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Témoignages

Publié le lundi 24 octobre 2016, par IEB

« La pénurie dans la pénurie » et « Parcours de combattante… »

La pénurie dans la pénurie – Entretien réalisé le 28 juin 2016.

Je suis dans un logement social depuis environ cinq ans et ça fait presque trois ans que j’attends un logement adapté à mon handicap. Pour l’obtenir, je me suis inscrit au Foyer Bruxellois, une assistante sociale est venue me voir et la procédure a été lancée. Je devais déménager le 25 mai, au début je croyais qu’il s’agissait d’un retard dans l’exécution des travaux mais je me suis rendu compte que ce n’est pas le Foyer Bruxellois qui est maître d’oeuvre mais la Ville de Bruxelles. Finalement, on me dit que l’appartement n’existe pas du tout ! On en reconstruit de nouveaux et toujours pas d’appartements adaptés, on trouve ça tout à fait logique de bâtir en ne respectant pas la loi. J’aimerais bien savoir où passent ces subsides pour les logements adaptés aux PMR (Personnes à mobilité réduite). Au Foyer Bruxellois, sur 3 800 logements, seulement huit sont adaptés, alors que la ministre Céline Fremault a déclaré au parlement que 5 % des logements sociaux sont destinés aux PMR. Ça veut donc dire qu’il en manque 182 ! On demande aux citoyens de respecter les lois alors que les pouvoirs publics ne les respectent pas.

Voyant que mon dossier n’avançait pas, je me suis rendu à la direction du Foyer Bruxellois pour voir ce qu’il se passait. Et là, j’ai pris un coup de gueule : la direction ne veut plus me parler parce que je réclame avec détermination mon droit à un appartement adapté à mon handicap. Et ça, ça ne plaît pas au directeur. J’ai alors appelé le cabinet de la Ministre Fremault en charge à la fois du logement et des personnes handicapées. Je leur ai dit que si je n’obtenais pas un rendez-vous dans les quinze jours, je viendrais camper devant chez eux et j’avertirais les médias. Vous imaginez le scandale : un paraplégique qui n’obtient pas un appartement adapté et la ministre refuse de l’écouter ? Vingt minutes plus tard, ils proposent de m’intercaler entre deux réunions. J’ai rencontré le responsable du logement bruxellois, le Chef de cabinet, la secrétaire et l’assistante sociale du cabinet. Ils ont présenté leurs excuses, que je n’ai pas acceptées, parce que j’ai déjà reçu des milliers d’excuses, maintenant je veux du concret. À la fin, ils ont dit qu’ils allaient interpeller le bourgmestre. Je suis curieux de voir la suite. Quand j’étais SDF, on m’avait promis un logement que je n’ai jamais eu… Je leur donne une semaine pour réagir, sinon j’alerte la presse et j’irai camper là-bas jusqu’à ce que j’obtienne quelque chose. Après mon opération, je ne pourrai plus rentrer dans mon appartement actuel. De la sorte, je ne peux pas fixer la date de l’intervention que je ne cesse de reporter tant que je n’ai pas de logement adapté à mon handicap.

Ça fait deux ans et demi que je suis dans cette situation et au fur et à mesure, je me suis rendu compte que je ne n’étais pas le seul handicapé à subir les mêmes lenteurs insupportables. Si tu n’as pas une salle de bain adaptée, comment tu fais ? Ce sont des besoins de tous les jours. Il vous faut en permanence une infirmière et pour quelques services, elles doivent être deux, ce qui est impossible dans cet appartement. C’est des problèmes qui sont peu visibles, les personnes concernées ne se prononcent pas souvent publiquement et développent une forme de peur de perdre l’appartement qu’elles ont même s’il n’est pas adapté. Moi je m’en fous d’être à la rue, là au moins tout est à ma hauteur. J’en ai ras-le-bol.

On m’avait proposé un logement adapté à Haren. Il était splendide mais le problème, c’est qu’il faut une heure et demie pour arriver à Saint- Pierre où je consulte un kiné spécialisé pour les paraplégiques trois fois par semaine. Il me faut un logement proche ou du moins permettant des trajets en transport en commun pas trop longs. De plus, j’ai ardemment tissé des liens dans les Marolles. L’autre jour, les jeunes ont remarqué que j’étais fatigué, ils m’ont poussé jusque devant chez moi, je ne suis pas sûr de pouvoir reconstruire cela dans un autre quartier comme Haren... Pour moi, cette proposition c’est une voie de garage, une cité d’handicapés. Ici, j’ai les transports en commun, l’hôpital, le magasin et la gare du Midi tout proche. Tout est devenu facile pour moi et surtout de plus en plus agréable. C’est mon quartier ici, c’est vivant, ça me permet de me connecter au monde.
Parcours de combattante... – Entretien réalisé le 16 août 2015.

J’habite dans le quartier de Cureghem depuis le mois de mai 2011. J’ai quitté mon pays pour protéger ma fille de l’excision. Je suis venue me réfugier en Belgique. Pendant ma procédure d’asile on m’avait envoyée à Namur et après plusieurs mois j’ai obtenu la reconnaissance de réfugiée. J’avais deux mois pour libérer mon logement au centre d’accueil. Et comme je n’ai pas trouvé de logement à Namur, j’ai débarqué à Bruxelles dans un « centre de transit » où je pouvais rester de 20h à 7h du matin avec mes enfants mais en journée j’étais dans la rue, je mangeais à Cosmos (restaurant social) et j’ai obtenu l’aide de l’ULAC (l’Union des locataires d’Anderlecht-Cureghem). Entre-temps, on m’a trouvé un logement qui était temporaire avec un contrat de 2 mois et demi qui a été renouvelé. à l’époque j’étais au compte de l’AIS Quartiers asbl. Mais il y avait beaucoup de problèmes dans cet appartement. C’était un vieil appartement, où il n’y avait pas de chauffage. Vivant seule avec 3 enfants, en hiver ça n’a pas été évident. Mes enfants étaient tout le temps malades. Finalement je suis allée voir l’ULAC avec les autres locataires pour demander du secours et leur demander de prendre en charge le problème du chauffage.

Je me suis inscrite dans beaucoup d’agences immobilières, dans des maisons sociales, des propriétés communales. J’ai cherché cherché pendant deux ans mais partout où je passe, surtout dans les logements privés, ils ne m’acceptent pas parce que je suis au CPAS et que je suis une femme seule avec 3 enfants. Donc je vous avoue que cela n’a pas été facile pour moi et pour mes enfants. L’ULAC m’a beaucoup aidée, ils se sont beaucoup impliqués, ils ont même arrangé les escaliers car il n’y avait pas de sécurité et mes enfants tombaient toujours. Les autres locataires ne sont plus là mais moi je ne sais pas où aller avec ma composition de ménage et mes revenus limités. Je ne peux pas avoir un logement 3 chambres et salon ici à Bruxelles.

Par rapport au quartier, c’est l’éducation de mes enfants qui m’inquiète un peu. Je vous avoue que ce n’est pas un milieu propice pour mes enfants… Ici le logement n’est pas sécurisé. La porte d’entrée est tout le temps cassée et cela m’inquiète. Sinon, moi personnellement ça va, quand je ne suis pas à ma formation, je suis à la maison. L’école des enfants est proche, ils étudient à l’Institut Notre Dame. Les magasins sont proches mais je vais au marché des Abattoirs parce que ça me coûte moins cher. Ça, quand même, c’est un avantage. J’arrive à m’en sortir avec la proximité de ce marché.

Moi franchement, j’aimerais que les autorités s’impliquent réellement dans les questions de logements à Bruxelles qui causent énormément de problèmes à nous les pauvres qui sommes dans des situations de précarité. Ça devient très difficile pour nous et j’ai peur que cela ait des répercussions sur nos enfants qui sont l’avenir de ce pays. Ce sont des protections qu’il faut prendre pour éviter des conséquences à long terme. Parce que moi je suis ici « assimilée belge » avec les enfants, ont est censé vivre ici, rester, donc moi j’aimerais que mes enfants aient une bonne éducation, un bon suivi, pour qu’ils servent à quelque chose pour ce pays. Il ne faut pas qu’ils deviennent des délinquants. Et pour qu’un enfant ait un bon avenir, je crois qu’il y a des conditions déterminantes qui influencent les comportements. Et le logement est une condition sine qua non. C’est très très important.

Propos recueillis par Mohamed Benzaouia
IEB

Bem n°284 - Septembre-octobre 2016

Bem n°284 - Septembre-octobre 2016

Dernier ajout : 19 novembre.