif », aux « révolutions douces » et autres « révolutions tranquilles ». De même, ne peut-on pas douter du bien fondé de certaines méthodes plus conflictuelles ? Le rejet incantatoire du « très moche » a-t-il jamais suffi à construire quoique ce soit de « très bien » ? Conclusion : il faut faire communiquer ces deux mondes imparfaits (« résistance » et « résilience », « autre chose est possible » et « autre chose est en train de naître ») plutôt que de chercher à se barricader dans celui auquel on croit. Le mouvement du Keelbeek, c’est à la fois de la résistance et de la résilience, non ?

Voir en ligne : La Cité des Ânes - Ezelstad

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Dernier ajout : 27 septembre.