
Une centaine de manifestants de la plateforme « Dites 33 ! » se sont invités à l’assemblée générale du groupe Delhaize, dans le « Corporate Support Office » de la société à Anderlecht. Postés à l’entrée du site et distribuant des tracts, ils ont ainsi perturbé, fort pacifiquement, la digne assemblée, pendant une bonne heure, ce qui a fort énervé certains actionnaires, peu habitués à ce qu’on vienne les reprendre publiquement sur une activité qu’ils mènent avec un tel désintéressement. Sur le tract distribué, il y avait une proposition, à soumettre au vote de l’assemblée : Delhaize s’engage dorénavant à effectivement payer l’impôt des sociétés, au taux normal de 33,99 %.
De grosses sociétés comme Delhaize, mais elle est loin d’être la seule, paient en effet des cacahouètes en guise d’impôts, leurs bénéfices eux ne cessant de croître. Comment est-ce possible ? Grâce à une ingénierie fiscale high tech et une armée d’experts, qui trouvent les failles, légales et extra-légales, permettant d’éluder l’impôt. Grâce aussi à la décade merveilleuse pour les grandes entreprises qu’ont représenté les (plus de) dix années passées par Didier Reynders à la tête du Ministère des Finances – on connaît le militantisme anti-impôt du « ministre des rupins », sous lequel l’impôt des sociétés a baissé de moitié.
En 2009, le fisc a remboursé 375.000 € à la société Delhaize, alors qu’elle aurait dû payer 336 millions d’impôts. A titre de comparaison, parmi les mesures d’austérité qui s’attaquent au droit du travail, la dégressivité des allocations de chômage rapporterait 116 millions d’euros. Autre exemple : l’exclusion, prévue d’ici moins de deux ans, de 27.000 personnes du droit au chômage « rapporte » à l’Etat 51 millions d’euros. Des comparaisons que les grands prêtres du marché libéral, et leurs fidèles, ne manqueront pas de qualifier de « démagogiques ».

